Correspondance européenne | 349, CE, Eglise catholique

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Église catholique: le pape François et le destin éternel des âmes

Le but de l’Eglise est la gloire de Dieu et le salut des âmes. Mais le salut par rapport à quoi ? A la damnation éternelle, qui est le destin qui attend les hommes qui meurent en état de péché mortel. Pour le salut des hommes, Notre Seigneur a offert Sa Passion rédemptrice.

Notre-Dame l’a rappelé à Fatima : le premier secret communiqué aux trois pastoureaux, celui du 13 juillet 1917, s’ouvre par la vision terrifiante de la mer de feu de l’enfer. Si Notre-Dame ne leur avait pas promis de les porter au Ciel, écrit Sœur Lucie, les voyants seraient morts à cause de l’émotion et de la peur. Les paroles de Notre-Dame sont tristes et sévères : « Vous avez vu l’enfer où tombent les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à Mon Cœur Immaculé ». Un an auparavant, l’Ange de Fatima avait enseigné aux trois pastoureaux cette prière : « Jésus, pardonnez nos fautes, préservez-nous du feu de l’enfer, portez au Ciel toutes les âmes, en particulier les plus nécessiteuses de Votre miséricorde ».

Jésus parle maintes fois de la « Jéhenne » et du « feu qui ne s’éteint pas » (Mt 5, 22; 13, 42; Mc 9, 43-49), réservé à ceux qui, jusqu’à la fin de leur vie, refusent de se convertir. Le premier feu, spirituel, est la privation de la possession de Dieu. Il s’agit de la peine la plus terrible, celle qui constitue essentiellement l’enfer, parce que la mort détruit comme par enchantement les liens terrestres de l’âme, qui désire ardemment de toutes ses forces rejoindre Dieu mais ne peut le faire si, par le péché, elle a librement choisi de se séparer de Lui.

La deuxième peine est mystérieuse. Elle fait souffrir l’âme d’un feu réel, non métaphorique, qui s’accompagne sempiternellement de celui de nature spirituelle qu’est la perte de Dieu. Par ailleurs, puisque l’âme est immortelle, la peine due au péché mortel sans repentir dure autant que la vie de l’âme, c’est-à-dire pour toujours, pour l’éternité. Cette doctrine est définie par le IV° Concile du Latran, ainsi que par le II° Concile de Lyon et par ceux de Florence et de Trente. Dans la Constitution Benedictus Deus du 29 janvier 1336, par laquelle sont condamnées les erreurs de son prédécesseur, Jean XXII, en matière de vision béatifique, le Pape Benoît XII affirme : « Nous définissons que, selon la disposition générale de Dieu, les âmes de ceux qui meurent en péché mortel actuel, immédiatement après leur mort, descendent en enfer où elles sont tourmentées par des supplices infernaux » (Denz-H, 1002).

Le 29 mars 2018, jour du Jeudi Saint, a été publiée un entretien accordé par le Pape François au quotidien italien La Repubblica. Son interlocuteur désormais habituel, Eugenio Scalfari, lui demande : « Vous ne m’avez jamais parlé d’âmes qui sont mortes dans le péché et vont en enfer pour les expier pour l’éternité. Vous m’avez parlé en revanche de bonnes âmes admises à la contemplation de Dieu. Mais les âmes mauvaises ? Où sont-elles punies ? ».

Le Pape François répond ainsi : « Elles ne sont pas punies : celles qui se repentent obtiennent le pardon de Dieu et vont dans les rangs des âmes qui Le contemplent mais celles qui ne se repentent pas et ne peuvent par suite être pardonnées disparaissent. Il n’existe pas d’enfer. Ce qui existe est la disparition des âmes pécheresses ».

Ces paroles, telles qu’elles résonnent, constituent une hérésie. Le bruit commençait déjà à se répandre lorsque le Bureau de Presse du Saint-Siège est intervenu au travers d’un communiqué, dans lequel on peut lire : le Pape François « a reçu récemment le fondateur du quotidien la Repubblica dans le cadre d’une rencontre privée à l’occasion de Pâques, sans accorder aucun entretien. Ce qui a été référé par l’auteur dans l’article publié ce jour est le fruit de sa reconstruction, dans le cadre de laquelle ne sont pas citées textuellement les paroles prononcées par le Pape. Aucune mise entre guillemets de l’article susmentionné ne doit être considérée par suite comme une transcription fidèle des paroles du Saint-Père ».

Il ne s’est donc pas agi d’un entretien accordé mais d’un colloque privé dont le Pape savait cependant bien qu’il aurait été transformé en un entretien, dans la mesure où cela avait déjà été le cas dans le cadre des quatre rencontres précédentes avec ce même Eugenio Scalfari. Si, malgré les controverses suscitées par les précédents entretiens avec le journaliste de Repubblica, le Pape persiste à le considérer comme son interlocuteur de prédilection, cela veut dire qu’il entend exercer, au travers de ces colloques, une sorte de magistère médiatique, aux conséquences inévitables.

Aucune phrase – indique le Bureau de Presse du Saint-Siège – ne doit être considérée comme une transcription fidèle mais aucun contenu spécifique de l’entretien n’est démenti de telle manière que nous ne savons pas si, et en quelle mesure, la pensée du Pape a été altérée. En cinq années de pontificat, François n’a jamais fait une seule allusion à l’enfer en tant que peine sempiternelle pour les âmes qui meurent en état de péché mortel. Pour préciser sa pensée, le Pape ou le Saint-Siège, devrait réaffirmer publiquement la Doctrine catholique, reniée dans l’ensemble des points de l’entretien. Ceci malheureusement n’a pas été le cas et on a l’impression que la nouvelle publiée par la Repubblica ne soit pas fausse, mais qu’elle constitue une initiative délibérée, visant à accroître la confusion parmi les fidèles.

La thèse selon laquelle la vie éternelle serait réservée aux âmes des justes alors que celles des méchants disparaîtraient constitue une hérésie antique qui nie, outre l’existence de l’enfer, l’immortalité de l’âme définie comme vérité de foi par le V° Concile du Latran (Denz-H, n. 1440). Cette opinion extravagante a été exprimée par les Sociniens, par les protestants libéraux, par certaines sectes adventistes et, en Italie, par le pasteur vaudois Ugo Janni (1865-1938), théoricien du « pan christianisme » et grand maître maçon de la loge Mazzini de Sanremo.

Pour ces auteurs, l’immortalité est un privilège concédé par Dieu aux seules âmes des justes. Le sort des âmes obstinées dans le péché ne serait pas une peine éternelle mais la perte totale de l’être. Cette doctrine est connue également sous le nom de « immortalité facultative » ou de « conditionnalisme » dans la mesure où elle considère que l’immortalité est conditionnée par la conduite morale. Le terme de la vie vertueuse est la perpétuité de l’être, celui d’une vie coupable, l’auto anéantissement.

Le conditionnalisme se marie à l’évolutionnisme en ce qu’il affirme que l’immortalité est une conquête des âmes dans une sorte d’ascension humaine, analogue à la « sélection naturelle » qui porte les organismes inférieurs à se transformer en organismes supérieurs. Nous nous trouvons face à une conception au moins implicitement matérialiste, parce que la raison de l’immortalité de l’âme est sa spiritualité : ce qui est spirituel ne peut se dissoudre et ceux qui affirment la possibilité de cette décomposition attribue une nature matérielle à l’âme.

Une substance simple et spirituelle comme l’âme ne pourrait la perdre que par intervention de Dieu mais ceci est exclu par les conditionnalistes, dans la mesure où cela signifierait admettre la sanction d’un Dieu juste qui récompense et punit dans le temps et dans l’éternité. Leur conception d’un Dieu seulement miséricordieux attribue en revanche à la volonté de l’homme la faculté de s’autodéterminer, en choisissant de devenir une scintille qui se perd dans le feu divin ou s’éteindre dans le néant absolu. Panthéisme et nihilisme sont les options laissées à l’homme dans cette cosmologie qui n’a rien à faire avec la foi catholique et avec le bon sens.

Pour un athée, déjà convaincu qu’il n’existe rien après la mort, le conditionnalisme retire cette possibilité de conversion qui est donnée par le Timor Domini : la crainte du Seigneur, commencement de la Sagesse (Ps 110, 10) au jugement duquel personne n’échappera. Ce n’est qu’en croyant en l’infaillible justice de Dieu que nous pourrons nous abandonner à Son immense miséricorde. Jamais comme en ce moment ne s’impose la prédication du destin ultime des âmes, que l’Eglise renferme dans les quatre Novissimi : mort, jugement, enfer et Paradis. Notre-Dame en personne a voulu le rappeler à Fatima en prévoyant la défection des Pasteurs mais en nous promettant qu’il ne nous manquera jamais l’assistance du Ciel. (Roberto de Mattei)