Correspondance européenne | 371, Eglise catholique

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Église catholique: le “suicide assisté” de l’Eglise et de la société

En ces derniers jours, en Italie, toute l’attention s’est portée sur la crise politique. Mais il existe une autre crise, plus grave et plus grande, qui constitue l’arrière-plan de la crise politique : c’est la crise religieuse et morale de l’Occident.

La crise politique est visible, elle entre dans nos foyers à travers les médias et même un œil ou une oreille distraits peuvent la percevoir. La crise religieuse et morale, par contre, ne peut être perçue que par celui qui a une sensibilité spirituelle développée. Ceux qui sont immergés dans le matérialisme de la vie contemporaine ont une forte capacité de saisir le plaisir des sens, mais ils sont spirituellement enténébrés, voire totalement aveugles. La crise religieuse et morale est une crise qui se vérifie lorsque l’homme perd de vue son but ultime et les critères qui doivent guider ses actions. La société s’immerge dans l’agnosticisme, se dissout et meurt.

En Italie, par exemple, la crise gouvernementale nous fait oublier un rendez-vous important. Le 24 septembre est prévue une audience de la Cour constitutionnelle pour juger la légitimité de l’article 580 du Code pénal qui punit le délit d’incitation ou aide au suicide. L’instance juridique suprême de l’Etat italien a invité le Parlement à promulguer une nouvelle loi avant cette date, autrement ce sera la Cour qui prendra une décision. Or la Cour a déjà affirmé que dans certains cas, le suicide peut être admis (et donc « assisté » sur le plan médical et administratif) car, « l’interdiction absolue d’aide au suicide finit pour limiter la liberté d’autodétermination du malade dans le choix des thérapies, y compris celles finalisées à le libérer des souffrances » (Ordonnance n. 207 du 16 novembre 2018). L’autodétermination de l’individu est la règle suprême d’une société qui ignore l’existence d’une loi morale inscrite dans le cœur de tout homme, à laquelle les hommes et la société doivent se conformer s’ils veulent éviter l’autodestruction.

L’actuelle crise politique semble exclure la possibilité pour le Parlement d’aborder la question du suicide dans le mois de septembre. Il est donc probable que la Cour constitutionnelle cause une nouvelle blessure grave au droit à la vie, vers une complète libéralisation de l’euthanasie. Après le testament biologique, un nouveau pas en avant sera fait sur la voie de la culture de la mort qui caractérise la société contemporaine.

Le suicide assisté est l’aide médicale, psychologique et bureaucratique offerte à ceux qui ont décidé de se donner la mort. Le suicide assisté représente un délit moral tout comme l’euthanasie. La loi naturelle et divine interdit le suicide, car l’homme n’est pas maître de sa propre vie et il ne l’est non plus de celle des autres. Le suicide est l’acte suprême de rébellion à Dieu car, comme la philosophie traditionnelle l’enseigne, l’acte de domination le plus grand est vouloir détruire ce qui ne nous appartient pas (Victor Cathrein S.J., Philosophia moralis, Herder, Rome 1959, p. 344).

Dans le suicide semble se réaliser le destin de l’homme moderne, incapable de s’élever au-delà de l’horizon mondain de sa propre existence, prisonnier de sa propre immanence. L’homme s’autodétruit lorsqu’il refuse le fardeau de l’être que chacun est appelé à supporter en existant.

Le suicide peut être accompli non seulement par les hommes, mais aussi par les nations, les civilisations et même l’Eglise, considérée dans l’humanité des hommes qui la constituent. L’Eglise vit, depuis plus de cinquante ans, un processus suicidaire que Paul VI avait défini comme « auto-démolition » (Discours au Séminaire pontifical Lombard à Rome du 7 décembre 1968). Cette auto-démolition aujourd’hui pourrait être définie comme un véritable « suicide assisté » de l’Eglise. Assisté car induit et favorisé par ces grandes puissances qui ont toujours lutté contre l’Eglise.

Le Document préparatoire du Synode des Evêques sur l’Amazonie, avec le culte de la Nature qui se substitue à celui de la Très Sainte Trinité, l’abolition du célibat ecclésiastique et la négation du caractère sacramental et hiérarchique du Corps Mystique du Christ, est le dernier exemple de ce suicide assisté provoqué par les dirigeants de l’Eglise et encouragé par ses ennemis. Comme l’a dit le cardinal Walter Brandmüller, « l’Instrumentum laboris [sur l’Amazonie] confie au synode des évêques et en définitive au pape la charge d’une grave violation du Depositum fidei, avec pour conséquence une autodestruction de l’Eglise ».

Les catholiques minimalistes proposent comme alternative au suicide assisté la sédation profonde, par laquelle on arrive à la mort du malade de façon indirecte, mais également inexorable. Nous n’appartenons pas à ce groupe. Nous ne sommes pas en mesure, tous seuls, de sauver le malade, car il y a un seul Médecin qui peut le faire, à tout moment : Celui qui a fondé l’Eglise, la dirige et a promis qu’Elle ne mourra pas. Ce Médecin des âmes et des corps est Jésus-Christ (Matthieu 8, 5-11). L’Eglise et la société appartiennent à Lui et aucune renaissance n’est possible hormis le retour à Sa loi. (Roberto de Mattei)