La formule De Maria numquam satis – « On ne dira jamais assez de Marie » –, traditionnellement attribuée à saint Bernard de Clairvaux, n’est pas une exagération rhétorique, mais exprime une vérité profondément enracinée dans la Tradition de l’Église. Le mystère de la Sainte Vierge, en effet, ne peut être séparé de celui de Jésus-Christ et de l’œuvre de la Rédemption. Plus on approfondit la personne et la mission de Marie, plus on comprend l’Incarnation du Verbe, la maternité de l’Église, la communion des saints et la destinée surnaturelle de l’humanité.
Saint Bernard, le Doctor Mellifluus, nourrissait une confiance illimitée dans le patronage de la Mère de Dieu. « Dieu a voulu que nous n’obtenions rien qui ne passe par les mains de Marie », affirmait-il dans l’un de ses sermons (In vigilia Nativitatis Domini, serm. III, 10 : PL 183, 100A). Et, s’adressant à ceux qui se sentent submergés par les tempêtes de la vie, il exhortait : « Si les vents des tentations se lèvent, si tu heurtes les écueils des tribulations, regarde l’étoile, invoque Marie ». Celui qui la suit ne s’égare pas, celui qui l’invoque ne désespère pas, celui qui est soutenu par elle ne tombe pas, et celui qui se laisse guider par elle atteint le but (Homilia II super “Missus est”, n. 17 : PL 183, 70B-D, 71A).
Ces paroles ne concernent pas seulement les épreuves de l’âme individuelle. Elles peuvent également s’appliquer aux tempêtes qui assaillent l’Église et toute la société. Pie XII, dans l’encyclique Doctor Mellifluus du 24 mai 1953, après avoir repris la célèbre invocation de saint Bernard, observait que son époque aussi était menacée par l’affaiblissement de la foi, la corruption des mœurs, les haines et les discordes entre les peuples. Il invitait donc les chrétiens à demander à la Mère de Dieu d’obtenir « les remèdes appropriés » aux maux imminents et d’accorder « une paix sincère, solide et fructueuse à l’Église, aux peuples, aux nations » (Pie XII, Doctor Mellifluus, in Acta Apostolicae Sedis, 45 1953, pp. 369-384).
À plus forte raison, cet appel vaut pour notre époque, caractérisée par une crise religieuse, morale et politique si grave et profonde qu’elle ne laisse entrevoir, sur le plan purement humain, aucune voie de sortie assurée. La crise religieuse a obscurci la foi et affaibli la vie surnaturelle ; la crise morale a bouleversé les principes qui régissent la vie des individus, des familles et des sociétés; la crise politique a usé les institutions et multiplié dans le monde les foyers de guerre. Les solutions proposées par les hommes semblent souvent aggraver les maux qu’elles voudraient guérir, car elles naissent de la même vision du monde qui les a produits.
C’est dans ce contexte que se déroulera à Rome, les 7 et 8 octobre 2026, le colloque international De Maria numquam satis, consacré à La Bienheureuse Vierge Marie dans le dogme et dans le culte. Contributions théologiques et historiques. La rencontre entend honorer la Mère de Dieu par une réflexion qui, précisément parce qu’elle n’est jamais définitivement close, demeure toujours vivante et féconde. Il ne s’agit pas d’opposer la dévotion à la doctrine, mais de montrer leur unité intime : la vraie dévotion naît de la vérité de la foi, tandis que la doctrine, lorsqu’elle est authentiquement vécue, se transforme en prière, en confiance et en amour.
D’une part, l’attention portée aux grands nœuds dogmatiques mariaux aidera à comprendre le fondement théologique du culte rendu à la Bienheureuse Vierge, Mère du Verbe Incarné ; d’autre part, l’étude des formes historiques de la piété mariale montrera comment la foi de l’Église s’est exprimée au fil des siècles, éclairant des aspects toujours nouveaux de l’inesaurible mystère de Marie. Le colloque veut ainsi offrir une contribution au réveil d’un authentique mouvement marial parmi le clergé, les religieux et les fidèles laïcs.
Le colloque sera inauguré le 6 octobre à 18 h 45 par les Vêpres solennelles en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire, célébrées dans la basilique de la Madonna del Rosario (via Cernaia), et présidées par Mgr Anthony Colin Fisher, archevêque de Sydney. Les travaux commenceront le 7 octobre à 9 heures dans l’Aula magna de l’Institut patristique Augustinianum (via Paolo VI 25), avec la conférence introductive du cardinal Raymond Leo Burke.
La première journée sera consacrée au mystère de Marie dans le dogme et dans le Magistère. Le professeur don Manfred Hauke parlera de la Maternité divine et du dogme d’Éphèse ; le père Wojciech Giertych O.P., théologien de la Maison Pontificale, approfondira le primat de l’amour virginal dans l’amour maternel de Marie. Suivront les interventions de don Ľubomír Urbančok sur la contribution de l’École théologique romaine à la définition de l’Immaculée Conception, de don Joseph Hamilton sur l’Assomption et de Mgr Rudolf Michael Schmitz sur la Vierge Marie dans la sphère de l’Incarnation.
La deuxième journée sera dédiée à Marie dans le culte, la dévotion et l’histoire. Interviennent José Antonio Ureta sur la dévotion mariale en Amérique latine, don Claude Barthe sur La Vierge dans l’École française de spiritualité, don Roberto Spataro S.D.B. sur Marie Auxilium Christianorum dans la tradition salésienne et le père Thomas Crean O.P. sur Marie victorieuse de toutes les hérésies dans la tradition dominicaine. Le professeur Roberto de Mattei traitera de la théologie de l’histoire du message de Fatima, tandis que Son Éminence le cardinal Gerhard Ludwig Müller conclura les exposés en parlant de la coopération de la Bienheureuse Vierge à l’œuvre de la Rédemption. À l’issue, se tiendra une table ronde sur Marie aujourd’hui : foi, doctrine et dévotion dans le monde contemporain, avec le père Lawrence Lew O.P., Régis de Lassus et Timothy Tindal-Robertson. Toutes les interventions seront accompagnées d’une traduction simultanée en italien, anglais et français, selon le programme officiel du colloque.
Il n’est pas fortuit que le colloque coïncide avec la fête de Notre-Dame du Rosaire et avec le 455e anniversaire de la bataille de Lépante. Le 7 octobre 1571, alors que la flotte chrétienne affrontait la flotte ottomane dans les eaux grecques, saint Pie V appelait la Chrétienté à réciter le Rosaire. La victoire, humainement tout sauf certaine, fut attribuée à l’intercession de la Vierge. Aujourd’hui encore, dans les heures dramatiques que nous vivons, Marie continue d’être l’étoile qui indique la route et la Mère qui soutient dans l’épreuve. C’est avec cette confiance que le colloque romain se place sous son patronage, faisant siennes les paroles par lesquelles Pie XII concluait l’encyclique Saeculo exeunte octavo : « De Fatima, Notre-Dame du Rosaire, la grande Mère de Dieu qui a vaincu à Lépante, vous assistera de son puissant patronage » (Pie XII, Saeculo exeunte octavo, 13 juin 1940, in Acta Apostolicae Sedis, 32 1940, pp. 249-260).