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Pape François : l’interprétation d’“Amoris laetitia” comme permettant la communion pour des divorcés remariés est la seule possible

amoris-laetitia(http://leblogdejeannesmits.blogspot.it) Les évêques de la région de Buenos Aires en Argentine ont envoyé aux prêtres de leur diocèse un communiqués exposant des « critères de base pour l’application du chapitre 8 d’Amoris laetitia », le plus controversé où il est question de l’accès aux sacrements de la confession et de l’Eucharistie pour les divorcés « remariés ».

Dans le même temps, le document a été soumis au pape François qui a répondu le 5 septembre par une lettre où il assure que le texte des prélats argentins « explicite parfaitement le chapitre 8 d’Amoris laetitia », rapporte Infocatolica. « Il n’y pas d’autre interprétation », a écrit le pape François, alors même que les évêques argentins affirment ouvertement que l’accès aux sacrements peut-être autorisé pour certains couples remariés bien que l’un ou l’autre, ou les deux se trouve toujours lié par un précédent mariage religieux qui n’a pas été déclaré nul.

La prise de position du pape François dément absolument ses assertions selon lesquelles il n’était pas au courant ne se souvenait pas vraiment de la note de bas de page de l’exhortation apostolique qui ouvre discrètement cette possibilité. Il n’est plus question de conjectures ou d’avancées discrètes. Le pape – mais nous ne dirons pas le pape revêtu de son autorité pontificale – a tranché.

A moins qu’on ait abusé de sa signature, auquel cas une mise au point du Vatican s’impose dans les plus brefs délais, François confirme toutes les craintes des catholiques attachés aux normes traditionnelles de l’église et à l’enseignement explicite du Christ. Dans le même temps, il contredit les interprétations bienveillantes d’Amoris laetitia de la part de théologiens, cardinaux, évêques et autres prêtres qui refusaient d’y voir une révolution : oui, révolution il y a. Révolution du magistère ? Quelle est l’autorité d’une simple lettre, fût-elle signée de la main du pape ?

Voici plusieurs points du communiqué envoyé par les évêques de la région de Buenos Aires à leurs prêtres.

« Point n° 5. Lorsque les circonstances concrètes d’un couple le rendent possible, spécialement lorsque les deux sont chrétiens et engagés sur un chemin de foi, on peut leur proposer l’effort de vivre dans la continence. Amoris laetitia n’ignore pas les difficultés de cette option (cf la note 329) et laisse ouverte la possibilité d’accéder au sacrement de la réconciliation en cas de défaillance par rapport à cet engagement (cf la note 364, selon l’enseignement de saint Jean-Paul II au cardinal W. Baum du 22 mars 1996). »

Commentaire. Il faut rappeler ici que la citation faite dans la fameuse note 329 de Gaudium et spes est frauduleuse, puisque le document de Vatican II évoquait la continence chez les époux légitimes à des fins de régulation naturelle des naissances en soulignant que cette continence pouvait mettre en danger leur fidélité. Dans Amoris laetitia, cette mise en garde est appliquée à une relation adultérine dont il s’agirait ainsi de préserver la « fidélité ».

L’enseignement de Jean-Paul II évoqué ici (par simple citation d’une note d’Amoris laetitia) ne semble pas être disponible en ligne. Il s’agit simplement de souligner qu’un engagement peut être authentique même s’il y a un « probable » risque de chute, cette dernière pouvant être absoute en confession. La révolution n’est pas la.

« Point n° 6. En d’autres circonstances plus complexes, et lorsqu’il n’a pas été possible d’obtenir une déclaration de nullité, l’option évoquée peut ne pas être mise en œuvre dans les faits. Nonobstant, un chemin de discernement est également possible. Si on n’en arrive à reconnaître que, dans un cas concret, il y a des limitations qui atténuent la responsabilité et la culpabilité (cf 301-302), particulièrement lorsqu’une personne estime qu’elle tomberait dans une nouvelle faute en faisant du tort aux enfants de la nouvelle union, Amoris laetitia ouvre la possibilité de l’accès aux sacrements de la Réconciliation et de l’Eucharistie (cf les nores 336 et 351). Ceci à leur tour dispose la personne à continuer de mûrir et de croître avec la force de la grâce. »

Commentaire. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que saint Thomas More s’est trouvé confronté à un cas analogue alors que le roi Henri VIII d’Angleterre expliquait qu’il était persuadé dans son for interne de la nullité de son mariage avec Catherine d’Aragon, la veuve de son frère, et craindre pour son salut éternel s’il demeurait avec elle. Thomas More avait refusé de l’approuver, estimant notamment que Catherine d’Aragon avait droit à un procès canonique pour établir la vérité. Thomas More y laissa sa tête ; faut-il dire avec le recul en 2016 que son sacrifice était absurde ? Est-il donc mort pour rien ?

« Point n°9. Il peut être opportun qu’un éventuel accès aux sacrements se réalise de manière discrète, surtout lorsque l’on prévoit des situations conflictuelles. Mais en même temps il ne faut pas laisser d’accompagner la communauté pour qu’elle grandisse dans l’esprit de compréhension et d’accueil, sans que cela implique de créer des confusions quant à l’enseignement de l’église à propos du mariage indissoluble. La communauté est un instrument de la miséricorde qui est “imméritée, inconditionnelle et gratuite”. »

Commentaire. Ici on comprend que les évêques argentins se méfient de la réaction de certains fidèles. Les voilà avertis. C’est la communauté, et non plus le prêtre dans le confessionnal qui doit dispenser la miséricorde et ne pas poser de questions sur une éventuelle inobservance des règles de l’Eglise.

Le pape François a vivement applaudi le texte dans sa lettre à Mgr Sergio Alfredo Fenoy, délégué de la région pastorale de prononcer, en le remerciant pour ce travail et en félicitant ceux qui l’ont accompli.

Voici la traduction de sa lettre :

« Mon cher frère,  « J’ai reçu l’écrit de la région pastorale Buenos Aires “critères de base pour l’application du chapitre 8 d’Amoris laetitia”. Je vous remercie beaucoup de me l’avoir envoyé, et je vous félicite pour le travail que vous avez accompli : un véritable exemple d’accompagnement des prêtres… et nous savons tous combien est nécessaire cette proximité de l’évêque avec son clergé et du clergé avec l’évêque. Le prochain « le plus prochain » de l’évêque et le prêtre, et le commandement d’aimer son prochain comme soi-même commence, pour nous autres évêques, précisément avec nos curés.  « L’écrit est très bon et il explicite parfaitement le sens du chapitre 8 d’Amoris laetitia.

Il n’y a pas d’autre interprétation. Et je suis sûr que cela fera beaucoup de bien. Que le seigneur vous rétribue cet effort de charité pastorale.  « Et c’est précisément la charité pastorale qui nous pousse à sortir pour rencontrer ceux qui sont éloignés, et une fois que nous les avons rencontrés, a entamé un chemin d’accueil, d’accompagnement, de discernement et d’intégration dans la communauté ecclésiale. Nous savons que cela est fatiguant, il s’agit d’une pastorale du “corps à corps” qui ne se satisfait pas des médiations programmatiques, organisationnelles ou légales, même si elles peuvent être nécessaires. Simplement accueillir, accompagner, discerner, intégrer.

Parmi ces quatre attitudes pastorales, la moins cultivée, la moins pratiquée et le discernement ; et je considère urgente la formation au discernement, personnelle et communautaire, dans nos séminaires et dans nos presbytères.  « Pour finir je voudrais rappeler qu’Amoris laetitia est le fruit du travail et de l’horizon de toute l’église, avec la médiation de deux synodes et du pape. C’est pourquoi je vous recommande une catéchèse complète de l’exhortation qui certainement aidera à la croissance, à la consolidation et à la sainteté de la famille.

« Je vous remercie à nouveau du travail accompli et je vous encourage à aller de l’avant, dans les différentes communautés des diocèses, pour l’étude et la catéchèse d’Amoris laetitia.  « S’il vous plaît n’oublier pas de prier et de faire prier pour moi.  « Que Jésus vous bénisse et que la Sainte Vierge vous garde,  « Fraternellement, François »