Sainteté, quelles sont les causes de la crise de la Liturgie?

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Aucune position n’est prise depuis les Sacrés Palais suite aux profanations et aux blasphèmes qui sont commis continuellement au sein de la société, par exemple au cours des «Gay Pride» ou dans le cadre de «l’art» contemporain, qui déverse sans retenue des outrages contre la religion catholique. Toutefois les injures contre la Foi sont perpétrées, désormais comme si de rien n’était, jusqu’à l’intérieur des églises, avec la bénédiction des Curés, semblant comme aveuglés par la vague anti-liturgique. Voilà donc des Hosties consacrées données et prises en l’absence de la sacralité et de l’attention qui Leur sont dues, des chants absolument éloignés de toute piété chrétienne, des actes contre la charité divine, des mariées peu et mal vêtues, des mariés portant des costumes et des tatouages excentriques et hédonistes, des invités à des premières communions, des confirmations, des mariages ou des obsèques ne se rendant même pas compte de ne pas se rendre au stade pour un concert rock, mais à l’église, des chiens qui portent à l’autel les alliances des mariés faisant par ailleurs l’objet de vidéos viraux sur youtube…. Désormais il n’y a plus aucun frein aux blasphèmes et, dans le même temps, au ridicule et aux clowneries dignes du Guiness des records.

Malgré ces événements nombreux et impressionnants qui endommagent et blessent l’Eglise, le Pape François, au lieu d’être clair et de mettre un peu d’ordre au travers des moyens d’une Tradition bimillénaire, montre encore du doigt les fidèles de la Sainte Messe apostolique, suivant l’Antique Rit romain. Il l’a fait le jour de la Solennité des Saints Pierre et Paul, le 29 juin dernier, au travers de la Lettre apostolique Desiderio desideravi «sur la formation liturgique du Peuple de Dieu» adressée aux Evêques, aux prêtres, aux diacres, aux personnes consacrées et aux fidèles.

Le Souverain Pontife débute son écrit par ces mots: «Très chers frères et sœurs, par cette lettre, je désire vous rejoindre tous – après avoir déjà écrit uniquement aux évêques après la publication du Motu Proprio Traditionis custodes [du 16  juillet de l’an dernier NDT] – et je vous écris pour partager avec vous quelques réflexions sur la liturgie, dimension fondamentale pour la vie de l’Église. Le sujet est vaste et mérite d’être examiné attentivement sous tous ses aspects. Toutefois, dans cette lettre, je n’ai pas l’intention de traiter la question de manière exhaustive. Je souhaite plutôt offrir quelques pistes de réflexion qui puissent aider à la contemplation de la beauté et de la vérité de la célébration chrétienne».

Oui, la Liturgie est véritablement la dimension fondamentale pour la vie de l’Eglise, sans quoi cette dernière n’aurait pas même de raison d’être. C’est autour de l’Autel que s’est constitué le Christianisme, que se sont construites les catacombes, les églises, les Paroisses, les monastères, les abbayes et les Cathédrales. Cependant, sur les millions d’autels de l’espace géographique et du temps, a toujours eu lieu un véritable sacrifice (sans effusion de sang) accompli par Dieu au travers des formules et des mains des pretres, Ses ministres. Il ne s’est jamais célébré, comme le prétendent les hérétiques protestants, une simple et virtuelle mémoire, un acte qui offense, dénature et élimine l’essence tant du Saint Sacrifice que du sacerdoce ministériel. A la lumière de ces vérités sis dans les Saints Mystères, les réflexions du Pape paraissent alarmantes. «Si nous n’avions pas eu la dernière Cène, c’est-à-dire si nous n’avions pas eu l’anticipation rituelle de sa mort, nous n’aurions jamais pu saisir comment l’exécution de sa condamnation à mort a pu être l’acte de culte parfait, agréable au Père, le seul véritable acte de culte. Quelques heures seulement après la Cène, les Apôtres auraient pu voir dans la croix de Jésus, s’ils avaient pu en supporter le poids, ce que signifiait : “corps offert”, “sang versé”. C’est de cela que nous faisons mémoire dans chaque Eucharistie».

Chaque Messe constitue un véritable acte de culte dans la mesure où elle ramène le corps et le sang du Christ parmi les hommes et ne peut être une banale et séculière “mémoire” dans la mesure où la mémoire est un acte passif et non actif, un acte humain et non miraculeux comme la Transubstantiation, un terme décisif mais qui n’est jamais cité, ni dans le motu proprio Traditionis custodes, ni dans la Lettre apostolique Desiderio desideravi.

Au lieu de mettre devant la Catholicité l’évidence des faits et des fruits que le Novus Ordo, avec toutes ses erreurs dérivant d’une exigence oecuménique utopique et lésive, modifiant l’ordre des facteurs de manière théologique et factuel comme désormais beaucoup le savent, le Concile Vatican II est une nouvelle fois canonisé, alors qu’il a porté dans l’Eglise le règne de l’incertitude, ainsi que le dénonça tragiquement Paul VI le 29 juin voici exactement un demi-siècle, lorsqu’il affirmait: «par quelques fissures la fumée de Satan  est entrée dans le temple de Dieu. Il existe le doute, l’incertitude, la problématique, l’inquiétude, l’insatisfaction, la confrontation. On ne fait plus confiance à l’Eglise mais au premier prophète profane qui vient nous parler à partir de quelque journal ou dans le cadre de quelque mouvement social, lui courant après et lui demandant s’il a la formule de la vraie vie», alors même que l’Eglise est la seule dépositaire de la vraie Vie et, par ailleurs, on «croyait qu’après le Concile serait venue une journée de soleil pour l’Histoire de l’Eglise. Est venue en revanche une journée nuageuse, de tempête, de noir, de recherche, d’incertitude, Nous prêchons l’œcuménisme et nous nous détachons toujours plus les uns des autres. Nous cherchons à creuser des abysses au lieu de les combler». Cependant, déjà trois ans après la cloture du Concile, Paul VI parla «d’autodémolition» de l’Eglise arrivée aujourd’hui à un stade impressionnant suite à l’ignorance qui s’est créée et à cause des erreurs propagées dans le cadre d’une évangélisation et d’un missionnariat qui ne sont plus conformes à ce que Jésus a ordonné à Ses Apôtres. 

Citant Romano Guardini (rappelons que l’oeuvre la plus importante de cet auteur, L’esprit de la Liturgie, datant de 1918, est devenue une pierre millaire du Mouvement liturgique apparu en Europe au cours de la première moitié du XXe siècle et qu’elle influença la réforme liturgique voulue par le Concile Vatican II), le Pape François invite à la formation liturgique dans une optique chrétienne et anthropocentrique: «Il est nécessaire de trouver les modalités d’une formation à l’étude de la Liturgie. Depuis le début du mouvement liturgique, beaucoup a été fait à cet égard, avec de précieuses contributions de la part de chercheurs et d’institutions académiques. Néanmoins, il est important aujourd’hui de diffuser cette connaissance au-delà du milieu universitaire, de manière accessible, afin que chaque fidèle puisse grandir dans la connaissance du sens théologique de la Liturgie. C’est la question décisive, qui fonde tout type de compréhension et toute pratique liturgique. Elle fonde également la célébration elle-même, en aidant tous et chacun à acquérir la capacité de comprendre les textes euchologiques, les dynamiques rituelles et leur signification anthropologique». Cependant la nouvelle liturgie, provenant d’un mouvement intoxiqué par le libéralisme et par suite par le relativisme, ne pourra jamais produire de bons effets, comme le démontrent plus de 50 ans d’expérience en ce sens. Au contraire, le Novus Ordo a fait et continue à faire des victimes, qualitativement et quantitativement, en abondance surtout parmi les jeunes générations.

L’actuosa participatio (participation active) des fidèles à la Liturgie telle qu’elle est entendue dans le Novus Ordo, ne correspond pas à l’adhésion spirituelle à la Sainte Messe du Vetus Ordo. Il s’agit d’une participation collective et non pas de chaque âme, laquelle en vérité est appelée à assister au Miracle eucharistique avec la concentration et la sacralité dues dans la mesure où elle se trouve réellement face à l’Agneau immolé et qu’elle peut réellement se nourrir de Lui, naturellement seulement si elle est en état de grâce. Nous trouvons dès lors dans la Lettre du Pape un critère correct lorsqu’il affirme, sur les traces de Saint Léon le Grand, «la pleine mesure de notre formation est notre conformation au Christ. Je le répète: il ne s’agit pas d’un processus mental abstrait, mais de devenir Lui. C’est dans ce but qu’est donné l’Esprit, dont l’action est toujours et uniquement de façonner le Corps du Christ. Il en est ainsi du pain eucharistique, et de chacun des baptisés appelés à devenir toujours plus ce qui a été reçu comme don au Baptême, à savoir être membre du Corps du Christ. Léon le Grand écrit: “Notre participation au Corps et au Sang du Christ n’a d’autre fin que de nous faire devenir ce que nous mangeons” (Sermo XII: De Passione III,7)». Sont ainsi réunis Saint Léon le Grand et Romano Guardini, créant des balancements entre concepts traditionnellement inattaquables et enseignements contradictoires, allant jusqu’à déclarer: «La tâche n’est pas facile car l’homme moderne est devenu analphabète, il ne sait plus lire les symboles, il en soupçonne à peine l’existence».

Malheureusement la responsabilité de l’analphabétisme est seulement des Pasteurs, une grande partie desquels a choisi la révolution ecclésiale pour embrasser le monde, mettant dans les cordes la Lex orandi, Lex credendi de l’Eglise, roche sur laquelle l’Epouse du Christ se fonde. Changer la Messe – tournant le dos à Dieu, éliminant des passages et des gestes essentiels de la divine Liturgie jamais touchés jusqu’en 1969, en célébrant l’Assemblée au lieu du Crucifix, mettant dans la «réserve eucharistique» la Divine Hostie, concélébrant avec plusieurs pretres… – a constitué un acte humain et non divin. Pourtant on continue à ne pas prendre en considération le cœur du problème, mais il «s’agit plutôt de retrouver la capacité d’utiliser et de comprendre les symboles de la liturgie. Nous ne devons pas perdre espoir car cette dimension (…) malgré les méfaits du matérialisme et du spiritualisme – tous deux négateurs de l’unité de l’âme et du corps – elle est toujours prête à resurgir, comme toute vérité». Il en est proprement ainsi, Saint Père: chaque vérité est toujours destinée à émerger: les églises en effet se vident et les personnes qui y entrent le font souvent avec des attitudes que nous avons rapporté au début de cet article.

«La question que je veux poser est la suivante: comment pouvons-nous redevenir capables de symboles?». Eh bien, certainement pas au travers d’un rite fondé sur des compromis œcuméniques, établis autour d’une table en compagnie de représentants du protestantisme comme cela eut lieu avec la révolution liturgique de 1969. Tant la formation liturgique que les symboles, éléments sur lesquels le Pape insiste le plus dans ce document, constituent des éléments qui se fondent sur le rit et lorsque ce dernier est en crise, comme le Souverain Pontife lui-même le met en évidence, cela signifie que le but principal de ce dernier n’est pas de rendre gloire à Dieu et de sauver les âmes mais de créer un espace acceptable dans le monde, une acceptation qui par la suite n’a pas lieu, comme cela est le cas lorsque l’on brade son identité propre pour complaire à la culture dominante au lieu de guider tous les pauvres pécheurs que nous sommes.

Les échecs catéchétiques et la déchristianisation de masse des familles devraient illuminer les esprits de ces Pasteurs qui, humblement, pourraient aujourd’hui faire une autocritique juste et corroborante d’années passées à “contempler” une théologie de la libération, oecuménique, interreligieuse, écologiste et tragique. Alors il serait véritablement possible de dire, comme dans Desiderio desideravi: «L’ars celebrandi ne peut être réduit à la simple observation d’un système de rubriques, et il faut encore moins le considérer comme une créativité de l’imagination – parfois sauvage – sans règles. Le rite est en soi une norme, et la norme n’est jamais une fin en soi, mais elle est toujours au service d’une réalité supérieure qu’elle entend protéger».

Il est vrai que «la norme la plus élevée, et donc la plus exigeante, est la réalité même de la célébration eucharistique, qui sélectionne les mots, les gestes, les sentiments qui nous feront comprendre si notre usage de ceux-ci est ou non à la hauteur de la réalité qu’ils servent», mais le Novus ordo a sélectionné ce qu’il ne devait pas. Il est vrai que la Très Sainte Vierge Marie “veille” sur les gestes de son Fils confiés aux apôtres, mais si, par la suite, Notre-Dame est laissée entre les mains de S. Exc. Mgr Tonino Bello, de quelle Sainte Vierge parlons-nous? Il est très vrai de dire que c’est «la célébration elle-même qui éduque», mais si la célébration elle-même est intoxiquée, quelle pédagogie pourra en ressortir? Oui, il est extrêmement vrai que le prêtre est formé au sein de l’action cultuelle des Saints Mystères mais si ces derniers sont affadis et même envenimés par un schéma injuste et avilissant, c’est bien sur sur cette base qu’il se formera.

«C’est pourquoi nous ne pouvons pas revenir à cette forme rituelle que les Pères du Concile, cum Petro et sub Petro, ont senti la nécessité de réformer, approuvant, sous la conduite de l’Esprit Saint et suivant leur conscience de pasteurs, les principes d’où est née la réforme. (…) C’est pour cette raison que j’ai écrit Traditionis custodes, afin que l’Église puisse élever, dans la variété de tant de langues, une seule et même prière capable d’exprimer son unité. Comme je l’ai déjà écrit, j’entends que cette unité soit rétablie dans toute l’Église de rite romain».

Non, très Saint-Père, nous ne pouvons en tant que clergé, religieux et fidèles «abandonner les polémiques» parce qu’il ne s’agit pas de critiques destructives mais de questions que nous exposons de manière charitable et constructive et qui demandent des réponses selon la logique, la cohérence, la justice et la miséricorde. D’ailleurs, la Sainte Eglise Romaine, qui est Mère et non marâtre, est tenue de défendre et de protéger la Foi et ses rites dans le but principal de conduire le plus d’âmes possibles au Verbe incarné, dans la mesure où «Salus animarum suprema lex».

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