Correspondance européenne | 359, Belgique

Imprimer cette page

Belgique : le populisme à la traîne

Il faut plusieurs conditions pour assurer l’émergence d’une force politique nouvelle comme le sont les différents partis dits populistes qui ont vu le jour récemment en Europe et continuent d’apparaître. La Belgique, scindée en deux politiquement contre le vœu de sa population ou à la faveur de son indifférence, a de la peine à rassembler ces conditions.

Certes, l’immigration de masse est vivement ressentie en Belgique, comme ailleurs en Europe, et ce surtout dans les grandes villes, de même que la corruption, la passivité et la constante trahison des élites politiques. Ce sont les conditions de base du succès d’un mouvement populiste. Mais ces deux phénomènes politiques n’ont jusqu’ici provoqué qu’un sentiment de désapprobation impuissante ou une sourde colère. Ils n’ont pas encore été exploités avec succès par une force politique, à l’exception du Vlaams Belang qui enregistre encore 13 % des votes, dans la région flamande, aux élections provinciales du 14 octobre dernier. Le Vlaams Belang se maintient voire progresse dans la plupart des villes néerlandophones, mais sans jamais dépasser les 12 %, même à Anvers, sa base historique, où il se limite à 10,5 %. Ce n’est donc pas un franc succès. Le Vlaams Belang a beaucoup souffert de la création de la NVA (parti nationaliste flamand de centre droit) qui a détourné pas mal de ses électeurs et de ses élus. Il n’en est pas encore remis. Le Vlaams Belang est un parti républicain, hostile à la monarchie, et séparatiste, ce qui le prive du vote de beaucoup d’électeurs conservateurs. Il faut noter que, tout en étant nationaliste flamand, le Vlaams Belang s’est implanté à Bruxelles via des élus francophones. Mais là encore avec peu de succès.

Côté francophone, la droite est handicapée par les réformes régionalistes belges. L’électorat de droite est traditionnellement attaché à la Belgique unitaire et il n’existe pas de parti unitaire qui couvre tout le territoire. Un tel parti, s’il existait, devrait obligatoirement se scinder pour se présenter aux élections. Il existe donc quelques formations francophones de droite ou populistes, mais sans grand impact électoral. Le premier parti de cette mouvance est le Parti Populaire qui n’enregistre que 3,1% aux élections provinciales et n’obtient aucun siège. Il obtient par contre un siège à Charleroi avec 4,5% – son seul succès. Le Parti Populaire a été créé en 2009 par Mischaël Modrikamen dont le père était un immigré juif polonais. Il s’était fait remarquer en prenant la défense des petits actionnaires lors de la faillite de Fortis. Cependant, son style ne semble pas très convaincant : élus et militants quittent le parti et Modrikamen dont le modèle politique est Winston Churchill, a de la peine à faire passer une image populaire belge. L’un des transfuges du PP était le député Laurent Louis qui ne manquait pas de talent oratoire et aurait pu initier un mouvement populiste. Malheureusement, ayant épousé une musulmane, il se privait du principal levier d’action qui pouvait le conduire au succès. Le reste est encore plus insignifiant. La Droite citoyenne d’Aldo-Michel Mungo, de tendance plutôt laïciste, n’obtient aucun élu. Le mouvement Nation, très militant mais dépourvu de projet d’ensemble, ne fait pas mieux.

Tous ces partis, très différents dans leur approche mais recherchant le même électorat, manquent encore de certains atouts essentiels pour emporter l’adhésion d’une population relativement bien préparée par les malheurs du temps. Tout d’abord, ils n’ont pas de vrais leaders populaires qui sachent convaincre un public et inspirer confiance ; soit leurs chefs sont d’origine étrangère, soit ils adoptent un style peu crédible. Ensuite, ils n’ont pas de vision politique et en cela ils ressemblent à leurs adversaires qui parient sur l’inertie d’un électorat désabusé. Leurs programmes comportent des propositions défendables, en général plus libérales que conservatrices, mais rien qui procèdent d’un vrai projet de société. De plus, ils adoptent parfois des positions radicales empruntées à leurs adversaires comme l’abolition des provinces (La Droite) ou l’abolition de la monarchie (Nation) ou les deux (Vlaams Belang), sans avoir évalué la nécessité ou l’impact électoral de ces mesures. Enfin, il semble que ces partis soient prisonniers d’une pratique politique étroite et sans imagination. Pas de trait de génie en matière de communication et de propagande, peu d’innovation, peu de séduction, pas d’humour. On attend toujours… (Christophe Buffin de Chosal)