L’Université d’Été de la Fondazione Lepanto, qui en est à sa dixième édition, s’est tenue à Subiaco (Italie) du 17 au 20 juillet 2025. Les conférences ont porté sur un thème ambitieux : Le monde à un tournant. Questions religieuses, politiques et morales à l’époque de Léon XIV.
Les travaux ont débuté le jeudi après-midi par une brève introduction du président de la Fondation et directeur de l’Université d’Été, Roberto de Mattei. La première séance a été marquée par une conférence, théologiquement dense, du père Alessandro Maria Apollonio, mariologue, sur le sujet de la Corédemption de Marie. Le théologien franciscain a brièvement démontré comment ce titre, tout en présentant des difficultés d’interprétation – comme ce fut le cas pour tous les titres de la Vierge Marie par le passé –, s’inscrit dans la tradition de l’Église et dans le Magistère des papes, au moins jusqu’à Benoît XV.
Vendredi, les travaux ont débuté par la conférence de Marco Rota, expert en géopolitique et conseiller stratégique, qui a dressé un panorama de la scène internationale contemporaine. L’ordre mondial actuel est très instable depuis au moins trente ans, essentiellement en raison de trois causes majeures : (a) l’essor de la Chine, qui vise à supplanter l’Amérique comme leader au niveau mondial ; (b) l’effondrement partiel du modèle américain du XXe siècle ; (c) l’émergence de l’Union Européenne et sa crise rapide. Cela a conduit à une guerre froide planétaire, qui n’est pas seulement militaire, mais aussi économique, commerciale et financière. Les médias couvrent largement les conflits russo-ukrainien et israélo-palestinien, mais se taisent sur la portée immense du conflit sous-jacent entre la Chine et les États-Unis, notamment au niveau des services secrets, qui utilisent des stratégies cognitives visant à façonner l’opinion publique.
Dans la deuxième séance de la matinée, M. José Antonio Ureta, directeur de la TFP-France et président d’Avenir de la Culture, a prononcé une conférence autour du rôle de l’Occident dans la géopolitique catholique. Après avoir illustré les origines du terme « géopolitique » comme discipline scientifique combinant aspects géographiques, politiques et sociaux, il a analysé différents courants géopolitiques fondés sur un déterminisme pragmatique et darwinien qui considère les relations entre États comme un conflit perpétuel pour la domination et l’adaptation. À cette vision s’oppose celle de l’Église, dont la vision eschatologique et missionnaire de la géopolitique a pour but ultime le salut des âmes et la gloire de Dieu.
Les deux séances de l’après-midi ont été consacrées à l’Intelligence Artificielle (IA), avec les conférences de l’abbé Lubomír Urbančok, de l’archidiocèse de Trnava, et du professeur Lorenzo Gasperini. L’IA est un domaine d’étude et de recherche actif depuis des décennies, désormais bien connu du grand public grâce au « célèbre » chatbot ChatGPT.
L’abbé Urbančok a exposé quelques lignes directrices morales et philosophiques pour aborder le problème relatif à la programmation et à l’utilisation de l’intelligence artificielle, rappelant entre autres que le pape Léon XIV a placé cette question au cœur de son pontificat, la considérant comme la « nouvelle question sociale » de notre temps, à l’instar de ce que Léon XIII a fait avec la révolution industrielle au XIXe siècle. L’une des menaces potentielles de l’intelligence artificielle, en particulier dans son acception « forte », réside dans sa prétention à égaler, voire à dépasser, l’intelligence humaine, avec l’objectif utopique transhumaniste et posthumaniste de rendre l’homme comme Dieu, voire de le remplacer dans des contextes sociaux de plus en plus vastes.
Le professeur Gasperini, quant à lui, s’est concentré sur des aspects plus politiques et sociaux, exprimant son inquiétude quant à l’impact de l’IA sur le monde du travail et soulignant le risque que de telles technologies menacent la dignité du travail humain, poussant les entreprises à remplacer les travailleurs par des machines et des algorithmes. Selon Gasperini, il serait judicieux que le législateur, à la lumière de la raison naturelle, freine de manière adéquate les excès que cet outil pourrait présenter, en prenant également en compte le rôle éducatif de l’Église.
La matinée du samedi a été consacrée comme d’habitude aux visites du sanctuaire du Sacro Speco et du monastère de Sainte Scholastique. La séance de l’après-midi a débuté par une présentation du professeur Roberto de Mattei sur Léon XIV, mettant l’accent sur la primauté de Pierre et sur l’importance de l’infaillibilité pontificale, compte tenu de la triste convergence, de plus en plus actuelle, entre progressistes et traditionalistes sur l’anti-infaillibilité. D’après certains, en effet, l’autorité du pape devrait être réduite, en tant que source d’une dérive dictatoriale de la papauté. Cette tentation doit être rejetée, car l’Église a connu ses pires moments – caractérisés par la propagation des schismes et des hérésies – précisément lorsque la papauté a été faible, tandis que ses périodes de renaissance se sont réalisées précisément sous des papautés fortes.
Le professeur Corrado Gnerre, apologiste éminent dans le panorama catholique et directeur du Cammino dei Tre Sentieri, a tenu une conférence éclairante sur l’œuvre de la Révolution, ou de l’anti-Providence, qui vise à détruire quatre concepts clés de la culture catholique : la réalité, le temps, l’histoire et la beauté. À l’aide d’images représentatives, le professeur a ensuite illustré comment il est possible de reconstruire ce qui a été détruit par la Révolution, grâce aux enseignements lumineux de saint Augustin.
Les travaux se sont conclus par une conférence du professeur Roberto de Mattei qui, s’appuyant sur les enseignements de Plinio Corrêa de Oliveira dans son ouvrage Révolution et Contre-Révolution et sur le message de Fatima, a décrit les causes et les différentes étapes du processus révolutionnaire ayant conduit à la crise morale et spirituelle de notre époque. Il a notamment illustré la différence entre une position traditionaliste et une position contre-révolutionnaire. Le président de la Fondazione Lepanto a aussi insisté sur l’importance du militantisme catholique, proposant le modèle de Baudouin IV, le « roi lépreux », qui, malgré sa terrible maladie, vainquit les musulmans lors de la bataille de Montgisard le 25 novembre 1177, grâce à son courage et à son esprit surnaturel.
En conclusion, l’abbé de Subiaco, dom Mauro Meacci, a salué les participants, rappelant l’importance de la fidélité au Pontife romain et exprimant ses espoirs pour le pontificat de Léon XIV, qui vient de commencer.