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Église catholique: ce qui est nécessaire face aux abus sexuels

Nous proposons à nos lecteurs la traduction d’un article de Christian Spaemann paru dans LifeSiteNews le 23 février dernier (https://www.lifesitenews.com/opinion/the-church-doesnt-need-a-stage-managed-abuse-summit.-it-needs-to-investigat).

Le soi-disant sommet sur les abus à Rome est devenu un sommet du non-dit et du passé sous silence. Le cardinal Blase Cupich, un des organisateurs, a estimé de pouvoir liquider le problème du lobby homosexuel dans le clergé avec un stratagème d’argumentation. Il serait même vrai – c’était sa thèse – que 80% des cas d’abus sexuel dans l’église ont lieu entre hommes, mais l’homosexualité ne serait pas par elle-même à l’origine des cas d’abus.

Par rapport aux données factuelles, une telle affirmation du cardinal se révèle non peu effrontée. Dans ce contexte il faut clarifier dès le départ qu’il ne s’agit pas, ici, de montrer au doigt en généralisant, les motivations individuelles de personnes homosexuelles qui souhaitent accéder au sacerdoce.  On ne peut nier non plus qu’il existe des prêtres authentiques et à la vie sainte avec des inclinations homosexuelles. Cependant, il doit être possible de regarder la réalité telle qu’elle est.

Il n’y a pas seulement le fait que le pourcentage de pédophilie et de pédérastie parmi les homosexuels est beaucoup plus haut que parmi les hétérosexuels, mais aussi celui que les relations homosexuelles sont, sur le plan statistique, extrêmement fragiles. Des études récentes, effectuées parmi les homosexuels mêmes, suggèrent que les relations homosexuelles masculines durent, en moyenne, un an et demi et sont en prévalence associées à des nombreux contacts sexuels étrangers à la relation.

Cette fragilité relationnelle ne dérive pas uniquement par l’insuffisante complémentarité de partenaires du même sexe mais, sur la base de toutes les expériences, même par la tendance compensatoire, auto-référentielle et identitaire-régulative de cette forme de sexualité. Les données actuelles permettent, déjà en soi, de comprendre pourquoi dans le contexte d’une homosexualité vécue, contrairement à l’hétérosexualité, il se forme des réseaux de collaboration, des lobbies. Si, en plus, on considère que, selon les études les plus récentes, seulement 1,5% environ des hommes dans le monde occidental peut se définir stablement homosexuel, en arrivant jusqu’à 4,5% des hommes si on ajoute ceux qui se considèrent bisexuels, tandis que, en revanche, plus que 80% des abus dans l’Église sont caractérisés par l’homosexualité, il est donc nécessaire de se demander s’il soit vraiment légitime de penser que l’Église n’ait aucun problème avec l’homosexualité vécue et qu’elle ne soit en relation de cause à effet avec les scandales des abus.

L’abus sur les mineurs, qui à Rome est devenu le thème unique du colloque, apparaît donc comme la pointe de l’iceberg. Le phénomène procède sans doute vraiment des réseaux homosexuels, qui ces dernières décennies ont pu se diffuser dans le clergé sans obstacles. Il demeure à approfondir si ce développement doit être vu en relation à la libéralisation sexuelle, soit sociale qu’interne à l’Église, qui a eu lieu après le Concile.

Même dans des époques précédentes l’Église avait à voir avec ce problème et même dans le clergé le plus respectueux de la tradition on retrouve un tel réseau homosexuel. Il s’agit toutefois d’un phénomène du temps présent, surtout du pontificat actuel, sous lequel vis-à-vis de ce problème parmi les sommets hiérarchiques de l’Église il semble régner l’absence d’orientations ou une orientation erronée.

Selon l’enseignement de l’Église il y a deux comportements sexuels qui sont compatibles avec les commandements de Dieu et avec la dignité de la personne humaine. Le premier est le rapport sexuel dans le mariage entre un homme et une femme ; l’autre est la continence parfaite. À chaque époque l’Église a toujours su qu’une grande partie des chrétiens est marquée par des péchés tels que la masturbation, la consommation de pornographie, les relations sexuelles extraconjugales ou homosexuels, et a maturé une expérience pluriséculaire dans l’approche avec humanité et patience de ces personnes, sans par ailleurs juger nécessaire de changer l’ordre de la vie chrétienne qui dérive du commandement divin dans la direction d’une absence d’idéaux et sans liquider l’ordre sacramental.

On n’a jugé non plus nécessaire s’appuyer dans la pastorale à une idée d’inclusion purement sociale et psychologique, totalement en contradiction avec l’enseignement de Saint Paul (1 Cor. 5, 1-13), telle qu’on propage aujourd’hui au plus haut niveau. Avec l’exhortation apostolique Amoris Laetitia les choses ont profondément changé.

Le résultat n’est pas donc la miséricorde, mais la confusion. L’ordre sacramental catholique constitue une défense de la présomption, du sacrilège e de l’absence d’orientation. Il est une protection pour les fidèles concernés comme pour le pasteur qui s’occupe des âmes, qui dans la compréhension pour celui qui lui est confié et dans la forme de son accompagnement pastoral a toute la marge pour agir, sans se sentir obligé à dépasser les limites du respect pour la sainteté de Dieu et de ses commandements par l’administration des sacrements à des fidèles qui ne se sentent pas dans la condition de changer leur vie.

Quel est le rapport entre la liquidation de l’ordre sacramental catholique avec les actions des réseaux homosexuels et avec le scandale des abus dans l’église catholique ? La réponse est simple : dans des points décisifs d’Amoris Laetitia, dans lesquels l’ordre sacramental catholique est liquidé, on ne parle pas de divorcés remariés civilement, mais seulement et très génériquement de “situations irrégulières” (par exemple AL 305). Pourquoi ne devrait-on, dans ce cas, penser même à des relations homosexuelles ? Pourquoi pas aussi à celles des prêtres ? Pourquoi pas aussi à celles des prêtres avec des personnes consentantes au-delà de l’âge du consentement ? On peut n soupçonner que l’exhortation Amoris Laetitia ait vu la lumière dans le cadre d’un agenda, qui vise à introduire même à l’intérieur de l’église la soi-disant “multiplicité sexuelle”.

Amoris Laetitia et la théologie morale hérétique qu’elle sous-entend, enseignée pour des années dans les facultés théologiques de l’Occident, considérée d’une telle façon, représente le fondement de l’absence d’orientation ou d’une orientation erronée dans l’approche à la situation mentionnée. Elle convient parfaitement à l’avancée constante des souteneurs de la théologie morale libérale à l’intérieur des institutions ecclésiales.

Il n’est donc pas surprenant que, dans une époque où on propage la “multiplicité sexuelle”, la famille naturelle est lourdement mise en question et avec les abus homosexuels par des prêtres, il ressort avec force le problème dans l’église de la promotion à ses plus hauts rangs, d’évêques qui prennent ouvertement position en faveur d’une normalisation ecclésiale de l’homosexualité vécue. C’est le cas de la nomination du cardinal Kevin Farrel à camerlingue de l’église romaine.

Le cardinal Farrel a vécu six ans dans la même habitation avec le cardinal McCarrick et affirme n’avoir pas été au courant des excès sexuels de ce dernier, malgré ils étaient connus par tout le monde dans son entourage. Il fut lui qui, avec une prise de distance grossière des intentions de son initiateur, Jean Paul II, inaugura la dernière journée mondiale pour la famille en Irlande, avec une ouverture à la communauté LGBT.

Dans ce contexte, il ne parait que logique qu’au colloque romain de ces jours les représentants des conférences épiscopales aient limité la réflexion sur les scandales des abus aux crimes contre les mineurs, en évitant le débat sur leur vrai fondement. De cette façon on s’est mis à l’abri, en trouvant une ligne d’intersection avec les lois civiles, et il n’y a pas eu besoin de montrer à tout le monde son côté faible avec une discussion qui porte sur les enseignements de la morale sexuelle de Jésus et de son Église, désormais considérés dépassés même par des évêques et des cardinaux illustres. En outre, on se protège de se devoir mettre en question avec un débat interne à l’Église sur Amoris Laetitia et ses conséquences.

Il vaut mieux laisser la place aux préjugés contre l’Église, en renvoyant les causes de ce scandale à un prétendu et non mieux défini cléricalisme. De cette façon on reste dans l’ère du temps et son esprit. La laïcisation du cardinal McCarrick se révèle donc le choix d’une victime sacrificielle. C’est précisément cette exclusion délibérée d’une confrontation sincère avec le thème de la sexualité vécue devant Dieu, à ses commandements, et avec la sainteté du sacerdoce, en revanche, le vrai cléricalisme de nos jours.

Et c’est un cléricalisme qui, paradoxalement, ose s’auto-protéger exactement avec ses sorties sur le cléricalisme. Ce cléricalisme, qui aime parler et évite l’action, sans en avoir le mandat, place sa propre idéologie au-dessus de l’enseignement de l’Église. Ce de qui nécessite l’Église catholique n’est pas un sommet centraliste romain sur le thème des abus, mis en scène à l’usage des médias, mais l’envoi d’inspecteurs compétents et justes qui, dans les différents diocèses des USA et d’autres pays, poursuivent les investigations en se basant sur le droit canon et en tirent les conséquences personnelles au service du renouveau.(Christian Spaemann)