Correspondance européenne | 357, Eglise catholique

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Église catholique : la destruction des ordres contemplatifs

La destruction des monastères féminins est en cours. Depuis qu’est apparue la constitution sur la vie contemplative Vultum Dei quaerere (http://w2.vatican.va/content/francesco /fr/apost_constitutions/documents/papa-francesco_costituzione-ap_20160629_vultum-dei-quaerere.html) le 29 juin 2016, bien des sites ont dénoncé la « soviétisation » des monastères.      

Or, un pas supplémentaire a été fait avec l’instruction Cor Orans sur la vie contemplative féminine du 1er avril 2018 (http://www.vatican.va/roman_curia/ congregations/ccscrlife/documents/rc_con_ccscrlife_doc_20180401_cor-orans_it.html), qui constitue une application du document précédemment cité. Peu de journalistes, avec l’exception du vaticaniste Aldo Maria Valli qui a consacré trois articles à ce sujet dans son blog, ont réalisé la gravité du danger.

Il faut bien rappeler que l’Église a toujours encouragé la vie contemplative des religieux et des religieuses. La séparation du monde de la vie religieuse constitue un état de vie parfait et est nécessaire au Corps mystique du Christ en tant que manifestation de la sainteté et source permanente de grâce.

L’une des principales caractéristiques des communautés monastiques était leur configuration juridique. Selon la tradition de l’Église, les monastères féminins sont sui juris, c’est-à-dire des maisons autonomes et indépendantes quant à leur régime interne.

Leur seule forme de dépendance est celle vis-à-vis de l’évêque ou, dans certains cas, vis-à-vis du supérieur de la branche masculine du même ordre. Cette configuration reflète le proprium de chaque monastère, qui est la séparation de la société profane. Moine signifie “seul”: la solitude et la prière sont les piliers sur lesquels chaque monastère vit.

Cependant, le régime de clôture signifie une séparation du monde, et non de la société que les religieuses soutiennent par leur prière et leur pénitence. C’est ainsi que dans l’encyclique Sacra Virginitas du 25 mars 1954, Pie XII explique que le renoncement au monde des religieuses, protégé par la clôture, n’équivaut pas à une désertion sociale, mais permet plutôt un service plus large rendu à l’Église et à la société.

Pie XII lui-même, dans la Constitution apostolique Sponsa Christi du 21 novembre 1950, avait prévu la naissance de Fédérations de monastères, en tant qu’instrument d’aide à la vie de certaines communautés monastiques qui, après la guerre, se trouvaient isolées et en difficulté matérielle. L’expérience n’a pas été heureuse et aurait suggéré l’abandon de ces structures, qui se sont au contraire multipliées sous le pontificat du pape François, portant ainsi un coup mortel aux monastères féminins.

La nouvelle discipline envisagée par Cor Orans veut supprimer toute forme d’autonomie juridique, créer des macro-communautés présentées comme “structures de communion”. L’Instruction pontificale énumère avec précision toute une série d’organisations bureaucratiques et encombrantes qui naissent.

Nous avons la Fédération des monastères, car « en partageant le même charisme, les monastères fédérés surmontent l’isolement et favorisent l’observance régulière et la vie contemplative » (n° 7); l’Association des monastères, car « en partageant le même charisme, les monastères associés collaborent entre eux » (n° 8); la Conférence des monastères, « afin de promouvoir la vie contemplative et de favoriser la collaboration entre monastères dans des contextes géographiques ou linguistiques particuliers » (n° 9) ; la Confédération, en tant que « structure de liaison entre Fédérations de monastères pour l’étude de thèmes liés à la vie contemplative en relation avec le même charisme, pour donner une direction unitaire et une certaine coordination à l’activité des Fédérations » (n° 10); la Commission internationale, en tant qu’ « ensemble centralisé de services et d’études au profit des moniales du même Institut, pour l’étude de thèmes relatifs à la vie contemplative en relation avec le même charisme » (n° 11).

Enfin, nous avons la Congrégation monastique, qui est « une structure de gouvernement entre plusieurs monastères autonomes du même Institut, sous l’autorité d’une Présidente, qui est la Supérieure majeure et d’un chapitre général qui est la plus haute autorité de la congrégation monastique » (n° 12). Seule l’Assemblée fédérale est manquante.

Le n° 133 énonce : « La communion qui existe entre les monastères devient visible à l’Assemblée fédérale, signe d’unité dans la charité qui a pour tâche première de protéger le patrimoine charismatique de l’Institut parmi les monastères fédérés et de promouvoir un renouveau adéquat qui s’y harmonise, sauf le fait qu’aucune Fédération de monastères de moniales, ni Confédération de fédérations ne représente l’ensemble de l’Institut ».

L’adhésion à ces structures bureaucratiques est obligatoire. Dans les dispositions finales de Cor Orans, il est précisé que « ce qui est prévu dans la Constitution apostolique Vultum Dei quaerere pour tous les monastères à propos de l’obligation d’entrer dans une Fédération de monastères s’applique également à une autre structure de communion telle que l’Association des monastères ou la Conférence des monastères ».

Avec l’obligation d’appartenir à ces structures, les monastères perdent, de facto même si ce n’est pas de jure, leur autonomie pour se fondre dans une masse anonyme de macro-communautés au sein desquelles on organise des cours de formation, des débats, des réunions de mise-à-jour, des moments de confrontation.Les religieuses devront entrer et sortir des monastères pour vivre en permanence dans une situation d’instabilité psychologique et matérielle.

Chaque communauté est appelée à développer un programme de formation permanente systématique et intégral qui englobe toute l’existence de la personne. Les sœurs ont besoin de cette « formation permanente » pour cultiver « la capacité spirituelle, doctrinale et professionnelle, la mise-à-jour et la maturation de la religieuse contemplative, afin qu’elle puisse accomplir de manière de plus en plus adéquateson service au monastère, à l’Eglise et au monde » (n° 236).

Chaque religieuse « est encouragée à assumer la responsabilité de sa propre croissance humaine, chrétienne et charismatique, à travers le projet de vie personnel, le dialogue avec les sœurs de la communauté monastique et en particulier avec sa Supérieure majeure » (n° 237).

La responsabilité de la formation appartient à la Supérieuremajeure « qui promeut la formation continue de la communauté à travers le chapitre conventuel, les jours de retraite, les exercices spirituels annuels, le partage de la parole de Dieu, les révisions périodiques de la vie, les récréations en commun, les journées d’étude, le dialogue personnel avec les sœurs, les rencontres fraternelles » (n° 238).

Afin de garantir cette formation, la clôturepapale est de fait supprimée, car on donne l’autorisation à entrer dans le monastère même à ceux qui ont les compétences nécessaires à la formation (n ° 203), c’est-à-dire on autorise le chaos au sein de la communauté.             Les mots clés sont « vaincre l’isolement » (n° 7), « fidélité dynamique à son propre charisme » (n° 70), « valeur indispensable de la communion » (n° 86). Là où ces éléments manquent, les monastères peuvent être supprimés. Pour ceux qui survivent, l’atmosphère de paix, de recueillement et d’ordre qui y a régné doit être détruite. Ceux qui vivent dans des monastères et ceux qui aspirent à y entrer sont avertis.

Autrefois les religieuses désiraient obtenir la légitimité canonique du diocèse et ensuite la reconnaissance pontificale comme garantie suprême de la stabilité de leur vie en commun. Aujourd’hui, celle qui aspire à la vie contemplative et ne veut pas perdre sa vocation, devra plutôt penser à la création d’associations religieuses indépendantes de l’autorité ecclésiastique et éviter soigneusement de demander cette légitimité canonique qui marquerait la fin de sa vie spirituelle. (Veronica Rasponi)