Trente ans après Veritatis Splendor, son enseignement est toujours d’actualité

Trente ans après Veritatis Splendor, son enseignement est toujours d’actualité
SOURCE DE L'IMAGE: Wikimedia Commons (Artista: Zbigniew Kotyłło)
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Le 6 août 1993, le pape Jean-Paul II avait publié l’encyclique Veritatis Splendor, mais malheureusement, dans le monde catholique, ce 30ème anniversaire a été marqué par un triste silence. Pourtant, aujourd’hui plus que jamais, il est crucial de redécouvrir l’enseignement moral de cette encyclique.

Elle commence par insister sur la nécessité de réaffirmer l’enseignement moral de l’Église parce que nous sommes confrontés à «une mise en discussion globale et systématique du patrimoine moral, fondée sur des conceptions anthropologiques et éthiques déterminées. Au point de départ de ces conceptions, on note l’influence plus ou moins masquée de courants de pensée qui en viennent à séparer la liberté humaine de sa relation nécessaire et constitutive à la vérité».

Le Pape poursuit en disant que de cette manière «on repousse la doctrine traditionnelle de la loi naturelle, de l’universalité et de la validité permanente de ses préceptes ; certains enseignements moraux de l’Eglise sont simplement déclarés inacceptables ; on estime que le Magistère lui-même ne peut intervenir en matière morale que pour « exhorter les consciences » et « pour proposer les valeurs » dont chacun s’inspirera ensuite, de manière autonome, dans ses décisions et dans ses choix de vie».

De plus, selon Jean-Paul II, une opinion s’est répandue qui sépare la foi et la morale, comme si l’appartenance à l’Église était déterminée par la foi seule et qu’une pluralité d’opinions morales subjectives devait être tolérée.

L’encyclique entre ensuite dans le vif du sujet en commençant par analyser le passage de l’Évangile du jeune homme riche qui demande au Seigneur ce qu’il doit encore faire, après avoir observé les commandements, pour avoir la vie éternelle (Mt. 19, 16). Le pape souligne que ce passage montre le lien intrinsèque entre le respect de la loi morale naturelle et l’amour de Dieu et du prochain. A tel point qu’il n’y a pas d’amour possible sans respect de la Loi et vice versa. Non seulement cela, mais sans le respect des commandements, il n’y a pas non plus de liberté authentique possible.

Au n. 29, Jean-Paul II rappelle ensuite que la réflexion morale de l’Église s’est développée grâce à la théologie morale, c’est-à-dire cette science qui traite du sujet de la “moralité” en référence à Celui qui, principe et fin de l’action morale, «en se donnant à l’homme dans le Christ, lui offre la béatitude de la vie divine». Le souverain pontife dénonce ensuite certains courants de la pensée moderne qui absolutisent la liberté en y plaçant la source des valeurs. En effet, «on a attribué à la conscience individuelle des prérogatives d’instance suprême du jugement moral, qui détermine d’une manière catégorique et infaillible le bien et le mal. A l’affirmation du devoir de suivre sa conscience, on a indûment ajouté que le jugement moral est vrai par le fait même qu’il vient de la conscience» (n. 32). Cependant, poursuit Jean-Paul II, cela conduit à la perte de l’idée d’une vérité universelle sur le bien, connaissable par la raison humaine, ce qui a conduit à «une éthique individualiste, pour laquelle chacun se trouve confronté à sa vérité, différente de la vérité des autres. Poussé dans ses conséquences extrêmes, l’individualisme débouche sur la négation de l’idée même de nature humaine». Néanmoins, l’Église ne cesse d’enseigner qu’il existe des préceptes négatifs universellement valables de la loi naturelle qui obligent chaque personne, en tout temps et en toute circonstance, c’est-à-dire «qu’ils interdisent une action déterminée semper et pro semper, sans exception, parce que le choix d’un tel comportement n’est en aucun cas compatible avec la bonté de la volonté de la personne qui agit, avec sa vocation à la vie avec Dieu et à la communion avec le prochain» (n. 52).

Aujourd’hui, même parmi les catholiques, on remet en question l’existence même d’une loi naturelle, non seulement universelle mais aussi immuable, c’est-à-dire de normes objectives, «valables pour tous les hommes actuellement et à l’avenir, comme elles l’étaient déjà dans le passé» (n. 53). L’homme, enseigne le Souverain Pontife, est tenu d’agir selon le jugement pratique de la conscience, qui n’édicte pas la loi, «mais il atteste l’autorité de la loi naturelle et de la raison pratique en rapport avec le Bien suprême par lequel la personne humaine se laisse attirer et dont elle reçoit les commandements» (n. 60).

C’est précisément le rapport de la liberté de l’homme avec ce bien qui détermine la moralité des actes, mais ce bien «est établi comme Loi éternelle, par la Sagesse de Dieu qui ordonne tout être à sa fin : cette Loi éternelle est connue autant grâce à la raison naturelle de l’homme (et ainsi, elle est “loi naturelle”), que, de manière intégrale et parfaite, grâce à la révélation surnaturelle de Dieu (elle est alors appelée “Loi divine”)» (n. 72). Par conséquent, poursuit le Pape, un acte est bon lorsque ses choix expriment «l’orientation volontaire de la personne vers sa fin ultime, à savoir Dieu lui-même : le bien suprême, dans lequel l’homme trouve son bonheur plénier et parfait» (ivi).

Jean-Paul II rappelle ensuite le problème des “sources de moralité” des actes humains (objet, intentions, circonstances) qui déterminent leur qualification morale. Il s’est notamment attardé sur les erreurs du “proportionnalisme” et du “conséquentialisme” selon lesquels «le comportement concret serait juste, ou erroné, selon qu’il pourrait, ou ne pourrait pas, conduire à un état de fait meilleur pour toutes les personnes concernées : le comportement serait juste dans la mesure où il entraînerait le maximum de biens et le minimum de maux» (n. 74).

Après avoir expliqué ces théories plus en détail, Jean-Paul II les condamne fermement comme étant incompatibles avec la doctrine de l’Église vu que qu’elles «croient pouvoir justifier, comme moralement bons, des choix délibérés de comportements contraires aux commandements de la Loi divine et de la loi naturelle » (n. 76).

L’enseignement de Veritatis Splendor est, aujourd’hui plus que jamais, utile pour dissiper la confusion morale dans laquelle nous sommes plongés.

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