Le monde ne nous aide en rien à nous rapprocher de la dimension surnaturelle; au contraire, sa tendance est de nous montrer non seulement tout ce qui est immanence, mais même de nous entraîner vers des passions et des vices qui dégradent notre nature, d’autant plus que le Roi de l’Univers l’a dit : le prince de ce monde est Satan. Malheureusement, même de nombreux pasteurs de l’Église, en plus d’être eux-mêmes trop absorbés par les choses du monde, n’aident pas les fidèles à lever les yeux vers le haut, une indication que le calendrier nous rappelle pourtant chaque jour, à travers ses Saints, ses Anges, et la Reine des Anges et des Saints.
Le 2 octobre, la Sainte Mère Église célèbre une fête très importante, celle des Anges gardiens. En effet, le Créateur, dans sa bonté infinie, a assigné à chacun un compagnon bon, fidèle, vigilant et attentionné pour nous accompagner tout au long du chemin de la vie. Saint Augustin a écrit : « Les esprits immortels et bienheureux, qui habitent les demeures des cieux et jouissent de la participation à leur Créateur – ils sont fermes dans Son éternité, certains dans Sa vérité, sauvés par Ses dons – aiment avec une grande miséricorde nous autres, mortels et misérables, désirant que nous devenions bienheureux et immortels ; cependant, ils ne veulent pas, et à juste titre, que nous leur vouions un culte, mais seulement à celui pour qui ils savent que nous et eux-mêmes vouons un culte » (La Cité de Dieu, 10, 7).
Beaucoup de saints ont vu leur Ange gardien, par exemple Padre Pio, qui parlait et conversait avec lui, priait et louait Dieu avec lui ; mais ce n’est pas tout, il dialoguait aussi avec les Anges gardiens de ses enfants spirituels. « L’ange gardien est notre ami le plus sincère et sûr, tant que nous ne le blessons pas par notre mauvaise conduite », disait ainsi le saint mystique de Pietrelcina. Dans ses nombreuses et terribles luttes contre les attaques démoniaques, une figure lumineuse était toujours à ses côtés pour lui donner courage, force et vigueur. Dès son enfance, alors qu’il s’appelait encore Francesco, il voyait son Ange et la Sainte Vierge, convaincu que ces rencontres célestes étaient communes à tous.
Fra’ Pio Maria da Verona rapporte, dans un article publié dans “Il Settimanale di Padre Pio” (n° 36, 28 septembre 2025), une lettre que le saint capucin écrivit en 1915 à Raffaelina Cerase, une de ses premières filles spirituelles : « À nos côtés se trouve un esprit céleste qui, du berceau à la tombe, ne nous abandonne jamais un instant, qui nous guide, nous protège comme un ami, comme un frère, et qui nous console toujours, surtout dans les heures qui sont pour nous les plus tristes. Sachez que ce bon Ange prie pour vous : il offre à Dieu toutes les bonnes œuvres que vous accomplissez, vos désirs les plus saints et purs. Dans les heures où vous vous sentez seule et abandonnée, n’oubliez pas ce compagnon invisible toujours présent pour vous écouter, toujours prêt à vous consoler. Ô délicieuse intimité ! Ô heureuse compagnie ! »
Ce fut le pape Clément X, en 1670, qui institua la fête des Anges gardiens, la fixant le 2 octobre. L’existence des Anges bienfaisants et malfaisants, présents depuis l’Ancien Testament, est un dogme de foi défini par l’Église au IVe Concile de Latran (1215) et au Concile Vatican I (1869-70). Les Pères de l’Église et les théologiens reconnus ont formulé et approfondi des considérations et enseignements concernant leur création, leur spiritualité, leur action, leur intelligence et leur volonté.
Dans le Catéchisme de la Doctrine chrétienne de saint Pie X, il est dit que « les anges sont les ministres invisibles de Dieu, et aussi nos Gardiens, Dieu ayant confié chaque homme à l’un d’eux ». Le mot « ange », du latin angelus, issu du grec ἄγγελος, signifie messager, envoyé, serviteur, exprimant ainsi la fonction des Anges et non leur nature, comme l’a démontré saint Augustin (cf. Discours 7, Le buisson ardent ne se consumait pas, discours prononcé lors du jeûne de quinquagésime).
L’Ange gardien, protecteur de l’âme et du corps, ne nous quitte jamais, ni le jour ni la nuit, il est toujours à nos côtés. Si nous sommes bien disposés, il nous éclaire, nous pousse vers de bonnes intentions et sentiments ; en même temps, il nous protège des tentations et des dangers moraux ou matériels. Nous devons beaucoup à notre Ange et il faut lui témoigner une profonde reconnaissance pour l’aide qu’il nous apporte dans nos besoins terrestres et pour son assistance en vue du salut éternel. Saint François de Sales affirmait : « Les bons anges désirent notre bien et ne dédaignent pas de nous assister. Nos bons anges nous donnent la force et le courage de pratiquer la vertu. Tendez la main au bon ange pour qu’il vous conduise au ciel ».
La mystique sainte Thérèse d’Avila raconte dans ses mémoires qu’un ange lui a transpercé le cœur d’un dard doré à la pointe embrasée, la plongeant dans un amour infini pour Dieu. Saint Philippe Néri avait une relation très spéciale avec son Ange gardien : une fois, il fut soulevé pour éviter qu’une calèche ne le fauche dans une ruelle de Rome. Une autre fois, son Ange lui apparut sous la forme d’un pauvre demandant l’aumône ; le saint était prêt à lui donner tout le peu qu’il avait, mais l’Ange lui répondit alors qu’il voulait seulement voir ce dont il était capable, et disparut.
Saint Louis de Gonzague avait une grande dévotion pour son Ange gardien, qu’il priait avec l’Angele Dei au moins trois fois par jour. De même, Dominique Savio a eu l’expérience concrète de la présence de son Ange. Saint François d’Assise reçut les stigmates d’un Séraphin aux six ailes enflammées et les Anges se manifestaient dans l’église de la Porziuncola, puis le réconfortèrent par leur chant lors de sa maladie. Saint Jean Bosco, quant à lui, eut un Ange gardien qui le protégea et veilla sur lui sous une forme très particulière : pour le défendre et le sauver des embuscades des Vaudois et des francs-maçons, un chien apparaissait mystérieusement toujours au bon moment. Don Bosco l’appelait « le Gris » et avoua ironiquement à propos de cet exceptionnel garde du corps: « Dire que c’était un ange ferait rire. Mais on ne peut pas non plus dire que c’était un chien comme les autres ». Le Gris, venu de nulle part et disparaissant on ne sait où, ne prenait jamais de nourriture ni d’eau, et réapparut 32 ans après la première fois, aussi jeune qu’alors ; des témoins l’ont même vu en 1959.
Voici le témoignage laissé par Renato Celato (1923-2020), chauffeur de quatre Recteurs majeurs salésiens (cf. Don Bruno Ferrero, https://www.infoans.org/sezioni/interviste/item/530-rmg-ho-accarezzato-il-grigio-incontro-con-il-signor-renato-celato) : « J’ai pu voir, toucher, caresser ce chien mystérieux. C’était le 5 ou 6 mai 1959 […]. Nous revenions de Rome avec l’urne de don Bosco. L’urne était restée plusieurs jours à Rome, honorée notamment par le pape Jean XXIII. En même temps à Rome se trouvait aussi l’urne avec les restes de saint Pie X. L’urne de don Bosco resta deux jours à Saint-Pierre […]. Nous sommes partis de Rome en fin d’après-midi ; il commençait à faire nuit. Nous devions arriver à La Spezia à quatre heures du matin, mais nous étions fatigués, et don Giraudi nous conseilla de faire une pause de quelques heures à Livourne chez les Salésiens. Nous arrivâmes à La Spezia vers sept heures, au lieu de quatre. Le sacristain Bodrato avait ouvert les portes de l’église à quatre heures et demie et avait vu ce chien couché devant la porte, auquel il donna un coup de pied pour le chasser. Sans réagir, le chien se retira à l’écart et attendit l’arrivée de l’urne.
À notre arrivée, nous avons porté l’urne à l’église et l’avons posée sur un banc d’atelier ; le chien nous a suivis et s’est accroupi sous l’urne. Personne n’a fait attention à lui au début. Puis, quand les gens commencèrent à arriver et que les messes et les offices débutèrent, le directeur s’inquiéta et dit aux carabiniers: « Faites partir cette bête qui est sous l’urne ! » Mais ils n’y réussirent pas. Le chien grinçait des dents et semblait en colère. Il resta là jusqu’à midi. À ce moment, l’église fut fermée. Le chien sortit et commença à rôder parmi les jeunes dans la cour. Ceux-ci, naturellement heureux de le voir parmi eux, le caressaient et lui tiraient la queue. Je me joignis à eux.
Nous sommes allés déjeuner. Il y avait l’inspecteur, tous les directeurs de l’inspection, les novices et les confrères qui avaient réussi à entrer. La salle à manger était à l’étage du dessus. Pendant le repas, nous vîmes ce chien pousser tranquillement la porte avec ses pattes avant et entrer. Il se mit à errer entre les tables. Don Puddu, secrétaire du Conseil Supérieur, lui donna un coup de pied, mais le chien ne broncha pas et continua sa promenade. On lui offrit du pain, du jambon, du saucisson. Il reniflait en signe d’approbation, mais ne toucha à rien. Il resta là pendant tout le repas. Peu avant la prière finale, il ouvrit de nouveau la porte tout seul et sortit.
Vers quatorze heures, nous sommes retournés à l’église pour partir, car le voyage était encore long. Le chien était de nouveau couché sous l’urne. Comment avait-il fait pour entrer ? Les portes de l’église étaient verrouillées, comme on peut l’imaginer.
Nous avons chargé l’urne très lourde sur la camionnette, et le chien était encore là parmi nous. J’ai conservé une photo de ce moment dans les archives. Nous sommes partis pour Gênes Sampierdarena, en passant par le col du Turchino. À l’époque, il n’y avait pas d’autoroute. Don Giraudi, qui était dans la voiture avec moi, me disait de temps à autre : « Fais attention, regarde si le chien est là ! » Il était là, toujours derrière notre camionnette, même en ville. Je l’ai vu jusqu’au troisième virage de la montée, puis il disparut ».
Pourquoi ne pas parler dans nos maisons, dans nos paroisses, aux enfants comme aux adultes de ces réalités spirituelles qui font partie de la sève de notre religion et qui seraient certainement accueillies par beaucoup d’âmes assoiffées de choses divines, désormais fatiguées, ennuyées et saturées par le monde laïque et athée ? Peut-être taisons-nous cela par honte, ou encore par incrédulité coupable?