Correspondance européenne | 382, Coronavirus

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Coronavirus: la main de Dieu et la main des hommes

Le scénario international pour le printemps 2020 est nouveau, inattendu et dramatique. Ce qui domine, c’est la confusion, car personne ne peut dire qu’il sait vraiment ce qui s’est passé: d’où vient le Coronavirus, quand il va disparaître et comment il faut l’affronter.

Il est cependant certain que, en arrière-plan de ce scénario, deux cités continuent à se battre dans l’histoire, la Civitas Dei et la Civitas diabuli: leur but est de se détruire mutuellement. Ce sont les deux cités dont parle saint Augustin: « L’une est la société des hommes pieux, l’autre des rebelles, chacun avec les anges qui lui appartiennent, dans laquelle d’un côté l’amour de Dieu est supérieur, de l’autre côté l’amour de soi » (De Civitate Dei, lib. XIV, c. 13,1).

Cette lutte mortelle a été évoquée avec des mots efficaces par Pie XII dans son discours aux hommes de l’Action catholique le 12 octobre 1952. Le Pape affirmait que le monde était menacé par un ennemi bien pire que celui représenté au cinquième siècle par Attila, « le fléau de Dieu ».

« Oh, ne nous demandez pas ce qu’est ‘l’ennemi’, ni quels vêtements il endosse. Il est partout et au milieu de tous; il peut être violent et sournois. Au cours des derniers siècles, il a tenté de provoquer la désintégration intellectuelle, morale et sociale de l’unité dans l’organisme mystérieux du Christ. Il a voulu la nature sans la grâce, la raison sans la foi, la liberté sans l’autorité, parfois l’autorité sans la liberté. C’est un ‘ennemi‘ devenu de plus en plus concret, avec une absence de scrupules qui laisse encore sans voix: le Christ oui, l’Eglise non. Et puis: Dieu oui, le Christ non. Enfin, le cri impie: Dieu est mort; et même, Dieu n’a jamais été. Et voici la tentative d’édifier la structure du monde sur des bases que nous n’hésitons pas à désigner comme les principaux coupables de la menace qui pèse sur l’humanité: une économie sans Dieu, un droit sans Dieu, une politique sans Dieu ».

À ce terrible ennemi, l’école de pensée contre-révolutionnaire, se réclamant de l’enseignement des Papes, a donné le nom de Révolution: un processus historique pluriséculaire dont le but est la destruction de l’Église et de la civilisation chrétienne. La Révolution a pour agents toutes les forces secrètes qui travaillent de manière publique ou occulte à cette fin. Les contre-révolutionnaires sont ceux qui s’opposent à ce processus de dissolution et qui luttent pour l’établissement de la civilisation chrétienne, la seule civilisation digne de ce nom, comme le rappelle Saint Pie X (Encyclique Il fermo proposito du 11 juin 1905).

L’affrontement entre révolutionnaires et contre-révolutionnaires se poursuit à l’époque du Coronavirus. Il est logique que chacun d’entre eux tente de tirer le maximum de profit de la nouvelle situation. L’existence de manœuvres révolutionnaires inquiétantes pour profiter des événements ne signifie pas pour autant que ces forces ont créé la situation dans laquelle nous nous trouvons, la contrôlent et la dirigent. Les représentants des gouvernements les plus divers, de la Chine aux États-Unis, de la Grande-Bretagne à l’Allemagne, de la Hongrie à l’Italie, ont imposé dans leur pays les mêmes mesures sanitaires, comme la quarantaine, dont certains se méfiaient pourtant au départ. Ces dirigeants politiques seraient-ils sous l’emprise d’une dictature sanitaire que leur auraient imposée les virologues? Mais les virologues, à leur tour, qui au début étaient divisés, car certains d’entre eux ne considéraient le Coronavirus que comme une « mauvaise grippe », ont été attaqués par la réalité et aujourd’hui, ils sont d’accord sur la nécessité de mesures plus drastiques pour contenir le virus. La vérité est que la science médicale s’est avérée incapable d’éradiquer le virus. Le choix de la quarantaine, le même choix qui a été fait depuis des milliers d’années face à une grave épidémie, relève du bon sens, et non de leur compétence médicale spécifique.

Naturellement, le problème n’est pas seulement sanitaire et dans la société interconnectée, le virus pourrait avoir ses conséquences les plus graves dans les domaines économique et social. Mais la solution à ce genre de problèmes, qui s’aggravent dans le monde entier, est du ressort des hommes politiques, et non des médecins. Et si la classe politique internationale, pour prendre ses décisions, se réfugie derrière le paravent des autorités sanitaires, c’est en raison de l’inadéquation de ceux qui gouvernent le monde aujourd’hui. L’échec politique est parallèle à l’échec sanitaire. Comment oublier que l’autorité sanitaire internationale suprême, l’Organisation mondiale de la santé, a annoncé il y a trente ans « un monde sans épidémies » grâce au projet « Santé pour tous d’ici l’an 2000 », avec pour conséquence que dans de nombreux pays, les fonds consacrés à la santé ont été réduits ou consacrés principalement aux maladies rares?

Le 28 janvier 2020, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, politiquement proche de la Chine communiste, s’est rendu à Pékin où, à l’issue d’une rencontre avec le président Xi Jinping, il a déclaré au monde que tout était sous contrôle à Wuhan, minimisant ainsi l’ampleur de la catastrophe. Ce n’est qu’après bien des hésitations que l’OMS a pris acte de la réalité continuant à mentir sur le nombre d’infections et de décès qu’elle a répandus, qui ne sont certes pas surestimés, mais plutôt sous-estimés.

Aux problèmes économiques et sociaux s’ajoutent ceux, tout aussi graves, d’ordre psychologique et moral, conséquence d’un lock-down prolongé et d’un changement radical de vie imposé par le Coronavirus. Mais ici, la parole, plus qu’aux médecins et aux politiciens, appartiendrait aux prêtres, aux évêques, et enfin au pasteur suprême de l’Église universelle. Mais l’image que le pape François a donnée durant le Triduum pascal est celle d’un homme abattu et déprimé, incapable d’affronter la catastrophe avec les armes spirituelles dont il dispose. On peut dire la même chose de la grande majorité des évêques. La classe ecclésiastique, dénuée d’études théologiques sérieuses et d’une authentique vie spirituelle, est tout aussi inadéquate que la classe politique pour guider son troupeau dans l’obscurité du temps présent.

Que devraient faire, dans cette situation, les contre-révolutionnaires, les fidèles de la Tradition, les catholiques zélés, remplis d’esprit apostolique Quelle doit être leur stratégie face aux manœuvres des forces des ténèbres ?

Ils doivent avant tout montrer qu’un monde s’effondre, ce monde globalisé que les projets déformés de Bill Gates et de ses amis ne parviendront pas à garder debout malgré tous les efforts. La fin de ce monde, fils de la Révolution, a été annoncée il y a cent ans à Fatima et l’horizon qui se présente à nous n’est pas l’heure de la dictature finale de l’Antéchrist, mais celle du triomphe irréversible du Cœur Immaculé de Marie, précédé des châtiments annoncés par Notre-Dame, si l’humanité ne se convertissait pas. Aujourd’hui, même parmi les meilleurs catholiques, il y a une résistance psychologique à parler de châtiments, mais le comte Joseph de Maistre avertit: « Le châtiment gouverne toute l’humanité; le châtiment la garde; le châtiment la surveille pendant que les hommes de garde dorment. Le sage considère que la punition est la perfection de la justice » (Les soirées de Saint Petersbourg, Pélagard, Lyon 1836, tome I, p. 37).

Saint Charles Borromée rappelle à son tour que « parmi toutes les autres corrections que sa divine Majesté envoie, il est habituel d’attribuer spécialement à sa main le châtiment de la peste », et il explique ce principe avec l’exemple de David, le roi pécheur, à qui Dieu a donné le choix, comme châtiment, entre la peste, la guerre et la faim. David choisit la peste avec ces mots : « Melius est ut incidam in manus Domini, quam in manus hominum ». Il vaut mieux que je me mette entre les mains de Dieu plutôt qu’entre les mains des hommes. C’est pourquoi, conclut saint Charles, « la peste, entre la guerre et la famine, est attribuée tout spécialement à la main de Dieu » (Memoriale ai Milanesi di Carlo Borromeo, Giordano Editore, Milan 1965, p. 34).

L’heure est venue de reconnaître la main miséricordieuse de Dieu dans les fléaux qui commencent à affliger l’humanité. (Roberto de Mattei) (Traduction de Benoit-et-moi)