Correspondance européenne | 398, Italie

Imprimer cette page

Le discours de Mgr Antonio Suetta, évêque de Sanremo-Ventimiglia, à la Marche pour la Vie

Pour la première fois, un évêque italien, Mgr Antonio Suetta, du diocèse de Sanremo-Ventimiglia, s’est adressé à tous les participants de la Marche pour la Vie le 22 mai dernier en demandant l’abrogation de l’inique loi italienne sur l’avortement. Ci-après le texte de son discours qui a été reçu avec grand enthousiasme par tous les participants.

En la personne du Président, Virginia Coda Nunziante, je salue et remercie les organisateurs de cette Marche pour la Vie et tous ceux qui ont collaboré activement à cette édition 2021.

Je suis ici tout d’abord pour partager avec vous tous la joie et la fête de la vie et pour rendre témoignage de l’engagement de l’Eglise, des croyants et de nombreuses personnes de bonne conscience en faveur, au service et en défense de la vie humaine, de son aube jusqu’à sa conclusion naturelle, dans toute la variété de ses expressions, en particulier celles les plus marquées par la fragilité, la souffrance et la fatigue.

Je suis ici pour offrir la force de ma voix et de mon cœur à toutes ces personnes qui, même dans des conditions d’extrême difficulté, ont dit et disent oui à la vie : les mères courage qui n’ont pas baissé les bras face à de graves problèmes, les médecins, les femmes et hommes de science, qui dépensent compétences, courage et engagement pour promouvoir le don de la vie, les bénévoles de tous les milieux, qui, avec générosité et un profond sens de responsabilité accompagnent tant de personnes et la société tout entière afin qu’elles parviennent et accomplissent des choix justes et cohérents en rapport à ce grand don de Dieu.

Je suis ici en pensant également à Ilaria, ma jeune belle-sœur, morte voici trois ans de leucémie, qui a dépensé tant d’énergie et de cœur pour soutenir la vie, dans le cadre d’un bénévolat riche de foi.

Ce rendez-vous traditionnel amène notre regard afin de considérer le don de la vie dans toutes ses expressions et en particulier de soutenir et promouvoir les plus fragiles et sans défense de toutes les manières possibles, en accompagnant, soutenant spirituellement et matériellement, en diffusant la bonne culture et la bonne pensée, par la prière, le témoignage, la recherche, le bénévolat et l’engagement sociopolitique.

La date coïncide avec le triste anniversaire de l’approbation de la déplorable et injuste loi 194, qui a introduit, dans notre pays également, la possibilité de pratiquer l’avortement sous une forme considérée légale, sous l’égide du service sanitaire et aux frais de tous les contribuables, y compris les très nombreuses personnes qui y sont justement opposées.
Il est donc bien juste que le but principal de cette manifestation soit, encore une fois, de dire avec clarté, avec courage et avec une persévérance inlassable, que nous demandons l’abrogation de cette loi inique, rejetant avec force la conviction perverse que tant les individus que l’Etat ont le droit de supprimer la vie humaine. Le respect de la loi naturelle, écrite dans le cœur humain par Dieu, est encore bien vivant dans divers pays du monde alors que d’autres réfléchissent de manière opportune et accomplissent des avancées concrètes afin de récupérer une juste conception de la diffusion dramatique de l’avortement et d’autres agressions contre la vie, devenues désormais des pratiques égoïstes et inhumaines en vue du dépassement de situations lourdes et malheureusement considérées comme des conquêtes de civilisation et comme des droits individuels à reconnaitre et à garantir.

Nous disons, une fois encore, que tout cela est profondément injuste, inhumain et contraire au dessein de Dieu et à Sa loi. Nous n’oublions pas l’image efficace utilisée par le Pape François : « On ne peut pas, cela n’est pas juste « supprimer » un être humain, même s’il est petit, pour résoudre un problème. C’est comme payer un tueur à gages pour résoudre un problème » (Audience générale du 10/10/2018).

Nous le disons afin qu’une parole de vérité illumine les cœurs et les consciences et, comme un bon levain, fasse se lever les personnes de bonne volonté, les institutions et les scientifiques pour qu’ils retrouvent une voie de vénération et de fidélité à la sacralité de la vie humaine.

Nous assistons avec une profonde douleur mais aussi avec une capacité de lecture adaptée, au massacre que les crimes contre la vie produisent au sein de la société humaine, la dévastant et la privant d’espérance et d’avenir.

En particulier la famille, berceau de la vie et lieu naturel de son développement dans la vigueur et sa protection dans la fragilité, est constamment et férocement menacée, abandonnée et manipulée dans sa beauté et sa vitalité originales. Je me demande comment il est possible de parler d’avenir et par suite de natalité, élément essentiel et indispensable de cette perspective, sans dénoncer et rejeter la principale cause de ce qu’il est convenu d’appeler le froid hiver démographique, que nous traversons actuellement ; à savoir la conviction selon laquelle la vie humaine est, d’un côté, considérée comme un bien de consommation ou un droit – presque un caprice – à revendiquer selon son bon plaisir et à tout prix, et de l’autre est offensée, foulée aux pieds et supprimée lorsque, dans une attitude égoïste, mauvaise et myope, elle dérange la prétention absurde à une vie de commodités. Malheureusement, la principale cause de la dénatalité qui éteint et mortifie en particulier le monde occidental est la plaie de l’avortement et ce non seulement à cause des chiffres qui font peur et constituent ceux d’un authentique génocide, mais également à cause de la mentalité qu’il présuppose et, malheureusement, renforce ultérieurement, une mentalité individualiste, hédoniste et privée de perspectives en direction d’un horizon anthropologique authentique et d’un bien commun effectif.

Je désire surtout remarquer combien il n’est pas cohérent, surtout pour des croyants, de croire possible la subversion de l’ordre naturel, écrit dans le cœur de l’homme à la base de son existence et de sa dimension sociale ; le commandement divin « tu ne tueras pas » constitue une instance ne pouvant être supprimée, laquelle ne peut être abrogée ou suspendue ni par la prétendue autodétermination ni par des lois injustes et par suite illégitimes. La désobéissance au commandement de Dieu est malheureusement porteuse d’une série de subversions qui, sous l’aspect mensonger et inadapté des libertés personnelles et des droits individuels, menace l’un des fondements de la coexistence humaine : la famille. Le débat en cours sur le projet de loi Zan en constitue une amère confirmation.

Nous, ainsi que le disait Saint Jean Paul II, nous ne resterons pas spectateurs mais nous nous lèverons : « Nous réagirons donc chaque fois que la vie humaine est menacée. Lorsque le caractère sacré de la vie avant la naissance sera attaqué, nous réagirons pour proclamer que personne n’a le droit de détruire la vie avant la naissance. Lorsque l’enfant sera considéré comme une charge, ou comme un moyen de satisfaire un besoin émotionnel, nous interviendrons pour rappeler que chaque enfant est un don unique et sans pareil de Dieu qui a droit à une famille unie dans l’amour. Lorsque l’institution du mariage sera abandonnée à l’égoïsme humain ou réduit à un accord temporaire et conditionnel qui peut être facilement rompu, nous réagirons pour affirmer l’indissolubilité du lien du mariage. Lorsque la valeur de la famille sera menacée par des pressions sociales et économiques, nous réagirons en affirmant que la famille est « nécessaire non seulement pour le bien privé de chaque personne, mais encore pour le bien commun de chaque société » (Homélie à Washington du 7 octobre 1979).

Je regarde avec affection et confiance ce peuple, dont je me sens partie intégrante, qui, comme ce même Saint Jean Paul II affirmait, dans Evangelium Vitae, « est le peuple de la vie » (cf. EV n. 79) et qui est appelé à se comporter en tant que tel.

En tant qu’Evêque de l’Eglise du Christ, je ressens fortement la responsabilité qui pèse sur les pasteurs : « pénétrés du rôle qu’ils ont à remplir, ils ne prendront jamais la grave responsabilité de trahir la vérité et leur propre mission en exposant des idées personnelles contraires à l’Evangile de la vie que le Magistère redit et interprète fidèlement » (EV n. 82) ; c’est pour cette raison que je suis ici aujourd’hui : pour rendre témoignage, fort d’un courage qui ne vient pas de moi mais du Christ et aussi de vous, peuple de la vie. Véritablement, « [le Seigneur a] un peuple nombreux dans cette ville » (cf. Ac 18, 10).

Je vous exhorte à avoir confiance et courage dans le combat de cette bonne et pacifique bataille. J’ai confiance dans le fait que, nombreux, et toujours plus nombreux, chacun avec ses propres compétences et selon la responsabilité que la vie confie, nous saurons répondre au besoin et au devoir de défendre et de promouvoir la vie, toujours, dans tous les cas et en toutes circonstances.

Nous ne devons pas craindre d’affronter une culture de mort toujours plus forte, d’annoncer les trésors de notre foi et de la saine raison, de lutter également contre les pouvoirs forts par tous les moyens… et pas seulement à voix basse, je vous le rappelle, mais aussi au travers de notre vote. Evangelium Vitae rappelle fortement cette responsabilité et ce droit du citoyen, tout comme elle exhorte les hommes politiques catholiques à ne pas trahir le primat de la conscience et de la vérité de Dieu. C’est ce que réaffirme avec autant de clarté la Note doctrinale concernant certaines questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi datant de 2002 : « ceux qui sont engagés directement dans les instances législatives ont «une obligation précise de s’opposer» à toute loi qui s’avère un «attentat contre la vie humaine » ; ajoutant : « pour tout catholique, il est impossible de participer à des campagnes d’opinion en faveur de telles lois, et il n’est permis à personne de les soutenir par son vote » (n. 4), que ceux qui, tant en Europe qu’au-delà de l’Océan, se livrent à des contorsions pour concilier la foi catholique et le soutien à l’avortement ou à d’autres situations contraires à la loi de Dieu s’y résignent ou plutôt en soient tourmentés de manière salutaire.

Cela peut sembler une bataille inégale et humainement il pourrait sembler qu’il en soit ainsi ; mais n’oublions pas l’histoire de David et de Goliath : « Tu marches contre moi avec épée, lance et cimeterre, mais moi, je marche contre toi au nom de Yahvé Sabaot, le Dieu des troupes d’Israël » (1 Sam 17, 45).

Que nous assiste et nous accompagne la Bienheureuse Vierge Marie et Saint Joseph qui, dociles à la voix de Dieu, se sont embarqués dans la douloureuse et dure voie de l’exil pour soustraire l’Enfant Jésus à la furie homicide d’Hérode. Qu’ils nous enseignent à démasquer toute fausse idée de progrès et de liberté et à comprendre que ceux qui voudraient nous conduire contre la vérité de Dieu ne veut pas notre bien mais plutôt nos biens, notre liberté et notre soumission. L’histoire et le monde sont pleins de personnages comme Hérode, et nous pouvons les regarder avec un regard limpide et serein de ceux qui savent que « non prevalebunt ». Je conclus en vous saluant avec affection et en vous disant, avec les mots de la bénédiction d’un passage du livre de Ben Sirac le sage : « Jusqu’à la mort lutte pour la vérité, le Seigneur Dieu combattra pour toi » (4, 28).