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Que révèle l’ignominie de la loi de la « Bioétique » ?

(Thibaud Collin, Lincorrect.org – 9 octobre 2020) Dans un silence de mort, la France s’apprête[1] à étendre encore davantage le domaine de la disponibilité de l’embryon humain aux désirs des femmes et aux intérêts des firmes pharmaceutiques. L’embryon humain est ainsi toujours plus réduit à un pur matériau tenant sa dignité du seul regard qu’un tiers porte sur lui. La dignité est devenue synonyme d’utilité. Soit cet embryon humain (rappelons qu’il est humain et non pas canin ou bovin ; et que c’est justement parce qu’il est humain qu’il intéresse tant de gens) est perçu comme pouvant entrer dans un protocole de recherche ou dans un projet parental quelconque (hier un couple homme/femme, aujourd’hui deux femmes ou une femme seule, demain deux hommes), et il sera alors digne d’intérêt. Soit il est perçu comme un intrus ou comme défectueux, et il sera éliminé quel que soit son stade de développement.

Le point commun à toutes ces attitudes est que l’embryon humain n’a aucune consistance ontologique propre. Tel est le legs de la loi Veil (Chirac/Giscard ; pas de raison que ces deux-là n’aient pas à assumer la responsabilité de cette iniquité), que certains s’évertuent à défendre tout en refusant ses conséquences logiques, celles que l’on a sous les yeux avec cet énième projet de loi dit de « bioéthique ».

« Un enfant si je veux, quand je veux. » Le projet de loi actuel consacre la toute-puissance de la mère (version Médée). A partir du moment où l’être humain n’est plus protégé dès sa conception, il n’y a aucune raison valable pour déterminer le moment au-delà duquel il est interdit d’en faire ce qu’un tiers veut en faire. 10 semaines ? 12 semaines ? Demain 14 semaines ou même 16 ? Rappelons que la loi Veil (Chirac/Giscard) permet l’élimination du fœtus handicapé jusqu’à la veille de la naissance. La disposition introduite cet été par les députés en deuxième lecture autorisant de tuer l’enfant à naître jusqu’à la fin de la grossesse, en cas de « détresse psychosociale » avérée, n’en est que la mise en cohérence. Puisqu’un être humain handicapé n’est pas moins un être humain qu’un non-handicapé, pourquoi ce qui est autorisé envers celui-là ne le serait-il pas envers celui-ci ? D’ailleurs, pourquoi la naissance représenterait-elle un seuil si décisif ? Quelle est la différence entre un enfant de huit mois et 29 jours et un enfant de 9 mois ? Le fait qu’il soit sorti de l’utérus de sa mère change-t-il quoi que ce soit à ce qu’il est ? Rigoureusement rien. Il n’est pas moins autonome et dépendant avant qu’après la naissance. L’avortement volontaire s’inscrit dans une logique intrinsèquement infanticide et le projet actuel nous le manifeste.

Si l’embryon humain qui, faut-il le rappeler, est strictement innocent et n’a rien demandé à personne pour exister, est ainsi rendu totalement disponible aux désirs de sa mère, il l’est par là-même aux attentes du pouvoir médical et pharmaceutique. Ainsi toutes les dispositions actuelles et futures sur la manipulation de l’embryon humain à des fins prétendument « thérapeutiques » (puisqu’elles ne le concernent pas lui-même) semblent légitimes. Si l’on peut tuer à tout moment un embryon humain, combien plus peut-on l’utiliser à des fins de recherche. Cela apparaît même comme une manière astucieuse et rentable de résoudre le problème du devenir des embryons orphelins (de tout « projet parental »).

Depuis quarante-cinq ans, nous vivons dans le paradigme abortif. La plupart de ceux qui ont voulu cette loi savaient qu’ils autorisaient le meurtre d’un innocent (d’où toutes les dispositions conditionnelles entourant l’acte). La loi Veil (Chirac/ Giscard) a été négociée comme la tolérance d’un moindre mal. Ce que révèle cet énième projet de loi est que la mort d’un innocent ne peut jamais être un moindre mal. Une telle affirmation est en effet insupportable pour une conscience un minimum éveillée. Il a donc fallu s’acharner à anesthésier la conscience morale collective. Toutes les révisions faites depuis quarante-cinq-ans visent à banaliser l’avortement et les manipulations sur l’embryon ; et cela continuera inlassablement. La société cherche par-là à exorciser une culpabilité qui ne cesse de la hanter mais qu’elle n’arrive même plus à nommer. Telle est la logique proprement diabolique se déployant dans cette œuvre de mort spirituelle. « Le père du mensonge » se délecte de ces mises à mort d’innocents, par millions, au nom du « droit » des femmes et de leur « liberté » (parfois sous la contrainte de la lâcheté des hommes) ; il se délecte que l’embryon humain soit réduit à n’être que le matériau d’un projet parental ou de recherche.

Et il rit que cette ignominie soit promue dans une loi dite de « bioéthique ».