Correspondance européenne | 345, Livre

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Livres: la grâce de nos racines chrétiennes

Alors qu’une conception de la laïcité toujours plus agressive conduit à interdire l’installation d’une crèche dans les lieux publics, vouloir retirer la croix surplombant une statue de Jean-Paul II sur la place d’un village breton, ou interdire dans les couloirs du métro les affiches annonçant un concert donné en faveur des chrétiens d’Orient persécutés, les éditions de la Nuée Bleue, à Strasbourg, se sont, depuis quelques années, lancées, sous la direction de l’archevêque émérite de la ville, Mgr Doré, dans une double entreprise remarquable : la mise en valeur des cathédrales et des basiliques françaises.

Le titre des collections, la grâce d’une cathédrale et la grâce d’une basilique suffit à dire le but poursuivi : rappeler que ces sanctuaires, au cœur des villes principales, y ont tenu longtemps la première place et qu’en dépit des apparences, ils ont vocation à la garder. Alors qu’une polémique récente, concernant l’éventuel accès payant aux cathédrales, secouait les catholiques, il est utile de rappeler le véritable rôle de ces bâtiments que d’aucuns voudraient transformer en musées.

Riche maintenant d’une vingtaine de titres, la grâce d’une cathédrale est une série d’admirables livres d’art et d’histoire, un peu chers sans doute, le prix moyen tournant autour de 85 € et pouvant monter bien au dessus, mais d’une qualité de fond et de forme très rarement atteinte de nos jours. Mis bout à bout, ces ouvrages donneraient une histoire des diocèses et de la France chrétienne abordée sous l’angle du rôle de l’évêque et du chapitre canonial unique en son genre et extrêmement précieuse. Pris un par un, en fonction de l’attachement particulier à une ville, un sanctuaire, des racines familiales, ils suffisent déjà à faire des cadeaux rares et précieux.

L’un des mérites de la série, et ils sont nombreux, est sa capacité à ne pas se répéter d’un livre à l’autre. Même si les équipes rédactionnelles, qui travaillent sous la direction de leur évêque, suivent un schéma commun, elles conservent assez de liberté pour ne pas se décalquer platement et permettre, de volume en volume, de découvrir un aspect nouveau, attachant, passionnant, propre à l’édifice.

Vous trouverez, bien entendu, déjà au catalogue, les cathédrales les plus célèbre et les plus remarquables de France : Notre-Dame de Paris, Notre-Dame d’Amiens, Notre-Dame de Chartres, Notre-Dame de Strasbourg, Notre-Dame de Rouen, Notre-Dame de Reims, Saint-Jean de Lyon, primatiale des Gaules, Saint-Étienne de Bourges, primatiale d’Aquitaine, Saint-André de Bordeaux, Saint-Denis, nécropole royale, mais aussi des sièges un peu moins connus : Lille, Bayeux, Clermont-Ferrand, Albi, Nantes, Quimper, etc.

Existent aussi des ouvrages consacrés à un ensemble épiscopal, né de la disparition de certains diocèses : c’est le cas pour les cathédrales de Provence mais aussi pour la Vendée, l’un des derniers titres parus, et sans doute l’un des plus beaux, qui présente, en plus de la cathédrale Notre-Dame de Luçon, les ruines du siège de Maillezais, détruit lors des guerres de religion, et les édifices de l’autre ville « sainte » de la région, Saint-Laurent-sur-Sèvre où repose saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Un siège supprimé à la Révolution, la cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo, rattachée à Rennes, a cependant mérité, pour la singularité de son histoire, inextricablement liée à celle de la cité corsaire, née, détruite en 1944, et relevée avec elle, un livre à part.

Dans chaque volume sont évoqués, avec une iconographie d’une extrême beauté qui allie sens du détail invisible d’en bas et sens poétique, l’histoire religieuse de la ville, ses saints fondateurs, les bâtiments successivement élevés en ces lieux, les remaniements qu’ils purent connaître au fil du temps, les grandes heures de leur passé, les techniques employées par les constructeurs, les vitraux, la statuaire, le mobilier, les tableaux, les chapelles latérales, les trésors, les reliques (le chef de saint Jean-Baptiste est pieusement conservé dans la cathédrale d’Amiens.), la musique sacrée, les orgues, la manécanterie, l’influence réciproque de la ville sur la cathédrale et de la cathédrale sur la ville, et même la faune qui niche dans ses tours, comme c’est le cas à Bourges. Impossible de faire le tour des richesses de ces livres.

La grâce d’une basilique ne compte pour l’heure que deux titres, l’église Saint-Roch de Paris et Notre-Dame de Fourvière à Lyon mais la qualité en est en tous points identique.

Vous n’aurez jamais pareille et plus belle occasion d’admirer ces hauts lieux où « souffle l’Esprit ». Cela mérite largement le sacrifice financier demandé pour l’acquisition de ces livres précieux. (Anne Bernet)