Correspondance européenne | 387, Eglise catholique

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L’Assomption, un dogme pour notre temps

Voici soixante-dix ans, le 15 août 1950, était proclamé le dogme de l’Assomption au Ciel de la Bienheureuse Vierge Marie. La promulgation du dogme eut lieu le 1er novembre 1950, par la constitution apostolique Munificentissimus Deus, mais le pape Pie XII n’en fit l’annonce que le 15 août, date à laquelle se célébrait, depuis des temps immémoriaux, la fête de l’Assomption.

L’Assomption est le passage de la Bienheureuse Vierge, dans son âme et son corps, de la terre à la vie céleste. Cette vérité de foi prend sa source dans la maternité divine et dans l’intégrité virginale du Corps de Marie. Mère de Dieu et non atteinte par le péché originel, elle ne devait pas non plus être soumise à la corruption de la mort, qui est la peine du péché. Si le dogme de l’Immaculée est la prémisse d’une vision cohérente des privilèges de la Mère de Dieu, l’Assomption en est la conclusion.

« Le Christ – explique Pie XII dans l’encyclique qui proclame le dogme – par sa propre mort a vaincu le péché et la mort, et celui qui est surnaturellement régénéré par le baptême triomphe par le même Christ du péché et de la mort. Toutefois, en vertu d’une loi générale, Dieu ne veut pas accorder aux justes le plein effet de la victoire sur la mort, sinon quand viendra la fin des temps ».

Suite au péché originel, même les corps des justes se décomposent après la mort et ce n’est qu’au dernier jour qu’ils se réuniront chacun à leur âme glorieuse. « Cependant, Dieu a voulu exempter de cette loi universelle la Bienheureuse Vierge Marie. Grâce à un privilège spécial, la Vierge Marie a vaincu le péché par son Immaculée Conception, et de ce fait, elle n’a pas été sujette à la loi de demeurer dans la corruption du tombeau et elle ne dut pas non plus attendre jusqu’à la fin du monde la rédemption de son corps ».

Le 30 octobre, à l’avant-veille du jour de la définition du dogme, Pie XII avait eu la grâce extraordinaire de contempler, dans les jardins du Vatican, le spectacle du soleil tournoyant dans le ciel, pareil à un globe de feu. Ce même spectacle auquel avaient assisté, plus de trente ans auparavant, le 13 octobre 1017 à Fatima (Portugal) 70 000 pèlerins. La « danse du soleil » se répéta sous les yeux du pape, le 31 octobre et le 8 novembre. Dans ce prodige, le souverain pontife vit le sceau céleste du dogme qu’il venait de proclamer et l’encouragement à développer le grand mouvement marial qui, après l’Immaculée Conception et l’Assomption, réclamait avec insistance la proclamation de la Médiation de Marie et la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé.

Eugenio Pacelli avait été consacré évêque à Rome le 13 mai 1917, le jour où commençait le cycle des apparitions mariales aux trois petits bergers de Fatima, Lucie, Jacinthe et François. Le 31 octobre 1942, il avait consacré l’Eglise et le monde au Cœur Immaculé de Marie. Dès lors, le nom et le message de Fatima avaient commencé à se répandre à travers tout le monde catholique. Pour cette raison beaucoup considéraient Pie XII come « le pape de Fatima » et étaient persuadés que les demandes exprimées par la Sainte Vierge aux trois voyants de Cova di Iria – la diffusion de la pratique réparatrice des premiers samedis du mois et la consécration solennelle de la Russie au Cœur Immaculé de Marie par le pape en union avec les évêques du monde entier – seraient exaucées durant son pontificat.

Malheureusement, les choses se passèrent autrement. Ni Pie XII ni les papes qui lui succédèrent n’ont pleinement satisfait à ces demandes. Et pourtant, le message de Fatima nous aide à éclairer, à la lumière de l’Assomption de la Vierge, d’autres vérités de la foi catholique, et tout particulièrement celle de la Royauté de Marie et de sa Médiation universelle.

Le dogme de l’Assomption est étroitement lié au privilège de la Royauté de Marie par laquelle, couronnée de la gloire céleste, elle règne sur le ciel et sur la terre, souveraine de l’Eglise militante, souffrante et triomphante, reine des Anges et des Saints. Le jour de l’Assomption coïncide en fait avec le jour de la gloire et du couronnement de Marie au Ciel. Et s’il était possible de distinguer des jours dans l’éternité, nous devrions dire qu’il n’y eut jamais jour plus beau et plus extraordinaire que celui-ci.

Le grandiose dessein que Dieu, dans la vision sans limites de son intelligence infinie, avait conçu à l’avance pour Marie connut sa parfaite réalisation en ce jour où la Vierge, après avoir définitivement quitté la terre, fut placée, avec son âme et son corps, dans le Ciel sur le trône de la gloire éternelle. Le prophète Elie fut transporté au ciel sur un char de feu dans lequel les exégètes ont vu une troupe d’anges qui le soulevaient de terre. Ce ne fut pas un groupe d’anges qui emporta Marie au Ciel, mais, comme le dit saint Alphonse de Liguori dans son chef d’œuvre Les gloires de Marie, le roi du Ciel lui-même vint la prendre pour la conduire, avec toute la cour céleste, au Paradis. Pour cette raison, saint Pierre Damien considère l’Assomption de Marie comme un spectacle plus glorieux encore que l’Ascension de Jésus-Christ : à la rencontre du Rédempteur vinrent seulement les anges, à la rencontre de la Sainte Vierge se hâta le Seigneur lui-même, roi du Ciel, avec toute la foule des anges et des saints.

Au moment où la Sainte Vierge entra au Ciel, ses habitants restèrent muets devant tant de beauté et répétèrent les paroles du Cantique des cantiques (VIII, 5) : « Qui est cette créature qui monte, si belle, du désert de la terre, ce lieu d’épines et de tribulations ? ». « Qui est-elle ? ». Les anges qui l’escortent répondent, selon saint Alphonse de Liguori : « C’est la Mère de notre roi, c’est notre reine, c’est la bénie entre toutes les femmes : la pleine de grâce, la sainte parmi tous les saints, la bien-aimée de Dieu, l’immaculée, la colombe, la plus belle de toutes les créatures » (Le glorie de Maria, 165)

L’esprit humain, comme le dit saint Bernard, ne peut arriver à comprendre la gloire immense que Dieu a préparée au ciel pour ceux qui l’ont aimé sur la terre. Qui, dès lors, réussirait jamais à concevoir, ajoute saint Alphonse, quelle gloire il a préparée pour sa chère Mère, celle qui sur la terre l’a aimé plus que tous les hommes, mieux : qui, depuis le moment même où elle fut créée, l’aima plus que tous les hommes et tous les anges réunis ?

Un trône conçu et préparé pour elle depuis l’éternité attendait la sainte Vierge. Le ciel fut illuminé d’une lumière nouvelle, jamais vue encore. Marie fut élevée au-dessus de tous les chœurs angéliques et de tous les saints. Un seul trône est supérieur au sien : celui de Jésus. Tous les autres lui sont inférieurs. Saint Alphonse dit que « parce que la Vierge a été élevée à la dignité de mère du roi des rois, c’est avec raison que l’Eglise l’honore du titre de reine ». Pie XII, dans son encyclique Ad Coeli Reginam du 28 octobre 1954, institua la fête de Marie Reine, ordonnant de la célébrer dans le monde entier le 31 mai de chaque année et de renouveler en ce jour la consécration du genre humain au Cœur Immaculé de Marie.

En couronnant comme Reine la Sainte Vierge, le Seigneur fit d’elle la dispensatrice de toutes les grâces.

Dès son fiat initial, la Vierge avait été associée à l’œuvre rédemptrice de Jésus. L’œuvre de la rédemption est une, mais se compose de deux parties. La première, Jésus l’accomplit dans sa Passion, en s’associant la Vierge comme « co-rédemptrice » : là sont acquises toutes les grâces nécessaires à notre salut. La seconde, celle qui dispense ce trésor de grâces, Jésus l’accomplit au ciel, en s’associant encore une fois la Vierge comme médiatrice de toutes les grâces. C’est une vérité d’une immense portée pour notre vie spirituelle, mais aussi pour l’humanité tout entière. Nous savons bien en effet que nous ne pouvons rien sans l’aide de Dieu mais qu’avec l’aide de Dieu, tout est possible. Cette aide de Dieu nous parvient par sa grâce, à laquelle il nous faut correspondre par notre foi et par nos œuvres. La grâce dépend de Dieu mais il a voulu faire dépendre de la Vierge la dispensation des grâces. Marie est la Médiatrice universelle et le canal par où passent toutes les grâces. Si un homme, une nation ou tout un peuple demandent une grâce à Marie, ils l’obtiendront. Sinon, ils se perdront. Cette vérité de foi n’a pas besoin de notre adhésion pour être vraie : elle est vraie indépendamment de nous. Mais si nous y croyons, si nous la professons en paroles et en actes, nous en obtiendrons tous les bénéfices. Et dans les temps difficiles que nous vivons, nous en avons un besoin extraordinaire. Nous en avons besoin chacun à titre personnel ; nos familles en ont besoin, notre nation, et surtout l’Eglise qui vit une heure dramatique de son histoire.

Nous devons prier pour que, soixante-dix ans après la proclamation du dogme de l’Assomption, soit accomplie la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie et pour que l’Eglise proclame de nouveaux dogmes mariaux. La proclamation officielle d’un grand dogme marial, celui de la médiation universelle de Marie et de sa co-rédemption de l’humanité pourrait offrir une réponse décisive à la crise de notre temps : montrer à l’humanité que c’est seulement en Marie et grâce à Marie qu’elle peut trouver une ancre de salut face aux problèmes qui l’affligent.

Parfois, nous avons l’impression de nous trouver dans les ténèbres mais si nous regardons vers le haut, vers Marie élevée dans la gloire, un pan du ciel semble se déchirer et nous entrevoyons le spectacle éblouissant de la Vierge venue en personne à Fatima nous dire les paroles qui nous promettent son règne au ciel et sur la terre: A la fin, mon cœur immaculé triomphera. Celui qui met en elle sa confiance ne sera pas déçu. (Roberto de Mattei)