Correspondance européenne |

Imprimer cette page

Finances de l’Eglise d’Allemagne, deux poids deux mesures, un éclairage sur le synode

Hilary_WhiteJe vous propose ci-dessous ma traduction d’un article très éclairant de Hilary White paru lundi soir sur LifeSite. Il met en lumière les choix très orientés d’un certain épiscopat allemand, laxiste à l’égard de la morale mais intraitable pour ceux qui ne paient pas la taxe pour financer l’Eglise. Ils tiennent aujourd’hui le haut du pavé. Ils sont joué un rôle de premier plan au synode pour la famille. J’ai intégré dans la traduction les liens donnés par Hilary White pour soutenir son article. – J.S.

D’aucuns se demandent pourquoi les médias allemands et même les médias du monde entier traquent sans relâche l’évêque conservateur Mgr Franz-Peter Tebartz-van Elst, « l’évêque du bling », ce qui a conduit à sa révocation en 2013 par le pape François, alors que des évêques libéraux et beaucoup plus dépensiers bénéficient du silence. Tebartz-van Elst a été attaqué à propos de la reconstruction d’un centre diocésain pour un coût de 31 million d’euros, alors que le cardinal Reinhardt Marx, qui penche à gauche, l’un des principaux conseillers du pape François, dépense 130 millions d’euros – et ce n’est qu’un début – pour un centre de services diocésain dans son diocèse de Munich-Freising.

Selon le service d’information allemand AZ, le bâtiment Munichois avait été acheté à l’origine par le prédécesseur de Marx pour 86 millions d’euros, et devait bénéficier d’une rénovation à hauteur de 39,8 millions. Les travaux ont commencé en 2011, à un coût estimé de 42,15 millions d’euros, près de 10 millions de plus que le coût final de la rénovation « scandaleuse » du Limbourg. Depuis lors les dépenses ont explosé sans qu’on puisse en voir le bout. Le porte-parole du diocèse, Bernhard Kellner, cité par le quotidien munichois Abendzeitung, a simplement déclaré : « C’est une augmentation de coût qui correspond aux conditions du marché. »

En attendant le cardinal Marx lui-même dispose d’une suite au palais Holnstein, la résidence de l’évêque, récemment rénové pour un coût de 8 millions d’euros, ou bien il demeure dans maison d’hôtes de 10 pièces à Rome (acquise par son diocèse) estimée valoir 9,7 millions. « Celui qui dit qu’il s’agit là d’une demeure de luxe pour le cardinal Reinhardt Marx a totalement tort », a déclare Bernhard Kellner : « C’est une maison de réunion, qui accueillera les membres du chapitre de la cathédrale, les employés de l’ordinariat, des représentants des conseils de laïcs, mais également de petits groupe de pèlerins. »

Le cardinal Marx dispose d’un salaire d’évêque d’environ 11.500 euros par mois et jouit d’un parc de voitures dernier cri conduites par des chauffeurs.

Ce qui n’a pas été rapporté par la presse laïque dans le cas du Limbourg, c’est le fait que Mgr Tebartz-van Eslt était déjà bien connu au sein de l’Eglise allemande en raison de ses prises de position conservatrices à propos de diverses question « controversées ». Il avait été nommé par le pape Benoît XVI pour remplacer l’évêque libéral bien connu, Franz Kamphaus, qui s’était attiré la colère du Vatican sous Jean-Paul II lorsqu’il avait refusé de cesser de délivrer des certificats d’avortement.

Mgr Tebartz-van Elst, qui était également à la tête de la commission de la Conférence des évêques d’Allemagne sur le mariage est la famille, avait été la cible d’articles très négatifs de la part de la presse allemande laïque après qu’il eut pris des mesures disciplinaires contre l’un de ses prêtres, Peter Kollas, qui avait organisé une bénédiction pour deux hommes homosexuels. En 2007, Mgr Tebartz-van Elst avait publié un communiqué affirmant que tous les catholiques ont le devoir de protester contre la reconnaissance légale des partenariats homosexuels.

Mgr Tebartz-van Elst était déjà dans le collimateur de la presse laïque, contesté par ses propres prêtre libéraux, en raison de sa défense de l’enseignement moral catholique et de son exigence de voir les paroisses suivre rigoureusement les règles liturgiques lors de la messe dominicale. Mais c’est la rénovation, pour un coût de 5,5 millions d’euros du Centre diocésain, un budget qui devait finalement s’élever à 31d’euros, et l’accusation d’avoir bénéficié d’un billet de première classe pour l’Inde, qui a attiré l’attention internationale : les médias allemands, suivis rapidement par la presse anglophone et italienne, avaient reniflé du sang dans l’eau…

Tandis que les médias alimentaient la controverse, Mgr Tebartz-van Eslt est devenu la cible de protestations, et il ne devait recevoir que peu de soutien de la part de ses frères évêques de l’épiscopat allemand. Alors qu’une enquête menée par le Vatican l’a totalement innocenté de toute inconduite financière en septembre 2013. Mgr  Tebartz-van-Est a été écarté de son siège épiscopal par le pape François en octobre de cette même année, après une réunion de celui-ci avec l’archevêque de Fribourg-en-Brisgau, Mgr Robert Zollitsch, ancien président de la Conférence des évêques d’Allemagne, connu en tant ultralibéral qui soutient les unions civiles d’homosexuels et l’ordination des femmes.

Aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume-Uni, les Eglises sont financées par les dons volontaires des paroissiens. Les projets exceptionnels, comme la réparation d’un toit ou la rénovation d’une maison paroissiale, requièrent des levées de fonds spéciales. Mais les églises paroissiales en Allemagne sont presque vides le dimanche matin, et la plupart des paroissiens qui restent encore sont dans la deuxième moitié de leur vie. Selon les statistiques du gouvernement allemand, la population allemande est divisée à peu près de manière égale en trois groupes : 30 % de protestants évangéliques, 30 % de catholiques, et 30 % enregistrés comme « athées » ou « autres ». Mais l’Eglise catholique est l’une des institutions les plus riches d’Europe et elle est le deuxième employeur d’Allemagne. D’où vient donc l’étonnante richesse de l’Église catholique allemande ?

Environ 70 % des revenus de l’Eglise catholique d’Allemagne proviennent de la « taxe d’Eglise », qui s’est montée à environ 5 milliards d’euros en 2010. Cela ne comprend pas les revenus d’investissement générés par les importantes possessions immobilières de l’Église d’Allemagne.

Si une personne ne désire pas contribuer au financement de l’Eglise, il doit formellement renoncer, sur son formulaire d’impôts, à son appartenance à cette Eglise soutenu par l’Etat. Au cours de ces dernières années, la déchristianisation de l’Allemagne et de l’Europe dans son ensemble a été accusée d’avoir provoquer un quasi exode des catholiques allemands du rôle fiscal.

Les évêques catholiques allemands, malgré leur réputation d’être l’un des épiscopats catholiques les plus libéraux du monde, ont répondu en excommuniant quiconque choisit de ne plus payer la taxe. En 2012 Mgr Zollitsch a déclaré aux médias : « Il doit y avoir des conséquences pour les personnes qui se distancient de l’Eglise par un acte public. Clairement, celui qui se retire de l’Église ne peut plus prétendre aux avantages du système de la même façon que celui qui en demeure membre. Mais ce qui est en jeu, c’est la crédibilité de la nature sacramentelle de l’Eglise. On ne peut pas être un demi membre ou un membre partiel. Soit on fait partie et on s’engage, ou bien on renonce. »

Dans le même temps, Zollitsch et ses frères évêques ont de manière répétée défié le Vatican qui demandait que ceux vivant au sein d’une union adultère après un divorce civil se voient refuser la communion. Au synode extraordinaire des évêques en octobre, les évêques allemands ont pris la tête, avec l’archevêque italien Bruno forte, nommé par le pape, des pressions visant à obtenir que l’Église « accepte et valorise » l’« orientation » homosexuelle.

La cadence des renonciations formelles vis-à-vis de l’Église d’Allemagne a ralenti entre 2005 et 2013, sous le pontificat de Benoît XVI, mais elles a été marquée par une augmentation de plus de 50.000 depuis 2012. Le rapport 2014 des évêques d’Allemagne affirme : « Aujourd’hui on ne peut pas supposer que des personnes appartiennent à une Eglise et qu’elle pratiquent leur foi. Cela se voit à travers les nombreuses instances de personne qui quittent l’Eglise. En 2013, 178.805 personnes ont quitté l’Eglise catholique en Allemagne. »

Parmi les catholiques qui ne se sont pas formellement retirés de l’Église, la pratique et la foi sont à un niveau bas et diminuent régulièrement. Selon une enquête du Pew Center, environ un catholique allemand sur 5 affirmait assister à la messe chaque semaine, conformément à l’enseignement de l’Eglise, en 2009-2010. Cette proportion est tombée à 16 % en 2011.

Alors qu’il présentait le rapport annuel de l’Église catholique d’Allemagne en août de cette année, le cardinal Marx a évoqué les scandales financiers et sexuels au sein de l’Eglise d’Allemagne, disant que l’Église doit s’atteler à un travail « bon et convaincant pour rebâtir la confiance à tous les niveaux ».

Dans le même temps, un autre évêque classé parmi les prélats libéraux de, le cardinal Karl Lehmann de Mainz, lui aussi jadis président de la Conférence épiscopale allemande et, dit-on, le mentor de Zollitsch, s’est exprimé sur « les scandales et les vexations » au sein de l’Eglise qui sont à la racine d’un exode généralisé depuis Eglise catholique.

« Il n’y a pas de doute, ces chiffres nous obligent à réfléchir. Nous avons évidemment souffert d’une perte de confiance et de crédibilité qui s’est rarement produite avec une telle violence », dit Lehmann dans son journal diocésain.

Ceux qui critiquent la menace des évêques allemands à l’égard des catholiques qui se soustraient à la taxe d’Eglise les ont accusé du péché de simonie, à savoir de demander de l’argent pour les sacrements. Le décret 2012 contre ceux qui évitent la taxe d’Eglise comporte cette déclaration : « Sans un signe de repentance avant la mort, l’enterrement à l’église peut être refusé. »

Le P. Alexander Lucie-Smith, éditorialiste au Catholic Herald au Royaume-Uni, a évoqué l’ironie de cette forte préférence marquée par le pape François à l’égard des évêques allemands extrêmement riche qu’il a nommés, comme le cardinal Kasper. Le système allemand du « payer pour prier », écrit-il, est sûrement contraire à ce que le pape François tente de promouvoir : une Eglise pauvre pour les pauvres.

« D’abord c’est une forme de coercition. Vous devez payer, ou bien quitter l’Eglise. Mais n’est-ce pas que tout, dans la sphère religieuse devrait relever du volontariat ? », écrit le P. Lucie-Smith. « Deuxièmement, le système utilise l’État pour collecter l’argent au bénéfice de l’Eglise. Cela met l’Eglise et l’Etat dans une dans une situation d’alliance proche, trop proche, qui peut causer du tort à l’Eglise.

« En troisième lieu, la taxe d’Eglise rend l’Eglise non charitable, dès lors que des personnes qui refusent de payer la taxe sont écartées des sacrements. Cela est tous ensemble simplement un mal. Les sacrements sont gratuits. Personne ne devrait être contraint de à sauter à travers un cerceau administratif de manière à recevoir les sacrements : les seules conditions pour recevoir le sacrement devrait être morales »

Mais le cardinal Marx reste au sommet du pouvoir aussi bien au Vatican qu’en Allemagne. Il est actuellement le président de la Conférence épiscopale allemande ; il est également un membre de premier plan de ce qu’on a appelé le « gang des neuf » du pape François, le cercle restreint créé par le pape pour la réforme de l’Église. Il a également été nommé au Conseil économique du pape.

Au synode, Marx avait fortement pris la voix en faveur des paragraphes du rapport d’étape appelant l’Eglise à accepter et à valoriser l’orientation homosexuelle. Lors d’une conférence de presse au Vatican, Marx avait déclaré : « Prenez le cas de deux homosexuels qui ont vécu ensemble pendant 35 ans et qui prennent soin l’un de l’autre, même au cours de la dernière phase de leur vie. Comment puis-je dire que cela n’a pas de valeur ? » Il avait été ajouté : « Dire que la doctrine ne changera jamais correspond à une vue restrictive des choses… Le cœur de l’Église catholique reste l’Évangile, mais avons-nous tout découvert ? Voilà ce dont je doute. »

Hilary White