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Nouveaux scénarios à l’ère du Coronavirus Le Coronavirus est-il un châtiment divin ? Considérations politiques, historiques et théologiques

Le sujet de mon intervention s’intitule : “les nouveaux scénarios en Italie et en Europe pendant et après le Coronavirus”. Je n’aborderai pas la question d’un point de vue médical ou scientifique : je n’en ai pas la compétence. Mais je traiterai cette question sous trois autres angles : celui du spécialiste de sciences politiques et sociales ; celui de l’historien ; et celui du philosophe de l’histoire. 

  • Spécialiste des sciences sociales 

Les sciences politiques et sociales sont celles qui étudient le comportement de l’homme dans son contexte social, politique et géopolitique. De ce point de vue, je ne m’interroge pas sur les origines du Coronavirus et sa nature, mais sur ses conséquences sociales actuelles et à venir. 

Une épidémie est la diffusion à l’échelle nationale ou mondiale (en ce cas, on parle de pandémie) d’une maladie infectieuse qui touche un grand nombre d’individus d’une population donnée, en un espace de temps très bref. 

Le Coronavirus, rebaptisé par l’OMS Covid-19, est une maladie infectieuse dont la diffusion a commencé en Chine. L’Italie est le pays occidental apparemment le plus touché. 

Pourquoi l’Italie est-elle aujourd’hui en quarantaine ? Parce que, comme l’ont compris dès le début les plus fins observateurs, le problème du Coronavirus n’est pas tant le taux de mortalité de la maladie, mais bien sa rapidité de contagion. 

Tous sont d’accord pour dire que la létalité de la maladie en elle-même n’est pas très élevée. Un malade peut guérir, s’il est assisté par le personnel spécialisé dans des structures sanitaires bien équipées. Mais si le nombre de malades s’étend, du fait de la rapidité de la contagion qui peut toucher simultanément des millions de personnes, on va manquer de structures et de personnel : les malades meurent faute de recevoir les soins nécessaires. En effet, les cas graves ont besoin du support des soins intensifs pour ventiler les poumons. Sans ce support, les patients meurent. Si le nombre de contagions augmentent, les hôpitaux ne seront plus en mesure de garantir à tous les soins intensifs et le nombre de morts augmentera. 

Les projections épidémiologiques sont inéluctables et justifient les précautions prises. Si on ne le contrôle pas, le coronavirus pourrait toucher toute la population italienne. Même en supposant qu’il n’y ait en définitive que 30% de personnes infectées, soit environ 20 millions, si on compte à la baisse que 10% de ces cas se compliquent et ont besoin de soins intensifs, ces cas sont destinés à décéder. On aurait alors 2 millions de décès directs, plus tous les décès indirects résultant de l’écroulement du système de santé et de l’ordre social et économique qui en découle”.

L’écroulement du système de santé aura à son tour d’autres conséquences, dont la première est la faillite du système productif du pays. 

D’ordinaire, les crises économiques apparaissent lorsque font défaut l’offre et la demande. Mais si ceux qui voudraient consommer doivent rester chez eux, les magasins sont fermés et ceux qui seraient en mesure d’offrir ne peuvent faire parvenir leurs produits aux clients, parce que les opérations logistiques, le transport des marchandises et les points de vente entrent en crise, les chaînes d’approvisionnement, les supply chain, s’écroulent. Les banques centrales ne sont plus en mesure de sauver la situation : “la crise post coronavirus n’a pas de solution monétaire”, écrit Maurizio Ricci, sur La Repubblica du 28 février. 

L’expression “tempête parfaite” a été forgée il y a quelques années par l’économiste Nouriel Roubini, pour désigner un ensemble de conditions financières qui pourrait conduire à un krach financier : Il y aura une récession globale due au Coronavirus”, affirme Nouriel Roubini, qui ajoute : “la crise va exploser et mener au désastre. A l’appui des prévisions de Roubini, nous constatons déjà la chute du pétrole : suite à  l’échec de l’accord à l’Opec, l’Arabie Saoudite, pour défier la Russie, a décidé d’augmenter la production et de baisser les prix. Et les évènements à venir viendront probablement confirmer ces prévisions.  

Le point faible de la globalisation est l’”interconnexion”, ce mot magique de notre époque que l’on emploie tant en économie qu’en religion. L’exhortation apostolique Querida Amazonia du pape François est un hymne à l’interconnexion. Mais le système global est fragile, précisément parce qu’il est trop interconnecté. Et le système de distribution des produits est l’une des chaînes de cette interconnexion économique.  

Ce n’est pas un problème de marchés, mais d’économie réelle. Ce n’est pas seulement la finance, mais aussi l’industrie, le commerce et l’agriculture, autrement dit les piliers de l’économie d’un pays, qui peuvent s’effondrer si le système de production et de distribution entre en crise.  

Mais on commence à entrevoir aussi un autre point : il n’y a pas que l’écroulement du système sanitaire, ni l’éventualité d’un crack économique, mais il peut aussi y avoir un écroulement de l’Etat et de l’autorité publique, en un mot l’anarchie sociale. La révolte dans les prisons en Italie en est un indicateur. 

Les épidémies ont des conséquences psychologiques et sociales, du fait de la panique qu’elles peuvent provoquer. Entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle, la psychologie sociale a fait son apparition. Et l’un de ses premiers représentants est Gustave Le Bon (1841-1931), auteur d’un ouvrage célèbre intitulé Psychologie des foules (1895).

Le Bon analyse le comportement collectif et explique que dans une foule l’individu subit un changement psychologique : sentiments et passions se transmettent d’un individu à l’autre “par contagion”, comme on se transmet les maladies infectieuses. La théorie de la contagion sociale moderne, qui s’inspire de Le Bon, explique que, protégé par l’anonymat de la masse, même l’individu le plus calme peut devenir agressif, en agissant par imitation et suggestion. La panique est l’un de ces sentiments qui se transmet par contagion sociale, comme ce fut le cas lors de la Révolution française, dans la période dite de la “grande peur”

Si, outre la crise sanitaire, nous avons aussi une crise économique, une vague incontrôlée de panique peut déchaîner les pulsions violentes de la foule. L’Etat est supplanté par les tribus, les bandes, surtout dans les périphéries des grands centres urbains. L’anarchie a ses agents et la guerre sociale, théorisée par le Forum de San Paolo, une conférence des organisations d’extrême-gauche d’Amérique Latine, est déjà à l’oeuvre de la Bolivie au Chili, du Venezuela à l’Equateur. Elle peut rapidement s’étendre aussi à l’Europe. 

Ce processus révolutionnaire répond certainement au projet des lobbys globalistes, Mais si c’est là une vérité, il faut dire aussi que cette crise signe précisément la défaite de l’utopie de la globalisation, présentée comme la voie principale qui doit mener à l’unification du genre humain. En effet, la globalisation  détruit l’espace et abat les distances : aujourd’hui, pour échapper à l’épidémie, la règle est la distance sociale, l’isolement de l’individu. La quarantaine s’oppose diamétralement à la “société ouverte” appélée de ses voeux par George Soros. La conception de l’homme comme relation, caractéristique d’un certain personnalisme philosophique, disparaît. 

Le pape François, après l’échec de Querida Amazonia, comptait beaucoup sur le congrès dédié au “global compact” prévu au Vatican le 14 mai. Il se trouve que ce congrès a été décalé et non seulement il s’éloigne dans le temps, mais ses hypothèses idéologiques se dissolvent. Le Coronavirus nous ramène à la réalité.

 Ce n’est pas la fin des frontières, telle qu’elle avait été annoncé après la chute du Mur de Berlin. C’est la fin d’un monde sans frontières. Ce n’est pas le triomphe du nouvel ordre mondial : c’est le triomphe du nouveau désordre mondial. Le scénario politique et social est celui d’une société qui se désagrège et se décompose. 

Tout cela a-t-il été planifié ? C’est possible. Mais l’histoire n’est pas une suite déterministe d’évènements. Le maître de l’histoire est Dieu, et non les maîtres du chaos. C’est la fin du “village global”. Le killer de la globalisation est un virus global, le Coronavirus.

  1. Le point de vue de l’historien

De l’analyse de l’observateur politique, nous passons à celle de l’historien qui cherche à voir les choses dans une perspective à long terme. Les épidémies ont accompagné l’histoire de l’humanité depuis toujours jusqu’au XXème siècle. Avec elles, il y eut toujours deux autres fléaux :  les guerres et les crises économiques. La dernière grande épidémie, la grippe espagnole des années 1920, fut étroitement liée à la Première Guerre Mondiale et à la Grande récession de 1929, connue aussi comme “the Great Crash”, crise économique et financière qui impacta l’économie mondiale à la fin des années 20, avec de graves répercussions également sur la décennie qui suivit. Puis ce fut la Seconde guerre mondiale.

Laura Spinney est une journaliste scientifique anglaise, auteur d’un ouvrage intitulé La Grande Tueuse. Comment la grippe espagnole a changé le monde. Elle écrit que de 1918 à 1920, le virus de la grippe espagnole a contaminé environ 500 millions de personnes, dont certains habitants d’îles éloignées de l’Océan Pacifique et de la Mer Glaciale Arctique, provoquant le décès de 50-100 millions d’individus, dix fois plus que la Première Guerre Mondiale. La première guerre mondiale contribua à répandre le virus dans le monde entier

Dans le monde interconnecté de la globalisation, la facilité de contagion est certainement plus grande qu’elle ne l’était il y a cent ans. Qui pourrait le nier ?

 

Mais le regard de l’historien nous fait remonter plus loin dans le temps. 

  Le XXème siècle fut le siècle le plus terrible de l’histoire, mais il y eut un autre siècle terrible, celui que l’historienne Barbara Tuchman, dans son ouvrage A distant Mirror, définit comme“The Calamitous Fourteenth Century”.

Je voudrais m’arrêter sur cette période historique qui marque la fin du Moyen-Age et le début de l’ère moderne. Je le fais en me basant sur les oeuvres d’historiens non catholiques, mais sérieux et objectifs dans leurs recherches. 

Les Rogations sont les processions instaurées par l’Eglise pour implorer l’aide du Ciel contre les calamités. Dans les Rogations, on prie A fame, peste et bello libera nos, Domine : de la faim, de la peste et de la guerre, délivrez-nous Seigneur. La faim, la peste et la guerre ont  toujours été considérées par le peuple chrétien comme des châtiments de Dieu. L’invocation liturgique de la cérémonie des Rogations, écrit l’historien Roberto Lopez “reprit au XIVème siècle toute son actualité dramatique . “Entre le Xème et le XIIème siècle – observe Lopez – aucun des grands fléaux qui déciment l’humanité ne semble avoir fait massivement rage ; ni la peste, dont on n’entend pas parler en cette période, ni la famine, ni la guerre, qui fit un nombre très restreint de victimes. De plus, les horizons de l’agriculture furent alors élargis par un adoucissement progressif du climat. Nous en avons la preuve dans le recul des glaciers en montagne et des icebergs dans les mers du Nord, dans l’extension de la viticulture dans des régions comme l’Angleterre où elle n’est plus possible aujourd’hui, dans l’abondance d’eau dans les territoires du Sahara, reconquis ensuite par le désert .

Le contexte fut bien différent au XIVème siècle, qui vit converger des catastrophes naturelles et graves, tant sur le plan religieux que politique. 

Le XIVème siècle fut un siècle de profonde crise religieuse : il s’ouvrit avec la gifle d’Anagni (1303), l’une des plus grandes humiliations de la Papauté dans l’histoire ; puis il vit le déplacement des papes, pendant soixante-dix ans, dans la ville d’Avignon en France (1308-1378) et il se termina, de 1378 à 1417, par les quarante ans du Schisme d’Occident, où l’Europe catholique était divisée entre deux, puis trois papes opposés. 

Si le XIIIème siècle fut une période de paix en Europe, le XIVème siècle fut une époque de guerre permanente. Il suffit de penser à la “guerre de cent ans” entre la France et l’Angleterre (1339-1452) et à l’irruption des Turcs dans l’Empire Byzantin par la prise d’Andrinople en 1362.  

 L’Europe connut en ce siècle une crise économique due aux changements climatiques provoqués non par l’homme, mais par les périodes glaciaires. Le climat du Moyen-Age avait été doux et tempéré, tout comme ses moeurs. Au XIVème siècle, les conditions climatiques se firent brusquement plus rudes. 

  Les pluies et les inondations du printemps 1315 eurent pour conséquence une famine générale qui s’empara de l’Europe entière, et en particulier des régions du Nord, causant la mort de millions de personnes. La faim se répandit partout. Les vieux refusaient volontairement la nourriture dans l’espoir de permettre aux jeunes de survivre et les chroniqueurs de l’époque rapportèrent de nombreux cas de cannibalisme.  

L’une des principales conséquences de la famine fut la destructuration agricole. Il y eut, en ce temps-là, de grands mouvements de dépeuplement agricole caractérisés par la fuite des terres et l’abandon des villages ; la forêt envahit les champs et les vignes. À la suite de l’abandon des campagnes, il y eut une forte réduction de la productivité des sols et un appauvrissement du bétail. 

Si le mauvais temps provoque la famine, cette dernière affaiblit les populations et ouvre la voie aux maladies. Les historiens Ruggero Romano et Alberto Tenenti rapportent qu’au XIIIème siècle, le cycle récurrent famines-épidémies s’intensifia

La peste venait de l’Orient, et se déclara à l’automne 1347 à Constantinople. Dans les trois années qui suivirent, elle se propagea dans toute l’Europe jusqu’à la Scandinavie et à la Pologne. C’est la peste noire dont parle Boccacce dans le Décaméron. L’Italie perdit environ la moitié de sa population. Agnolo di Tura, chroniqueur de Sienne, se plaignait de ne trouver personne pour ensevelir les morts, et d’avoir dû ensevelir lui-même ses cinq enfants. Giovanni Villani, chroniqueur florentin, fut littéralement foudroyé par la peste, à tel point que sa chronique s’interrompt au milieu d’une phrase. 

La population européenne, qui, au début du XIVème siècle, avait dépassé les 70 millions d’habitants, après un siècle de guerre, d’épidémies et de famine, n’en comptait plus que 40 millions; elle avait donc diminué de plus d’un tiers. 

Le peuple chrétien vit dans les famines, les pestes et les guerres du XIVème siècle des signes du châtiment de Dieu. 

Tria sunt flagella quibus dominus castigat : il y a trois fléaux par lesquels Dieu châtie les peuples : la guerre, la peste et la faim, avertissait saint Bernardin de Sienne (1380-1444). Saint Bernardin de Sienne fait partie de ces saints qui, comme sainte Catherine de Sienne, Brigitte de Suède, Vincent Ferrier, Louis-Marie Grignion de Montfort, expliquèrent que dans l’histoire les catastrophes naturelles ont toujours été de pair avec les infidélités et l’apostasie des nations. Ce fut le cas à la fin du Moyen-Age chrétien, et il semble que ce soit le cas aujourd’hui. Des saints comme Bernardin de Sienne n’attribuèrent pas ces évènements à l’oeuvre d’agents mauvais, mais bien aux péchés des hommes, d’autant plus graves lorsqu’il s’agit de péchés collectifs et plus graves encore s’ils sont tolérés et promus par les gouvernants et par qui est à la tête de l’Eglise. 

 

III. Le point de vue du philosophe de l’histoire

Par ces considérations, nous arrivons au troisième point où je considèrerai les évènements non sous le regard du sociologue ou de l’historien, mais avec celui du philosophe de l’histoire. 

La théologie et la philosophie de l’histoire sont des domaines de spéculation intellectuelle qui appliquent les principes de la théologie et de la philosophie aux événements historiques. Le théologien de l’histoire est comme un aigle qui évalue les faits humains du haut des cimes. Il y eut de grands théologiens de l’histoire, tels que saint Augustin (354-430), Jacques Bénigne Bossuet (1627-1704), que l’on nomma l’aigle de Meaux, du nom du diocèse dont il fut l’évêque, le comte Joseph de Maistre (1753-1821), le marquis Juan Donoso Cortés (1809-1853), l’abbé de Solesmes Dom Guéranger (1805-1875), le professeur Plinio Correa de Oliveira (1908-1995) et tant d’autres. 

Une expression biblique nous dit : Judicia Dei abyssus multa (Salmi, 35, 7) : les jugements de Dieu sont un vaste abîme. Le théologien de l’histoire se soumet à ces jugements et cherche à en comprendre le sens.  

Saint Grégoire le Grand, nous invitant à sonder la signification de l’oeuvre divine, affirme : “Celui qui dans les oeuvres de Dieu ne cherche pas à découvrir la raison pour laquelle Dieu les accomplit, trouvera dans sa mesquinité et bassesse  une cause suffisante à expliquer pourquoi ses recherches sont vaines .

La philosophie et la théologie modernes, principalement sous l’influence d’Hegel, ont remplacé les jugements de Dieu par ceux de l’histoire. On a renversé le principe selon lequel l’Eglise juge l’histoire. Selon la Nouvelle théologie, ce n’est pas l’Eglise qui juge l’histoire, mais l’histoire qui juge l’Eglise, parce que l’Eglise ne transcende pas l’histoire, mais est immanente, en fait partie intégrante. 

Quand le cardinal Carlo Maria Martini, dans sa dernière interview, affirmait que “L’Eglise est en retard de 200 ans” sur l’histoire, il prenait l’histoire comme critère de jugement de l’Eglise. Quand le pape François, dans ses voeux de Noël du 21 décembre 2019, fait siennes les paroles du cardinal Martini, il juge l’Eglise au nom de l’histoire, renversant ce qui devrait être le jugement catholique. 

L’histoire en réalité est une créature de Dieu, comme la nature, comme tout ce qui existe, parce que rien de ce qui existe n’échappe à Dieu. Tout ce qui arrive dans l’histoire est prévu, réglé et ordonné par Dieu de toute éternité. 

Pour le philosophe de l’histoire, tout propos ne peut donc que commencer par Dieu et se conclure en Dieu. Dieu non seulement existe, mais s’occupe de ses créatures, et récompense ou châtie les créatures rationnelles, selon les mérites et les fautes de chacun. Le Catéchisme de saint Pie X enseigne : “Dieu récompense les bons et châtie les méchants, parce que sa justice est infinie”.. 

La justice, expliquent les théologiens, est l’une des perfections infinies de Dieu. L’infinie miséricorde de Dieu présuppose sa justice infinie.  

Parmi les catholiques, l’idée de justice, comme celle du jugement divin, est souvent supprimée. Et pourtant, la doctrine de l’Eglise enseigne l’existence d’un jugement particulier qui suit la mort de chacun, avec la rétribution immédiate des âmes et d’un jugement universel où seront jugés les anges et les hommes pour leurs pensées, paroles, actions et omissions. 

La théologie de l’histoire affirme que Dieu récompense et punit non seulement les hommes, mais les collectivités et les groupes sociaux : familles, nations, civilisations. Mais tandis que les hommes reçoivent leur récompense ou châtiment parfois sur cette terre, mais toujours dans l’éternité, les nations, qui n’ont pas de vie éternelle, ne peuvent recevoir punitions et récompenses  que sur cette terre.   

Dieu est juste et rémunérateur et donne à chacun ce qui lui revient : non seulement il châtie les personnes individuelles, mais éprouve aussi les familles, les cités, les nations pour les péchés qui y sont commis. Tremblements de terre, famines, épidémies, guerres, révolutions, ont toujours été considérées comme des châtiments divins. Comme l’écrit le père Pedro de Ribadaneira (1527-1611) “guerres et pestilences, sécheresses et famines, incendies et toutes autres calamités sont le châtiment pour les péchés des populations.

Le 5 mars, l’évêque d’un important diocèse italien, dont je ne citerai pas le nom, a déclaré : Une chose est certaine : ce virus n’a pas été envoyé par Dieu pour punir l’humanité pécheresse. Il est l’effet de la nature sous ses traits de marâtre. Mais Dieu est avec nous pour affronter ce phénomène et probablement nous fera comprendre, au bout du compte, que l’humanité est un village unique”

Cet évêque italien ne renonce ni au mythe du “village unique” ni à la religion de la nature de la Pachamama et de Greta Thurnberg, même si pour lui la “Grande Mère”, peut devenir “marâtre”. Mais l’évêque repousse surtout avec force l’idée que l’épidémie de Coronavirus, ou quelque autre catastrophe collective, puisse être un châtiment pour l’humanité. Le virus, comme le croit cet évêque, est le seul fait de la nature. Mais qui donc a créé, règle et dirige la nature ? Dieu est l’auteur de la nature, avec ses forces et ses lois, et c’est lui qui a la puissance de disposer le mécanisme de ces forces et lois pour produire un phénomène selon l’exigence de sa justice et de sa miséricorde. Dieu, qui est cause première de tout ce qui existe, se sert toujours de causes secondes pour réaliser ses plans.  Ceux qui ont un esprit surnaturel ne s’arrêtent pas à la surface des choses, mais cherche à comprendre le dessein de Dieu caché sous la force en apparence aveugle de la nature. 

Le grand péché contemporain est la perte de foi des hommes d’Eglise : non pas de tel ou tel homme d’Eglise en particulier, mais des hommes d’Eglise dans l’ensemble, en dehors de quelques exceptions grâce auxquelles l’Eglise ne pert pas sa partie visible. Cette infidélité produit l’aveuglement de l’esprit et l’endurcissement du coeur, l’indifférence devant la violation de l’ordre divin de l’univers. 

C’est une indifférence qui masque la haine de Dieu. Comment se manifeste-t-elle ? Non pas de façon directe. Ces hommes d’Eglise sont trop lâches pour défier Dieu directement : ils préfèrent déverser leur haine sur ceux qui osent parler de Dieu. Qui ose parler de châtiment de Dieu est lapidé : c’est un déversement de haine contre lui. 

Ces hommes d’Eglise, tout en professant verbalement qu’ils croient en Dieu, vivent en fait dans l’athéisme pratique. Ils dépouillent Dieu de tous ses attributs, le réduisant à un pur “être”, en somme à rien. Tout ce qui arrive est pour eux le fruit de la nature, émancipée de son auteur, et seule la science, non l’Eglise, est en mesure d’en déchiffrer les lois. 

Et pourtant la saine théologie comme le sensus fidei, nous enseignent bien que tous les maux physiques et matériels qui sont indépendants de la volonté de l’homme, dépendent de la volonté de Dieu. “Tout ce qui arrive ici contre notre volonté – écrit saint Alphonse de Liguori – sache que cela n’arrive que par la volonté de Dieu, comme le dit saint Augustin”.

Le 19 juillet, la liturgie de l’Eglise commémore saint Loup, évêque de Troyes (383-478). C’était le frère de saint Vincent de Lérins et avant de rentrer dans les ordres, il avait épousé une cousine de saint Hilaire d’Arles, membre d’une famille d’antique noblesse sénatoriale, mais surtout de grande sainteté. 

Durant son long épiscopat de 52 ans, la Gaule fut envahie par les Huns. Attila, à la tête d’une armée de 400 000 hommes, franchit le Rhin, dévastant tout sur son passage. Quand il arriva devant le ville de Troyes, l’évêque Loup, ayant revêtu ses habits pontificaux et suivi de son clergé en procession, vint à sa rencontre et lui demanda : “Qui es-tu pour menacer cette ville ?”.  Attila lui répondit : “Tu ne sais pas qui je suis ? Je suis  Attila, roi des Huns, dit le fléau de Dieu”. “Et alors soit le bienvenu, fléau de Dieu, parce que nous méritons les fléaux divins, à cause de nos péchés. Mais si possible, ne déverse tes coups que sur ma personne et non sur toute la cité”. 

Les Huns entrèrent dans la ville de Troyes, mais par la volonté divine, il furent aveuglés et la traversèrent sans s’en apercevoir et sans faire de mal à personne.  

Aujourd’hui, les évêques non seulement ne parlent pas de fléaux divins, mais n’invitent pas même les fidèles à prier pour que Dieu les libère de l’épidémie. Il y a en cela une cohérence. Qui prie, en effet, demande à Dieu d’intervenir dans sa vie, et donc dans les choses du monde, pour être protégé du mal, et obtenir les biens spirituels et matériels. Mais pourquoi donc Dieu devrait-il écouter nos prières s’Il se désintéresse de l’univers qu’Il a créé ? 

Si, en revanche, Dieu peut, par des miracles, changer les lois de la nature, en évitant les souffrances et la mort d’un homme, ou l’hécatombe d’une cité, il peut aussi décider de punir une cité ou un peuple, parce que les péchés collectifs appellent des châtiments collectifs. “Pour les péchés – dit saint Charles Borromée – Dieu permit que l’incendie de la peste se répandit dans toute la ville de Milan

A la veille de la deuxième session du Concile Vatican I, le 6 janvier 1870, saint Jean Bosco eut une vision où il lui fut révélé que “la guerre, la peste, la faim sont les fléaux par lesquels seront ébranlés l’orgueil et la malice des hommes”. Ainsi s’exprima le Seigneur : “Vous, prêtres, pourquoi ne courrez-vous pas pleurer entre le vestibule et l’autel, demandant l’arrêt des fléaux ? Pourquoi ne prenez-vous pas le bouclier de la foi et ne passez-vous pas sur les toits, dans les maisons, dans les rues, sur les places, partout, même inaccessibles, pour porter la semence de ma parol e? Ignorez-vous que c’est la terrible épée à deux tranchants qui abat mes ennemis et qui brise la colère de Dieu et des hommes ?”.  

Aujourd’hui les prêtres se taisent, les évêques se taisent, le pape se tait. 

La Semaine Sainte et Pâques approchent. Eh bien, pour la première fois sans doute depuis des siècles, des églises sont fermées, les messes sont suspendues, et même la basilique Saint Pierre est fermée. Les cérémonies religieuses de Pâques urbi et orbi – ne rassembleront pas les pèlerins du monde entier. Dieu punit aussi par “spoliation”, affirme saint Bernardin de Sienne, et il semble aujourd’hui qu’Il nous ait presque enlevé les églises, enlevé la Mère de toutes les églises au Pasteur suprême, tandis que le peuple catholique erre désorienté dans l’obscurité, privé de cette lumière de la vérité qui de la basilique saint-Pierre devrait illuminer le monde. Comment ne pas voir dans ces effets du Coronavirus une conséquence symbolique de l’autodémolition de l’Eglise ? 

Judicia Dei abyssus multa. Nous devons avoir la certitude que les évènements actuels n’annoncent pas le succès des fils des Ténèbres, mais bien leur défaite, parce que, comme l’explique le père Carlo Ambrogio Cattaneo de la Compagnie de Jésus (1645-1705), le nombre des péchés d’un homme ou d’un peuple est compté. Venit dies iniquitate praefinita dit le prophète Ezéchiel (21, 2): Dieu est miséricordieux, mais il y a un ultime péché que Dieu ne tolère pas et qui provoque son châtiment. 

En outre, selon l’un des principes de théologie de l’histoire chrétienne, le centre de l’histoire, ce ne sont pas les ennemis de l’Eglise, mais bien les saints. Omnia sustineo propter electos (II Tim. 2, 10) dit saint Paul. C’est autour des élus que tourne l’histoire. Et l’histoire dépend des desseins impénétrables de la divine Providence. 

Dans l’histoire, sont à l’action des hommes, des groupes, des sociétés organisées, publiques ou secrètes qui s’opposent à la loi de Dieu, qui s’efforcent de détruire tout ce qui est ordonné à Dieu. Il peuvent obtenir des succès apparents, mais ils seront toujours vaincus. 

  Le scénario que nous avons devant nous est apocalyptique, mais Pie XII nous rappelle que dans l’Apocalypse (6, 2), saint Jean, “ne considéra pas seulement les ruines causées par le péché : guerre, faim et mort ; il vit aussi en premier lieu la victoire du Christ. Et en effet le chemin de l’Eglise à travers les siècles est bien un chemin de croix, mais il est aussi en tout temps une marche de triomphe.. Iesus Christus heri et hodie, ipse et in saecula (Hebr. 13, 8). Le Christ est votre guide, de victoire en victoire. Suivez-le”. 

La Vierge Marie, à Fatima, nous a révélé le scénario de notre temps et nous a assurés de son triomphe. Avec l’humilité de qui est conscient qu’il ne peut rien de ses propres forces, mais aussi avec la confiance de qui sait qu’il peut tout avec l’aide de Dieu, ne reculons pas et confions-nous à Marie, à l’heure tragique des évènements annoncés par le message de Fatima.