Correspondance européenne | 390, Pologne

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Pologne: texte de la Déclaration de l’archevêque Gądecki

La décision du Tribunal Constitutionnel – concernant la protection de la vie des enfants malades – a suscité des réactions extrêmement déconcertantes de la part de beaucoup de citoyens de notre pays.

La position de l’Eglise catholique sur le thème du droit à la vie est immuable et publiquement connue. «La décision délibérée de priver un être humain innocent de sa vie est toujours mauvaise du point de vue moral et ne peut jamais être licite, ni comme fin, ni comme moyen en vue d’une fin bonne. En effet, c’est une grave désobéissance à la loi morale, plus encore à Dieu lui-même, qui en est l’auteur et le garant ; cela contredit les vertus fondamentales de la justice et de la charité. “Rien ni personne ne peut autoriser que l’on donne la mort à un être humain innocent, fœtus ou embryon, enfant ou adulte, vieillard, malade incurable ou agonisant. Personne ne peut demander ce geste homicide pour soi ou pour un autre confié à sa responsabilité, ni même y consentir, explicitement ou non. Aucune autorité ne peut légitimement l’imposer, ni même l’autoriser” » (Evangelium Vitae, n. 57).

Cependant, j’aimerais vous rappeler que ce n’est pas l’Eglise qui établit la loi de notre Patrie et ce ne sont pas les évêques qui décident sur la conformité ou non-conformité des statuts à la Constitution polonaise. Pour sa part, l’Eglise ne peut cesser de défendre la vie et ne peut renoncer à proclamer que tout être humain doit être protégé de la conception à sa mort naturelle. Sur ce point l’Eglise, comme souvent le souligne le Pape François, ne peut pas faire des compromis, car elle serait coupable de la culture du refus, aujourd’hui très diffusée et affectant toujours les plus faibles et vulnérables. « Certaines parties de l’humanité semblent mériter d’être sacrifiées par une sélection qui favorise une catégorie d’hommes jugés dignes de vivre sans restrictions. Au fond, “les personnes ne sont plus perçues comme une valeur fondamentale à respecter et à protéger, surtout celles qui sont pauvres ou avec un handicap, si elles ‘ne servent pas encore’ – comme les enfants à naître –, ou ‘ne servent plus’ – comme les personnes âgées” » (Fratelli tutti, 18).

La vulgarité, la violence, les slogans offensants et le trouble des fonctions religieuses, ainsi que les profanations perpétrées dans ces derniers jours – même si tout cela peut aider certaines personnes à décharger leurs tensions – ne représentent pas la juste manière d’agir d’un état démocratique. J’exprime ma tristesse pour le fait que dans beaucoup d’églises aujourd’hui on a empêché les croyants de prier et que, par la violence, on les a privés du droit de professer leur propre foi.

Je demande à tout le monde d’exprimer ses propres opinions de manière socialement acceptable, dans le respect de la dignité de tout être humain. Nous avons besoin de dialogue, non pas d’attitudes conflictuelles ni de continus échanges d’opinions dans les réseaux sociaux. « Le dialogue social authentique – écrit le Pape François – suppose la capacité de respecter le point de vue de l’autre en acceptant la possibilité qu’il contienne quelque conviction ou intérêt légitime » (Fratelli tutti, 203).

Encore une fois, j’encourage tout le monde à un dialogue sur comment protéger le droit à la vie et les droits des femmes. Je demande aux journalistes et aux hommes politiques de ne pas intensifier les tensions, dans un sens de responsabilité pour la paix sociale.

Je demande à tous les fidèles de prier pour les enfants non nés, pour les futurs parents et pour la conversion de ceux qui pratiquent la violence.

+ Stanisław Gądecki
Archevêque Métropolitain de Poznań
Président de la Conférence Episcopale Polonaise
Vice-président du Conseil des Conférences Episcopales Européennes (CCEE)
Poznań, 25 octobre 2020