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Oter leur chapeau aux quatre cardinaux auteurs des “dubia” sur “Amoris laetitia” ? Le pape François pourrait le faire selon Mgr Pio Vito Pinto

Monsignor Pio Vito Pinto speaks during a press conference to illustrate a new law issued by Pope Francis regulating how bishops around the world determine when a fundamental flaw has made a marriage invalid, at the Vatican, Tuesday, Sept. 8, 2015. Pope Francis radically reformed the Catholic Church's process for annulling marriages Tuesday, allowing for fast-track decisions and removing automatic appeals in a bid to speed up and simplify the procedure. (AP Photo/Riccardo De Luca)

Monsignor Pio Vito Pinto speaks during a press conference to illustrate a new law issued by Pope Francis regulating how bishops around the world determine when a fundamental flaw has made a marriage invalid, at the Vatican, Tuesday, Sept. 8, 2015. Pope Francis radically reformed the Catholic Church’s process for annulling marriages Tuesday, allowing for fast-track decisions and removing automatic appeals in a bid to speed up and simplify the procedure. (AP Photo/Riccardo De Luca)

(leblogdejeannesmits.blogspot.it) Mgr Pio Vito Pinto, doyen de la Rote romaine, l’un des deux tribunaux ordinaires du Saint-Siège – compétent notamment pour juger en appel les affaires de nullités de mariage –, a réagi avec violence à la décision des « quatre cardinaux » de porter devant le public les cinq « dubia » ou questions sur Amoris laetitia qu’ils avaient soumises au pape François sans recevoir de réponse. C’est lors d’une conférence qu’il a donnée à Madrid, lundi, à l’université ecclésiastique Saint-Damase qu’il a accusé ces princes de l’Eglise d’avoir causé un grave scandale du fait de cette publication, ajoutant qu’ils pourraient perdre le cardinalat, rapporte Infocatolica.
Il s’agit des cardinaux Walter Brandmüller, Raymond Burke, Carlo Caffarra et Joachim Meisner qui ont demandé que la clarté soit faite sur des ambiguïtés de l’exhortation apostolique en matière de morale conjugale et même des normes morales tout court, notamment à la suite d’interprétations évidemment hétérodoxes de la part de certains évêques.

En réponse à des questions de Religion Confidencial, le doyen de la Rote a déclaré que les quatre cardinaux, tout comme quelques autres personnes qui à l’intérieur de l’Eglise mettent en doute la réforme du Pape François et son Exhortation apostolique Amoris laetitia, ne font rien d’autre que de remettre en question « deux synodes des évêques sur le mariage et la famille ; pas un synode mais deux !, l’un ordinaire et l’autre extraordinaire. » « On n’a pas le droit de douter de l’action du Saint Esprit », a-t-il martelé.

« Quelle Eglise défendent donc ses cardinaux ? Le pape est fidèle à la doctrine du Christ. Ce qu’ils ont fait constitue un scandale très grave qui pourrait même conduire le Saint-Père à leur retirer le chapeau cardinalice comme cela s’est déjà fait à quelqu’autre moment de l’histoire », a affirmé Pio Vito : « Cela ne veut pas dire que le pape leur enlève leur dignité de cardinal, mais il pourrait le faire. »

Voilà donc une menace des plus claires qui suscite deux réflexions. La première porte sur la notion de scandale : dans le vocabulaire de l’Eglise, il s’agit de pousser ou d’inciter quelqu’un à mal agir, de le mettre en danger de pécher. Or c’est précisément la critique qui peut être adressée, non aux cardinaux, mais à Amoris laetitia : l’Exhortation justifie des actes jusqu’ici considérés comme très graves, avec l’approbation au moins implicite du Pape François qui a félicité une interprétation en ce sens de la part de certains évêques argentins et qui ne réagit ni ne fait réagir lorsque d’autres diocèses ou évêques adoptent des positions encore plus hétérodoxes.

Mais s’il faut en croire Pio Vito, le « scandale » viendrait ici de la publication de ces simples questions et même de ces questions simples auxquelles le pape n’a pas jugé bon de répondre. Le scandale résiderait dans une sorte de mise en doute de l’action du Saint Esprit qui couvrirait comme par magie tous les actes, tous les dits et non-dits qui ont entouré les deux synodes, même là où l’Exhortation a contredit les points adoptés par ces derniers ou pris en compte des points votés avec une majorité insuffisante.

Deuxième réflexion : à l’évidence, les cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et Meisner ont agi sans mettre en cause l’autorité du pape, faisant au contraire appel à elle, et ce pour le bien de l’Eglise. On peut d’ailleurs difficilement croire qu’ils tiennent plus à leur chapeau de cardinal qu’à la vérité qu’ils demandent d’entendre. Ils ont même, on peut en être certain, d’emblée accepté la persécution plus ou moins ouverte que cela pourrait leur valoir.

Au cours de sa conférence, Mgr Pio Vito a déclaré que le pape n’a pas répondu directement à ces quatre cardinaux, « mais indirectement, il leur a dit qu’il ne voit que du blanc ou du noir, alors que dans l’Eglise il y a des nuances de couleurs ».

Le doyen de la Rote faisait référence à une interview donnée par le quasi porte-parole du pape, le P. Antonio Spadaro, à L’Avvenire à la suite de la publication de la lettre sur les Dubia. Il déclarait : « Certains – je pense à certaines réponses à Amoris Laetitia – persistent à ne voir que le blanc ou le noir, alors qu’il faut plutôt discerner dans le flux de la vie (…) Certains types de rigorisme découlent du désir de cacher son propre mécontentement sous l’armure. »

Religion Confidencial a également demandé à Mgr Pio Vito s’il ne valait pas mieux tendre la main aux divorcés remariés en leur concédant la nullité matrimoniale, pour qu’ils puissent se marier à l’Eglise et ainsi recevoir l’eucharistie, plutôt que de recevoir la communion en étant unis seulement par un acte civil.

« La réforme de la procédure matrimoniale du Pape François veut toucher davantage de gens. Le pourcentage de personnes qui demandent la nullité matrimoniale est très petit. Le pape a dit que la communion n’est pas seulement pour les bons catholiques. François dit : comment atteindre les personnes les plus exclues ? Beaucoup de gens, avec la réforme du pas, pourront demander la nullité, mais d’autres, non », a-t-il dit.

C’est à ce moment-là qu’il a insisté sur ce qu’il appelle la clef du pontificat de François, citant le n° 4 de la Bulle que le pape a écrite à l’occasion du Jubilé de la miséricorde : « Les paroles riches de sens que saint Jean XXIII a prononcées à l’ouverture du Concile pour montrer le chemin à parcourir reviennent en mémoire : “Aujourd’hui, l’Epouse du Christ, l’Église, préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité… L’Eglise catholique, en brandissant le flambeau de la vérité religieuse, veut se montrer la mère très aimante de tous, bienveillante, patiente, pleine d’indulgence et de bonté à l’égard de ses fils séparés. »

Mais la vraie miséricorde ne peut être séparée de la vérité et ce n’est pas faire miséricorde que de dire que ce qui est mal est bien.

Si l’on comprend bien les paroles de Mgr Vito Pinto, il s’agit bien de proposer une solution aux personnes qui ne pourraient pas obtenir une nullité, pour facile que cela semble devoir devenir. En cas de déclaration de nullité, la question de l’accès aux sacrements ne pose en effet aucune difficulté.

Réaffirmant que le pape François ne cherche en rien à modifier la théologie du mariage, Pio Vito a répété que le message central du Pape François consiste à vouloir toucher toutes ces personnes qui se sont senties, ou qui se sentent, mises à l’écart ou blessés par elle. Il a également signalé qu’aujourd’hui, beaucoup de gens communient sans de manière indiscriminée. « Une religieuse m’a dit qu’il y a des personnes divorcées ou qui vivent ensemble et qui communient. Alors que doit faire l’Eglise : dire toi oui, et toi non ? Le pape François veut une Eglise très proche du peuple. »

Autrement dit, l’Eglise ne doit plus dire non.

Les catholiques que nous sommes n’avons-nous plus le droit de poser des questions ?

Mais à  quand la condamnation formelle de tous ceux d’entre nous qui le faisons ?