UE: le Conseil de l’Europe contre l’islamophobie PDF Print E-mail
La résolution 1743 de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe stigmatise les progrès de l’islamophobie en Europe. Elle a demandé le 23 juin à la Suisse d’abroger l’interdiction de construire des minarets alors que cette mesure avait été adoptée le 29 novembre 2009 à 57,5 % lors d’une votation populaire.

C’est à l’issue d’un débat sur « l’Islam, l’islamisme et l’islamophobie en Europe » que les représentants de l'Assemblée parlementaire ont demandé à la Confédération suisse « d’adopter un moratoire sur son interdiction générale de construction des minarets ». Selon l’Assemblée parlementaire, cet article de la Constitution « discrimine les communautés musulmanes ». C’est la raison pour laquelle elle demande à la Suisse « d’abroger l’interdiction dès que possible » (texte adopté par l’Assemblée le 23 juin: http://assembly.coe.int/Mainf.asp?link=/Documents/AdoptedText/ta10/FRES1743.htm).

L’Assemblée n’a pas considéré qu’une telle demande était discriminatoire pour la majorité des électeurs suisses… En mai dernier, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) à Strasbourg avait jugé recevable l’un des six recours déposés par des opposants à l’initiative anti-minarets. Quatre groupements ont recouru : l’Association culturelle des musulmans de Neuchâtel, la Ligue des musulmans de Suisse, la Fondation de la communauté musulmane de Genève et l’Association des musulmans de Genève. Deux autres recours ont également été déposés, par l’ancien porte-parole de la mosquée de Genève Hafid Ouardiri et par l’avocat genevois Yves-Michel Baechler.

Dans le texte de la résolution, on peut lire que « les musulmans sont chez eux en Europe, où ils sont présents depuis des siècles, comme l’indique l’Assemblée dans sa Recommandation 1162 (1991) sur la contribution de la civilisation islamique à la culture européenne ». Elle déplore « qu’un nombre croissant de partis politiques en Europe exploitent et attisent la peur de l’islam en menant des campagnes politiques qui privilégient une vision simpliste et des clichés négatifs à propos des musulmans d’Europe en assimilant l’islam à l’extrémisme (…) Elle rappelle qu’il appartient aux Etats membres de rejeter de tels discours politiques attisant la peur et la haine des musulmans et de l’islam (…) ». Mais il y a plus grave : « L’Assemblée reste également préoccupée par les politiques et les pratiques – tant des autorités nationales que des autorités régionales ou locales – discriminatoires à l’encontre des musulmans, et par le risque d’une utilisation abusive des votes, initiatives et référendums populaires pour légitimer des restrictions des droits à la liberté de religion et d’expression qui sont inacceptables au regard des articles 9 et 10 de la Convention européenne des droits de l’homme ».

Le mot est lâché : le Conseil de l’Europe déplore un usage abusif de la démocratie, surtout quand celle-ci est directe. Ainsi la Suisse qui est de loin le pays le plus démocratique d’Europe se voit reprocher de permettre à ses citoyens de donner leur avis. Il est vrai que les référendums auxquels on a recouru dans certains pays d’Europe sur la Constitution européenne (France et Pays-Bas), sur le Traité de Lisbonne (Irlande), sur le remboursement de la dette Icesave (Islande) et sur les minarets (Suisse) ont systématiquement été dénoncés par la classe politique des pays concernés et par l’Union européenne. Chaque fois, ils ont montré que l’avis majoritaire de la population se heurte à celui des politiciens.

Le même Conseil de l’Europe a voté unanimement contre toute interdiction générale de la burqa en Europe car cela priverait les femmes « qui le désirent sincèrement et librement » du droit de se voiler la face (“The Telegraph”, 24 juin 2010) (C. B. C.)