Correspondance européenne | 378, CE, Eglise catholique

Imprimer cette page

Querida Amazonia : les conséquences d’un changement qui n’a pas eu lieu

Coup de frein brusque pour les “viri probati” ; échec du Synode sur l’Amazonie ; désaccord ouvert avec les évêques germano-amazoniens. Ces trois points peuvent résumer la dynamique déclenchée par l’Exhortation post-synodale Querida Amazonia du pape François, présentée le 12 février 2020. https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2020/02/12 /0091/00189.html.

Une grande attente était née autour de cette Exhortation pontificale, qui représente le dernier sceau du Synode sur l’Amazonie, qui s’est déroulé à Rome du 6 au 27 octobre 2019. Autant l’Instrumentum Laboris du 17 juin que le document final du 26 octobre proposaient une nouvelle cosmologie panthéiste, représentée par la statuette Pachamama, d’abord vénérée dans les jardins du Vatican, puis portée en procession dans Saint-Pierre, avant d’être jetée dans le Tibre par Alexander Tschugguel.

Cette vision cosmologique reste l’aspect le plus scandaleux du Synode panamazonien, qui avait par ailleurs d’autres objectifs ambitieux, à commencer par l’introduction des viri probati: c’est à dire, l’accès au sacerdoce d’hommes mariés, après que Jean-Paul II et Benoît XVI aient catégoriquement exclu cette hypothèse, avancée par les milieux les plus progressistes de l’Église depuis l’époque du Concile Vatican II.

Le paragraphe 111 du Document final, approuvé par le Synode, avait pris ces derniers mois une valeur fortement symbolique. Proposant «d’ordonner comme prêtres des hommes convenables qui soient reconnus de la communauté, qui aient un diaconat permanent fructueux et reçoivent une formation adéquate en vue du sacerdoce, tout en pouvant avoir une famille légitimement établie et stable».

  Tandis que le pape François travaillait sur le texte final de son Exhortation, le cardinal Cláudio Hummes, rapporteur général du Synode pour l’Amazonie et président du Repam, a envoyé secrètement les 13 et 29 janvier 2020, deux lettres à tous les évêques, pour les sensibiliser à la publication imminente du texte du pape François. Dans la seconde de ces lettres, le cardinal brésilien joignait un lien vers le paragraphe 111 du Document final du Synode sur l’Amazonie, laissant entendre qu’il ferait partie de l’Exhortation post-synodale. L’introduction des « viri probati » commencerait dans certaines régions de l’Amazonie, puis s’étendrait à l’Église universelle.

C’est non seulement une « discipline ecclésiastique » en mutation qui aurait été liquidée, mais également une loi de l’Église fondée sur un précepte d’origine divine-apostolique.

Pourtant, dans l’Exhortation post-synodale Querida Amazonia, ne figure aucune référence au paragraphe 111, ni à tout autre paragraphe du Document final du Synode, contrairement à ce qui s’est passé avec l’Amoris laetitia, qui dans ses notes avait cité environ 80 fois la Relatio finalis du Synode de 2015. Il est vrai qu’au paragraphe 3 de son Exhortation, le Pape François invite à lire le Document synodal, dans l’espoir que l’Église sera « enrichie » par les travaux de l’Assemblée, mais l’absence de toute mention explicite de passages ou de paragraphes du Synode sur l’Amazonie est la reconnaissance de son échec. Le Synode panamazonien est réduit à un rêve évanescent, «un texte – comme l’écrit Andrea Tornielli – écrit comme une lettre d’amour».

La lettre aux évêques du cardinal Hummes, que le pape n’ignorait certainement pas, confirme que le pape François lui-même a reporté son choix jusqu’au dernier moment, sous la pression exercée par deux groupes opposés: d’une part celle des évêques germano-amazoniens, de l’autre celle des catholiques orthodoxes, qui ont accueilli le livre écrit à quatre mains du cardinal Sarah et de Benoît XVI Du Profond de nos Coeurs comme un “manifeste” du fond du cœur, publié en janvier.

Cette deuxième pression a prévalu ; et l’absence du Cardinal Hummes pour la conférence de presse de présentation s’avère significative. Le cardinal est à São Paulo, au Brésil, où la protestation contre l’Exhortation post-synodale est destinée à se manifester. Pourtant, lors de sa rencontre avec les journalistes le 28 janvier 2019, dans l’avion de retour du Panama, le pape François avait fait une distinction entre ses convictions personnelles en faveur du célibat et ce qui – comme il l’a indiqué – pourrait être nécessaire pour l’Église, du point de vue pastoral. A cette occasion, le pape avait cité un livre de l’évêque émérite d’Aliwal (Afrique du Sud) Fritz Lobinger, Teams of Elders. Moving Beyond Viri Probati, qui suggérait l’introduction de deux types de prêtres dans l’Église: les premiers célibataires, à plein temps ; les seconds, mariés, avec famille. L’Osservatore Romano du 6 février 2019 avait relancé la “proposition pour les prêtres de demain” faite par Mgr Lobinger, laissant entendre que le Synode sur l’Amazonie se l’approprierait.

Ce qui ne s’est pas produit, et l’insatisfaction des cercles progressistes est appelée à exploser. Querida Amazonia, contrairement à Amoris laetitia, ne marque pas le “tournant” révolutionnaire annoncé par Mgr. Franz-Josef Overbeck, évêque d’Essen, qui avait dit qu’après le Synode des évêques sur l’Amazonie, « rien ne serait plus comme avant ». Mais ce qu’il ne faut surtout pas oublier, c’est que l’Exhortation du pape François coïncide pratiquement avec le début du parcours synodal des évêques allemands qui, lors de leur assemblée à Francfort, ont insisté sur la demande des deux formes de sacerdoce, l’une à l’état de célibataire et l’autre “uxorata” (mariée). La Querida Amazonia apparaît à cet égard comme une gifle à l’égard de la Conférence épiscopale allemande.

On est tenté d’évoquer à ce stade la stratégie du “deux pas en avant, un pas en arrière” du pape François. Mais lorsqu’un train roule à grande vitesse, un freinage brusque peut le faire dérailler, mettant fin à sa course de façon spectaculaire. Le processus révolutionnaire est une machine sociale qui devient souvent incontrôlable et submerge les conducteurs de train. « La Révolution dévore ses enfants. » Cette phrase célèbre du Girondin Pierre Victurnien Vergniaud (1753-1793) prononcée devant le Tribunal Jacobin qui l’a condamné à mort, est une clé pour comprendre l’hétérogénèse des fins de chaque action qui s’éloigne de la vérité et de l’ordre.

De même, la manifestation des catholiques d’Acies Ordinata à Munich révèle toute son importance après l’Exhortation Synodale du 12 février. En même temps que Querida Amazonia, le cardinal Reinhold Marx a annoncé qu’il abandonnerait sa charge de président de la Conférence épiscopale allemande en mars prochain. Les observateurs relient ce geste aux fortes pressions contre le processus synodal que l’archevêque de Munich a reçues ces derniers mois, notamment l’opposition du cardinal de Cologne, Rainer Maria Woelki, la “correction” fraternelle subie par les évêques ukrainiens de rite latin et les accusations d’Acies Ordinata, lors de la conférence de presse qui s’est déroulée le 18 janvier dernier dans son diocèse.

Au chemin synodal des évêques allemands, qui les conduit vers une nouvelle église, séparée de l’Eglise catholique, apostolique et romaine, Acies Ordinata a opposé à Münich la profession de Foi publique du Credo. Aujourd’hui, Acies Ordinata est le symbole de tous ceux qui, dans l’Église, combattent les forces du chaos de manière ordonnée, debout, le chapelet en mains et le regard tourné face à l’ennemi, comme l’exhorte St Ambroise : « Le soldat est sur le pied de guerre, il n’est pas assis; le soldat en armes n’est pas allongé, mais il se tient debout bien droit. C’est pourquoi il est dit aux soldats du Christ: “Voici, bénissez maintenant le Seigneur, vous tous, serviteurs du Seigneur, qui vous tenez debout dans la maison du Seigneur” (Commentaire sur douze Psaumes, Città Nuova, Rome 1980, Psaume I, n. 27, p. 69). (Roberto de Mattei)