Méditation sur la nuit de Noël

Méditation sur la nuit de Noël
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En souhaitant à tous nos lectuers un joyeux et saint Noël, nous leur proposons une très belle méditation du père oratorien britannique, Frederick William Faber (1814-1863), tirée de son livre Bethléem.

 

Le crépuscule s’obscurcit. Marie et Joseph descendent la colline. Ils trouvent la Grotte, une grotte qui sert d’étable, une sorte d’enfoncemeut avec un appendice antérieur, si fréquent dans ces contrées, qui procure tout à la fois de la place et de la fraîcheur. L’Arabe bâtit de préférence en avant d’une grotte, parce que la moitié de sa demeure se trouve ainsi bâtie pour lui dès le commencement. La caverne semble attirer Marie et Joseph comme un charme. Les âmes sont attirées bien étrangement vers des choses et vers des lieux bien étranges, lorsqu’une fois elles sont emportées par le tourbillon d’une vocation divine. Il y a au-dessus de Joseph et de Marie les lumières, les chauts et la musique du village rempli de multitudes : car ces gens ont changé en une fête l’obligation civile qui les y a amenés en un nombre si peu ordinaire. Au-dessous de cette rue joyeuse, un pauvre couple de Nazareth a cherché un refuge avec le bœuf et l’âne dans rétable.

Que va-t-il arriver ? Nous devons le décrire différemment, selon les points de vue où nous nous placerons pour le considérer. Les Anges diraient que quelques-uns des décrets éternels de Dieu étaient à la veille de s’accomplir de la manière la plus belle et la plus divine, et que le Roi invisible était sur le point d’apparaître et de prendre visiblement possession d’un Royaume qui n’était rien moins que l’univers, avec la pompe et l’appareil que recherchent de préférence les magnifiques natures angéliques. Le magistrat qui siégeait à Bethléem dirait que, à l’époque du recensement, un enfant pauvre avait été ajouté à la population par un couple sans asile qui était venu de Nazareth, notant peut-être que les deux époux étaient de bonne famille, mais qu’ils étaient tombés dans la pauvreté. Telle serait la manière dont le monde enregistrerait la venue de son Créateur. Le monde est conséquent, mais il n’est pas possible de l’instruire. L’expérience ne lui a rien enseigné. Aujourd’hui encore, il l’enregistre de la même manière. Arrêtons-nous sur le penchant de la colline. Considérons la nuit qui s’épaissit, et pensons à la vaste surface de la terre qui s’étend aux environs et bien loin de ce sanctuaire nouveau et obscur que Dieu va sanctifier au moyen d’une consécration aussi authentique.

De quelque côté que nous tournions les regards, vers Rome, vers la Grèce, vers le Judaïsme, vers la Chine ou vers les Barbares, partout l’aspect est le même. Partout il y a une indifférence effrayante par rapport aux choses de Dieu, partout il y a la plus complète ignorance de sa prochaine arrivée, et personne ne se doute qu’il est si près de réaliser sa merveilleuse intervention dans le monde. Chacune des heures de cette nuit était chargée par les hommes d’un énorme fardeau de malice et de péché. À mesure que les grains de sable tombaient dans le sablier ou que les gouttes d’eau traversaient la clepsydre, les nations de la terre comblaient la mesure d’iniquité. C’est ce que la vertu du cœur de Marie Immaculée peut seule arrêter précipitamment parce qu’elle a mérité que le moment de l’Incar­nation fût devancé. Peut-être le petit nombre des élus, le petit nombre caché, ceux que Siméon et Anne représentent, éprouvent-ils dans leurs prières de douces perturbations auxquelles ils ne sont pas habitués, ces perturbations divines qui affermissent d’une manière si étrange la paix intérieure. C’est ainsi souvent que les serviteurs de Dieu reconnaissent à quel moment il doit venir, et de quel côté il viendra. D’ailleurs, c’est dans leurs prières que les Saints approchent le plus de la vue des opérations secrètes de Dieu. Il leur inspire de prier pour la manifestation de ces choses qu’il est lui-même sur le point de révéler.

Il n’est pas d’homme peut-être qui, dans une fervente ‘prière, ne soit plus inspiré qu’il ne le pense. S’il nous était jamais donné de voir le cœur des Saints, c’est tout ce qui pourrait nous être accordé de plus puissant, en dehors de la Vision béatifique, pour nous approcher de la vue de Dieu invisible. Ainsi, sans doute, pendant cette nuit, quelques images des mystères de Bethléem venaient se réfléter sur quelques âmes choisies ; et ces âmes ne connaissaient pas la signification de la Beauté céleste qui les attirait et qui donnait une nouvelle force à leur vie intérieure. Cependant la vie et la mort allaient, continuant leur cours, comme d’habitude, et les âmes qui quittaient cette terre étaient, comme d’habitude, jugées par l’Enfant encore dans le sein de sa mère.

Mais il y a un trait de la scène que nous ne devons pas omettre. C’est l’ordre et le calme des éléments, et leur aspect qui n’a pas cessé uu seul instant d’être le même. Il convenait à Dieu qu’il en fût ainsi. Le souffle de la nuit s’élevait parmi les collines comme il s’était toujours élevé. Les étoiles apparaissaient à leurs places, l’une après l’autre et à commencer par les plus brillantes, à mesure que l’obscurité de la nuit augmentait. Les traits du paysage portaient la même physionomie que d’habitude dans la confusion de la nuit si calme et si silencieuse. Il y avait, sur la face de la nature, un air d’indifférence, d’égoïsme, de manque de sympathie, qui était bien peu en harmonie avec l’attente de la création et la venue si prochaine du Créateur.

Toute la scène paraissait indifférente. Il semblait que la nature se tenait de côté, qu’elle laissait Dieu passer, qu’elle ne donnait aucun signe d’obéissance, et qu’elle n’avait aucun rapport avec ce qui s’accomplissait ; il semblait qu’elle faisait un monde à part, un monde qui ne prenait aucun intérêt au monde de l’intelligence et de la volonté. N’avons-nous jamais éprouvé rien de pareil dans la vie? Lorsqu’un ami est mort pendant la nuit, peut-être il nous est arrivé d’ouvrir la fenêtre et de regarder au dehors dans l’obscurité. Notre cœur est plein. Il semble que tous les cœurs des hommes sont concentrés dans le nôtre. Nous nous imaginons en quelque sorte réunir en nous même, et dans notre douleur nouvelle, tous les intérêts de l’univers. Nos regards se dirigent au dehors vers la terre, comme si son silence allait répondre à ce que nous éprouvons. Mais le brillant éclat de la lune se joue de notre affliction ; le vent de la nuit fait entendre ses gémissements qui ne sont pas sans charme, et les oiseaux s’agitent sur leurs branches. Qui ne les a pas vus ainsi à la pâle clarté de la lune ? Tout est comme d’habitude. Les traits de la nature sont sans expression. Il n’y a là évidemment aucune sympathie pour nos douleurs, nos craintes, nos espérances ou nos regrets. Nous regardons la nature ; mais sa face muette, pâle, sans réponse, nous force à nous rejeter vers Dieu. Il est heureux pour nous qu’il en soit ainsi; cependant ce n’est pas sans nous faire ressentir un froissement auquel nous ne nous attendions pas.

Il y eut un tremblement de terre sur le Calvaire; mais, dans la froide nuit de Bethléem, tout est tranquille, silencieux, indifférent, uniforme. La terre se montre inanimée, quoique pleine d’expression, et cette apathie est pénible à considérer. Ce n’est pas l’aspect de la mort : car il y a une foule de manifestations muettes. C’est comme une belle figure, privée de l’intelligence qui l’anîmait. Ce n’est même pas la beauté inanimée du marbre sculpté : c’est une sorte de beauté stupide, qui oppresse le cœur   de celui qui la regarde. Pour moi, il y a quelque chose de tout à fait imposant dans la marche silencieuse des étoiles au-dessus de Bethléem pendant cette nuit…..

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