Correspondance européenne | 379, France

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L’islam serait-il une race ?

L’affaire Mila a été l’occasion d’un étalage assez confondant de lâcheté, d’ignorance juridique et de bêtise de la part de la nomenklatura politique. La jeune fille a certes fait preuve d’une grande vulgarité et d’une réelle virulence au sujet de l’Islam. Mais jusqu’à présent la vulgarité n’est pas pénalement condamnable, sinon nombre de nos émissions de télévision seraient interdites. Et la virulence à propos des religions n’est pas une nouveauté.

Les catholiques en savent quelque chose, la mode étant à la dérision, au blasphème, à l’amalgame et au dénigrement. On peut en voir le résultat dans les nombreux actes antichrétiens recensés par le Ministère de l’intérieur (1052 en 2019, 687 actes antisémites et 154 contre des musulmans dans la même année) sans que les catholiques, soulignons-le, sortent les kalachnikovs ou profèrent des menaces de mort.

L’adolescente n’imaginait évidemment pas être la cible d’un pareil déchaînement d’insultes, de haine et de menaces, y compris de mort, à tel point que l’Education nationale a dû la déscolariser car elle était incapable d’assurer sa sécurité ! C’est dire à quel stade d’impuissance est arrivé notre Etat obèse. C’est aussi révélateur de l’état de notre société après une cinquantaine d’années d’inaction et d’incurie en matière d’immigration et d’intégration. Mais le plus invraisemblable furent les réactions des « autorités », qui soit dit en passant ne font plus autorité sur rien.

Tout d’abord la réaction de la Justice fut plus que surprenante. Si une enquête a bien été ouverte par le Parquet de Vienne à l’encontre des auteurs des menaces « gravement attentatoires à l’intégrité » de l’adolescente, il en a également ouvert une à l’encontre de Mila pour incitation à la haine raciale, heureusement classée sans suite ! Ce qui est proprement invraisemblable. Tout d’abord parce que l’islam n’est pas une race. Il existe des musulmans indonésiens, ce sont même les plus nombreux, chinois, birmans, pakistanais, turcs, iraniens, arabes, maghrébins, albanais, bosniaques…L’islam est tout à la fois une religion et un système politique, juridique et sociétal. Evidemment pas une race. Si les mots on un sens, assimiler la critique de l’islam à une incitation à la haine raciale est une absurdité. En ce cas les innombrables actes anti-chrétiens devraient être poursuivis en tant qu’incitation à la haine raciale ! On le voit on nage en pleine confusion intellectuelle, pour ne pas dire en pleine stupidité, sans doute inspirée par la crainte. Ou plutôt la trouille, la vilaine petite vulgaire trouille.

Ensuite, comme les propos incriminés ne visaient personne en particulier, mais manifestaient seulement une opinion, certes de façon vulgaire, il convient de rappeler qu’il n’existe pas, en principe, de délit d’opinion en France. Certes les tenants de l’idéologie politiquement correcte ne cessent de faire voter ou de réclamer la pénalisation de certaines opinions comme, par exemple, la loi sur l’entrave à l’avortement ou les lois mémorielles qui imposent une lecture officielle de l’Histoire. Et l’urgence est justement de mettre fin à cette dérive liberticide. Le blasphème quant à lui n’est plus une infraction depuis la fin de la Restauration !

Quant à la Ministre Belloubet, qui n’en est pas à sa première sottise, elle a une fois encore manifesté son étrange propension à la confusion intellectuelle en déclarant que « l’insulte à la religion est évidemment une atteinte à la liberté de conscience ». La vraie atteinte à la liberté de conscience c’est l’interdiction ou les entraves à l’expression de sa foi et à la pratique religieuse qui l’accompagne, et qui peuvent finir par la persécution religieuse comme l’histoire de la révolution française l’a illustré dans le sang. L’insulte à la religion est une forme de grossièreté dont Charlie Hebdo s’est fait une spécialité, principalement contre le catholicisme, mais ce n’est pas une atteinte à la liberté de conscience. Cela relève plutôt d’une vulgaire et puérile volonté de choquer. Mais enfin chacun est libre de penser ce qu’il veut de l’islam ou de toute autre religion.

Cette « affaire » a démontré à quel point le système politique que nous subissons est tombé dans le piège de « l’islamophobie », manipulation orchestrée notamment par les Frères musulmans et qui vise à interdire toute critique de l’Islam et à tétaniser les responsables politiques ou médiatiques qui craignent de se faire taxer « d’islamophobie », mot qui, en bon Français désignerait une peur irraisonnée de l’islam et non une aversion pour celui-ci. Au demeurant on ne voit pas au nom de quoi il serait obligatoire d’aimer l’islam ? En outre le craindre n’est pas vraiment injustifié. Depuis 2012 la France a dû déplorer 264 morts assassinés au nom de l’islam. Mais faut-il rappelé que ce type d’attentats remonte à beaucoup plus loin : en 1982, l’attentat de la rue des Rosiers (6 morts et 22 blessés), en 1986 l’attentat de la rue de Rennes (7 morts et 55 blessés), en 1994 la prise d’otages du vol 8669 d’Air France (3 morts) … La liste est longue et bien propre à justifier la peur de l’islam car enfin ce ne sont pas des Bouddhistes, des Juifs ou des Chrétiens qui ont perpétré ces attentats.

Le pire est que non seulement notre classe politique d’esprit munichois tombe dans le piège mais finalement s’en fait le complice où cherche à instrumentaliser cette pseudo « islamophobie » à l’image des islamo-gauchistes qui semblent voir dans l’islam une force révolutionnaire de remplacement depuis que les néo marxistes et la gauche en général ont délibérément abandonné les ouvriers à leur sort.

Il serait pourtant aisé de remarquer que si la France et les sociétés occidentales étaient si « islamophobes » il serait incompréhensible que de nombreuses populations musulmanes veuillent venir s’y établir ? Et que leur départ dans le sens inverse soit si rare.

Mais la rhétorique de « l’islamophobie » a aussi un autre objet que celui de paralyser une nomenklatura politique d’autant plus lâche qu’elle sait que c’est son incurie en matière de politique d’immigration depuis plus de quarante ans qui est à l’origine de la situation. Elle s’adresse aussi aux musulmans installés en France et en occident en général. En les victimisant, il s’agit d’obtenir un repli communautaire et d’éviter qu’ils s’intègrent aux sociétés « d’infidèles » qui les accueillent et s’éloignent ainsi de l’oumma, cette communauté des pieux mahométans. Il s’agit de créer une contre société au sein de la société d’accueil dans l’attente du basculement de celle-ci dans l’islam. Au demeurant cette « partition du pays » dont parlait Hollande est reconnue par la République qui a elle-même identifié trente quartiers de « reconquête républicaine », infâme jargon qui signe le désastre des politiques menées depuis des décennies.

Le pire est que tous les responsables politiques, les élus de terrain des territoires et des quartiers abandonnés au communautarisme musulman sont parfaitement au courant de la situation et se refusent à en parler et surtout à en traiter l’origine : une immigration incontrôlée et absurde car elle vient encore augmenter des communautés déjà frappées par le chômage, les difficultés d’intégration, l’échec scolaire, le communautarisme, la délinquance et les phénomènes de bandes.

Pour conclure, le fait qu’une adolescente réagisse, certes de façon brutale et vulgaire, à un harcèlement tout aussi vulgaire de jeunes musulmans sur des réseaux sociaux, puissent produire d’une part une telle explosion de violence (justifiée par le délégué général du Conseil du culte musulman Abdallah Zekri) et d’autre part une telle déroute politique, démontre bien dans quel état de déliquescence est tombé notre société. A force de délibérément déstructurer ce qui fait la colonne vertébrale d’une société, à force de laisser s’installer le communautarisme, à force de laisser les minorités imposer leur volonté à la majorité, à force d’impuissance publique, toute idée de bien commun s’évanouit et avec elle la notion de société policée. Il n’existe plus qu’un vague agrégat de communautés et d’individus que rien ne rassemble et que tout divise, à qui on interdit tout rêve de destin commun fondé sur une histoire partagée. L’absolutisme de l’individualisme couplé au morcellement communautariste défait la France et l’Europe. Devant la lamentable incurie politique de l’entre deux guerres, l’historien Jacques Bainville avait prédit « tout cela finira mal ». Aujourd’hui, dans des circonstances bien différentes, il y a fort à craindre que tout cela, en effet, finisse mal. (Stéphane Buffetaut)