Correspondance européenne | 380

Imprimer cette page

Coronavirus: Tamerlan est-il à nos portes?

Le personnage le plus terrible du XIVème siècle fut sans doute Tamerlan, un conquérant farouche et implacable qui fut nommé “Terreur du monde” : il dévasta l’Asie de la Syrie à la Turquie, alla jusqu’aux confins de la Chine, et de Moscou à Delhi. Il était originaire d’une tribu turco-mongole de l’Ouzbékistan et se proclama héritier et disciple de Gengis Khan. Il est enseveli à Samarcande, capitale de son empire, sur la route de la soie, l’antique voie commerciale qui reliait la Chine à la Méditerranée.

L’historien Paolo Giovio nous raconte dans ses Elogia virorum bellica virtute illustrium (Petri Pernae Typhographi, 1575, p. 105-106) que Tamerlan, lorsqu’il assiégeait une ville, faisait déployer dès les premiers jours un drapeau blanc, comme signe de pardon si tous se rendaient volontairement. Si ce n’était pas le cas, au bout de quelques jours, son armée hisserait des drapeaux rouges, pour annoncer la mort, non de tous les habitants de la ville, mais de ses dirigeants et de ses soldats. Si la ville s’obstinait malgré tout à ne pas vouloir se rendre, Tamerlan donnait alors l’ordre de déployer le drapeau noir, qui était le signe de l’extermination totale, sans distinction entre les coupables et les innocents, passant la ville entière par le fer et le feu.

L’épidémie de Coronavirus qui, en l’espace de quelques semaines, s’est déchaîné sur le monde, nous rappelle le drapeau blanc de Tamerlan. Elle apparaît comme le premier avertissement d’un châtiment qui menace l’humanité, mais que l’on pourrait encore éviter. Les experts analysent le nombre de victimes et émettent les hypothèses les plus diverses. La courbe de l’épidémie peut monter ou descendre. Après l’été, le virus se présentera sous une forme plus atténuée, selon certains, ou sous une forme plus violente, comme ce fut le cas pour la grippe “espagnole”, selon d’autres. Personne ne peut le prévoir. Mais le prochain scénario est déjà esquissé.

L’économie mondiale s’effondre alors que, comme l’écrit Massimo Giannini sur la Repubblica du 17 mars, « l’Europe des Lumières et des Pères Fondateurs de Ventotene, juste, libre et solidaire, vaincue par un ennemi invisible et insaisissable ». « Nous sommes en guerre », a répété à six reprises le président français Emmanuel Macron, battant le rappel contre « un ennemi invisible et insaisissable » qui nous attaque (Le Monde, 16 mars 2020).

Tous les observateurs admettent avec inquiétude que l’économie mondiale est en débâcle. Selon Federico Fubini, « les glissements de terrain profonds des marchés nous indiquent que le Covid-19 entraîne une récession mondiale » (Corriere della Sera, 17 mars), tandis que Federico Rampini écrit sur la Repubblica du même jour: « La banque centrale la plus puissante du monde est impuissante. Les tentatives désespérées de la Federal Reserve de freiner la panique sur les marchés ont échoué. L’économie mondiale s’effondre. Une récession violente va arriver. »

Sommes-nous à la veille d’un crack économique ? Et si dans certains pays européens l’effondrement du système de santé était intimement lié à l’effondrement de la zone euro, quelles pourraient être les conséquences dans les villes européennes ? Le scénario des prochains mois est inquiétant. Il semble que sonne l’heure de ceux que Stefan Zweig (1881-1942) appelle « des moments fatals » de l’histoire, « des heures saturées de potentiel dramatique et pleines de destin», lorsqu’ «une quantité incommensurable d’événements se concentre dans un très court laps de temps, comme l’électricité de toute l’atmosphère au bout du paratonnerre» (Momenti fatali, Adelphi, Milan 2005, p. 12).

Dieu est patient et prévient toujours avant d’infliger ses derniers châtiments. Le Coronavirus semble être un avertissement de la Divine Providence pour que l’humanité prenne conscience de ses erreurs. C’est l’heure du repentir pour les péchés du monde, car en péchant collectivement, nous avons mérité des châtiments publics, telles que les épidémies, la faim et les guerres, qui pourraient se succéder rapidement. Dieu est infiniment miséricordieux, mais la miséricorde suppose la conscience du péché et la demande de pardon. Des avertissements plus douloureux suivront, puis flottera le drapeau noir de Tamerlan. (Roberto de Mattei) – Traduction Marie P.