Correspondance européenne | 368, France

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France : l’incendie de Notre-Dame de Paris

Le choc international provoqué par l’incendie du toit de la cathédrale de Paris a été suivi, pour les observateurs curieux, de la surprise désagréable que la cathédrale appartient à l’Etat français. Il faut se souvenir que c’est la France et que la République laïque possède 80 cathédrales… De plus, Notre-Dame de Paris n’était pas assurée. L’Etat français considère donc que le patrimoine historique qu’il possède ne doit pas être soumis aux règles de gestion « en bon père de famille » qui s’appliquent à tout patrimoine privé. Il serait intéressant de faire la liste des biens immobiliers irremplaçables que l’Etat français possède – après les avoir confisqués à leurs propriétaires légitimes – et de vérifier s’ils sont assurés. Une fois le toit de Notre-Dame parti en fumée, l’Etat a ouvert une souscription pour sa reconstruction, rassemblant ainsi des fonds dépassant largement le coût estimé. A ce jour, on évalue que la consolidation de la maçonnerie, celle de la charpente (flèche comprise) et la pose de la nouvelle toiture ne devraient pas excéder les 500 millions. Or, près du double de ce montant a été promis en dons. On s’est extasié devant la générosité des donateurs.

On aurait aussi pu relever que l’Etat échappait ainsi encore une fois à ses obligations en faisant payer les travaux par les entreprises et la population françaises, sans oublier les dons venant de l’étranger, au lieu de compter sur l’assurance à laquelle il aurait dû souscrire. Toutefois les dysfonctionnements observés dans les mesures de sécurité, touchant surtout le personnel de surveillance et les mécanismes d’alerte, montrent que l’Etat est responsable de nombreuses négligences et il est probable, dans ces conditions, qu’une compagnie d’assurance n’aurait pas accepté de payer. L’incendie qui a ravagé la cathédrale de Nantes en 1972, causant un sinistre semblable à celui qui a touché Notre-Dame de Paris, bien qu’à une échelle plus modeste, est riche d’enseignement sur les responsabilités engagées, de même que sur les coûts et les délais de reconstruction. Les évêques de France n’ont-ils pas aussi une part de responsabilité dans le sinistre pour avoir accepté que le patrimoine immobilier catholique le plus prestigieux soit géré par un Etat qui ne cache pas son hostilité à l’Eglise ?

Avec l’incendie de Notre-Dame de Paris, on pourrait dire que la France a eu son 11 septembre. Mais, contrairement aux Etats-Unis, elle semble incapable de l’exploiter. Symboliquement, les valeurs sont très proches : la richesse, l’esprit d’entreprise et la prouesse architecturale que représentaient les Tours Jumelles pour les Etats-Unis sont remplacés par le monument historique par excellence, très ancien et catholique pour la France. Les deux pays ont donc été atteints dans leur cœur. Mais là où on a vu George W. Bush, en blouson de cuir, escalader les décombres fumants pour promettre à un ennemi encore inconnu qu’il n’abattrait jamais la fierté et la détermination des Américains, on a vu à Paris un Macron en déplacement officiel, ricanant avec son ministre et promettant une reconstruction – à l’identique ou dénaturée ? – dans un délai utopique de 5 ans. Le premier a enlevé l’adhésion patriotique des Américains et s’est préparé à une nouvelle guerre, l’autre s’est aliéné une grande partie de la population par son cynisme et sa suffisance. Cela en dit long sur l’état d’esprit des deux peuples vis-à-vis de leurs gouvernants. Mais la comparaison ne s’arrête pas là. L’administration américaine a proposé une version officielle des attentats contre les Tours Jumelles qui a été activement combattue par de nombreux spécialistes parce qu’elle contient de grosses incohérences et écarte délibérément certains témoignages.

Le doute plane toujours sur l’attentat et on soupçonne qu’il y a eu beaucoup plus d’intervenants que les deux seuls avions dans la destruction des tours. Concernant Notre-Dame, on glisse vers un scénario similaire. La piste criminelle est écartée d’emblée alors que les indices plaident davantage pour un attentat que pour un accident. Là encore, on va vers une version officielle qui sera mise en doute. Les deux sinistres, les Tours Jumelles à New York et Notre-Dame de Paris, montrent comment le pouvoir tente de récupérer ou de manipuler un événement, accidentel ou non, à son propre profit. (Christophe Buffin de Chosal)