Le Pays veut s’autodétruire avec l’avortement dans la Constitution

Le Pays veut s’autodétruire avec l’avortement dans la Constitution
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Le 4 mars, l’Assemblée nationale française (les deux chambres réunies) a approuvé à une écrasante majorité (780 pour, 72 contre) l’amendement à la Constitution insérant la «liberté garantie» pour l’avortement. C’est la première fois au monde qu’un pays inscrit le droit à l’avortement dans sa Constitution, car, bien qu’il fasse l’objet d’une législation positive dans plusieurs pays du monde, l’avortement n’avait jamais été explicitement inscrit au sommet de l’ordre juridique.

Le débat sur ce point avait été déclenché en juin 2022, suite à l’annulation de l’arrêt historique Roe v. Wade qui avait libéralisé la pratique de l’avortement aux Etats-Unis en 1973. En effet, le 24 novembre 2022, l’Assemblée nationale française avait déjà approuvé une proposition de loi constitutionnelle visant à modifier l’article 66 de la Constitution, présentée par le député Mathilde Panot. Il s’agit donc d’une levée de boucliers du monde abortif, qui se retranche autour de ce qu’il en reste, comme une armée retranchée dans une forteresse assiégée. On constate tout d’abord que l’avortement a peur de perdre ce qu’il a obtenu après d’âpres luttes où des minorités déterminées ont réussi à façonner des majorités tièdes. De plus, tout le monde a eu la preuve plastique que l’“irréversibilité du processus historique” tant redoutée n’est en réalité qu’un artifice destiné à décourager ceux qui devraient s’y opposer de toutes leurs forces.

Deuxièmement, il s’agit des dernières tentatives pour préserver le statu quo inique que cet artifice a contribué à générer. Le processus révolutionnaire, si bien décrit par le prof. Plinio Corrêa de Oliveira dans son essai Révolution et Contre-révolution, abat ses dernières cartes avant de s’épuiser. Et puisque, comme l’écrit le philosophe, «la quintessence de l’esprit révolutionnaire consiste à haïr par principe et au niveau métaphysique toute inégalité et toute loi, en particulier la loi morale» (Rivoluzione e Contro-rivoluzione, tr. it. Sugarco, Milan 2009, p. 130), la dernière carte est de cristalliser un anti-principe (à savoir que la réalisation d’un mal intrinsèque, tel que l’avortement, est un “droit”, c’est-à-dire un bien) dans la plus haute expression moderne de la loi humaine positive. D’autre part, en ne reconnaissant aucune loi supérieure à celle-ci, pour les révolutionnaires relativistes, cela signifie élever la transgression de l’ordre moral naturel au rang de loi à respecter par tous. Il s’agit d’une véritable anti-loi, mais qui contredit le postulat relativiste et nihiliste, pour lequel il ne devrait pas y avoir de loi du tout. C’est d’ailleurs le sens que Friedrich Nietzsche (1844-1900) attribue à la dernière métamorphose de l’esprit dans Ainsi parlait Zarathoustra: L’enfant, dernière phase de la transfiguration de l’homme, représente l’«au-delà de l’homme», celui qui irait «au-delà» de l’homme chrétien (symbolisé par le chameau) et de l’homme moderne (symbolisé par le lion) dans la mesure où il dépasserait le besoin de vivre selon un principe, une logique. L’homme au-delà de Nietzsche intériorise la “mort de Dieu” à tel point qu’il ne remplace pas sa loi par la sienne, mais va au-delà de toute loi, dans une indétermination absolue du bien et du mal (Così parlò Zarathustra, tr. it. Fratelli Bocca, Roma 1915, première partie, Delle tre metamorfosi, p. 23 et suivantes). D’autre part, le même auteur a osé affirmer que «ce que l’on fait par amour est toujours au-delà du bien et du mal» (Par-delà le bien et le mal, Aphorisme 153, Chapitre IV “Sentences et intermèdes”). Aujourd’hui, nous en arrivons même à la conviction que tuer un innocent dans le ventre de sa mère peut être «un acte d’amour».

Le corps de l’Occident, de cet Occident jadis façonné par la civilisation chrétienne, semble aujourd’hui se traîner, peinant à réagir face à ses agresseurs internes et externes. Cependant, le processus révolutionnaire, s’il est une maladie qui affecte momentanément ce corps, est d’autant plus proche de son échec qu’il est proche de la poursuite de son but : en effet, la maladie ne peut exister que tant qu’il y a un corps à attaquer. Une fois ce corps mort, elle cessera inévitablement d’exister. Saint Denys l’Aréopagite observe avec perspicacité : «Si le désordre était complet, il n’y aurait pas non plus de maladie. La maladie subsiste et existe dans la mesure où elle a pour substance l’ordre minimal et subsiste en lui» (De Divinis Nominibus, IV, 20, 720c).

Si la France, comme l’Occident, ne revient pas sur ses pas, ce qu’elle ne rend pas volontairement par justice à Dieu, elle devra le rendre d’une autre manière : ce mal exige en effet un châtiment qui soit destiné à satisfaire la justice, mais qui soit en même temps un remède. Saint Augustin observait : «Celui qui ne rend pas à Dieu ce qu’il lui doit, le lui rend en subissant ce qu’il lui doit. Il n’y a pas d’autre voie entre les deux […]. La beauté de l’ordre universel est telle qu’elle ne peut tolérer un seul instant d’être souillée par la laideur du péché, sans être rattrapée par la beauté de la vengeance» (Saint Augustin, De libero arbitrio, 3, 44).

Mais la réaction à ce mal peut aussi venir d’hommes de bonne volonté, à condition qu’ils ne visent qu’un bien intégral, sans compromis. Il faut rappeler à tue-tête qu’il ne s’agit pas seulement d’une violation des “droits de l’homme”, mais surtout d’une opposition à la domination souveraine que Dieu seul exerce sur la vie humaine. L’homme ne reçoit pas le droit à la vie de ses parents, ni de la société, mais directement de Dieu, créateur immédiat de l’âme, principe vital du corps. La vie humaine innocente est donc intangible et personne n’a de titre juridique pour en disposer directement. Si l’autorité commande en ce sens, elle ne peut et ne doit pas être obéie. Le Souverain Pontife Pie XII s’est adressé de façon magistrale aux sages-femmes catholiques dans un discours qu’il leur a adressé le 29 octobre 1951 et qui mérite d’être lu dans son intégralité : «Tout être humain, même l’enfant dans le sein de sa mère, tient son droit à la vie immédiatement de Dieu, et non de ses parents, ni d’une société ou d’une autorité humaine. Il n’y a donc aucun homme, aucune autorité humaine, aucune science, aucune “indication” médicale, eugénique, sociale, économique ou morale qui puisse présenter ou donner un titre juridique valable à une disposition délibérée directe sur une vie humaine innocente, c’est-à-dire une disposition qui vise à sa destruction, soit comme fin, soit comme moyen d’atteindre une autre fin, qui en elle-même n’est peut-être en rien illégale». Et de conclure : «la vie d’une personne innocente est intangible, et toute attaque directe ou agression à son encontre constitue une violation de l’une des lois fondamentales, sans laquelle une coexistence humaine sûre n’est pas possible. Il n’est pas nécessaire de vous enseigner en détail le sens et la portée, dans votre profession, de cette loi fondamentale. Mais n’oubliez pas : au-dessus de toute loi humaine, au-dessus de toute “indication”, se trouve, indéfectible, la loi de Dieu».

Gardons précieusement et méditons ces paroles, fruits d’une profonde sagesse. Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons espérer un retour aux principes de la civilisation chrétienne qui ont fait la grandeur de l’Occident.

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