La Virginité perpétuelle de Marie : Une opportune contribution à la mariologie

sempervirgo

Une phrase mélodique parcourt la symphonie de vérités chrétiennes, liant tous les mouvements dont elle se compose : la Virginité Perpétuelle de Marie.  C’est cette mélodie que le Père Serafino Lanzetta, Franciscain Marial, nous fait entendre dans son livre Semper Virgo : la virginité de Marie, forme de la vie chrétienne (Via Romana, Paris 2024) premier ouvrage traduit en français de ce mariologue et ecclésiologue bien connu en Italie.  L’on y redécouvre la vérité de la virginité de Notre Dame dans son sens littéral, grâce à une étude des sources bibliques et patristiques, et son sens spirituel, grâce à une réflexion analogique et anagogique. L’auteur démontre comment sa virginité est si indissolublement unie au mystère du Verbe incarné, que tout obscurcissement de son mystère ternit de même celui de son Fils. De nos jours, une façon novatrice d’entendre ce mystère induit une méconnaissance de la valeur de la virginité et de la chasteté, ainsi que de la pureté doctrinale.

De même que le Corps et le Sang du Christ furent formés dans le sein purissime de la Vierge, de même les âmes chrétiennes y sont formées.  La virginité de Marie est forme de l’être chrétien, comme le Père Lanzetta l’explique, grâce à une analogie mémorable entre sa virginité et les quatre causes aristotélico-thomistes.  La matière (cause matérielle) est l’âme chrétienne qui a besoin d’être formée, la source (cause efficiente) est la Médiatrice de la vie divine, et la forme (cause formelle) est la virginité mariale, qui est aussi la fin (cause finale).  La virginité de Marie est la forme parce qu’elle confère à l’âme sa perfection primaire et la parfait au fil des jours pour lui donner enfin le jour sans fin.  Elle est la fin en ce que sa virginité annonce et prépare la vie virginale dans le Royaume céleste.  Elle est la cause efficiente en tant que Médiatrice choisie par le Père, avec l’unique Médiateur, pour communiquer tous ses dons. La virginité mariale est aussi la forme du Corps mystique du Christ, en unissant en elle-même l’amour sponsal et oblatif.  Saint Augustin dépeint le Christ sortant «comme un époux de sa chambre nuptiale, c’est-à-dire du sein virginal, laissant l’intégrité de sa Mère intacte». Ces épousailles virginales la conduiront à l’offrande sacrificielle du Calvaire.  Là, Marie, la Nouvelle Ève aux côtés du Nouvel Adam, se révèle Co-Rédemptrice, véritable coopératrice dans notre salut, immolant son Fils et s’immolant elle-même pour notre salut.

La virginité intégrale de Marie, avant, pendant et après l’accouchement, est le signe donné par Dieu afin qu’on reconnaisse la nature surnaturelle de la révélation dans le Fils.  Le Père Lanzetta illustre cette idée en nous présentant une analogie entre la virginité de Marie dans ses trois moments historiques et les trois moments du Royaume de Dieu. À la virginité ante partum correspond la préparation de l’annonce du Royaume, dans le sein maternel comme dans la vie cachée de Nazareth ; à la virginité in partu correspond la manifestation du Messie dans le Jourdain et à Cana ; à sa virginité post partum correspond l’accomplissement eschatologique du Royaume. La virginité de Marie est le sceau divin, garantissant que l’œuvre de son Fils est celle de Dieu fait chair, de sorte qu’en la conservant intègre, on maintient également la vérité intégrale du Christ.  Malgré les fleuves de mots qui tentent de la noyer, la « vérité vierge » du Christ se conserve à perpétuité dans ce Cœur Vierge.

Justement, à notre époque, des vagues de paroles déferlent sur la Barque de Pierre, menaçant d’emporter la juste valeur de la vie religieuse, du célibat sacerdotal et du mariage indissoluble. À l’origine de cette tempête est une inversion de valeur entre les états de vie chrétienne, accordant au mariage une supériorité hiérarchique par rapport à la vie religieuse et au célibat sacerdotal. La conséquence catastrophique de ce renversement éclate devant nos yeux : le mariage ainsi que la chasteté et le célibat se ternissent et tombent. Pour se relever de cette chute, il faudra fixer notre regard sur la Vierge, qui nous révèle l’état de virginité comme le plus parfait parce qu’intimement lié au « toujours et à jamais » de Dieu.  Justement, la virginité de Marie pourra servir d’«échelle céleste » qui élève notre regard vers le ciel, pourvu qu’elle soit reconnue comme le principe qui confère la perfection à l’être, et alors « tout pourra s’épanouir de nouveau, parce que la forme appropriée de toutes choses sera restaurée».

Le Père Lanzetta remonte aux origines des attaques contre le bien le plus parfait de la virginité, chez un moine nommé Jovinien, mort en 405. Celui-ci non seulement mettait sur pied d’égalité la virginité et le mariage, mais, en réalité, il préférait le mariage à la virginité, comme saint Jérôme le remarque :  «Je le soupçonne, en cherchant bien, d’avoir voulu relever l’état du mariage pour rabaisser la virginité. Lorsqu’on met sur un même pied des choses inégales, il est évident qu’on exalte l’une au détriment de l’autre». Plus grave encore, cette même doctrine, nous explique le Père Lanzetta, est implicitement affirmée par Amoris lætitia, puisque les divorcés remariés doivent être autorisés par le confesseur à jouir de ce faux mariage, donc à vivre comme époux sans l’être, au point d’être admis à la Communion.  Ainsi, on proclame non seulement le mariage supérieur à la virginité, mais le rapport sexuel supérieur à ceux-ci.

Le remède salutaire que le Père Lanzetta offre à l’Église de notre temps, qui en a tant besoin,  est une prière qui sera, sans aucun doute, une puissante aide pour prier plus ardemment la Toujours Vierge et pour croire plus fermement au dogme de sa Virginité perpétuelle. Cette prière, composée sous forme de chapelet, mérite d’être largement diffusée auprès des prêtres et des laïcs, spécialement la jeunesse. Le Chapelet de la Virginité Perpétuelle de Marie, suivant le modèle franciscain, se compose de sept mystères: la prophétie d’Isaïe ; la conception virginale ; l’enfantement miraculeux ; la virginité après l’accouchement ; le dogme confessé dans le Credo ; la virginité perpétuelle célébrée par la liturgie ; et enfin, la matrice virginale qui forme le Christ, et le Christ en nous.  Chacun des mystères s’accompagne d’une méditation, dont voici un extrait tiré du dernier: «Ô Mère toujours Vierge, tournez Vos yeux miséricordieux vers l’Église. À cette heure de détresse et d’obscurité, faites briller la splendeur de votre intégrité… Donnez-nous des yeux purs pour contempler les choses de Dieu, pour réaffirmer sa primauté».

Le livre du Père Lanzetta nourrit ainsi la vie de l’esprit et la vie de prière. Le lecteur attentif acquerra une compréhension plus profonde de cette vérité de notre foi qu’est la Virginité perpétuelle de Marie, qui lui serviront de rempart sûr contre l’assaut des déviations théologiques actuelles. En fin de lecture, et au-delà, grâce à la récitation du chapelet en l’honneur de la Semper Virgo, le lecteur aura devant les yeux de son esprit une icône qui brille à nouveau dans toute sa pureté, après avoir été ternie par les airs éphémères que chante le monde. Et il pourra contempler la vérité du mystère chrétien, intègre et immaculée.  Le Christ est la Vérité plénière, Marie en est le vase sacré. Il remplit Marie de Lui-même au point que Marie est pleinement christifiée. Elle ne sait chanter que l’air, non du temps, mais de l’éternité. Elle-même n’est autre que ce chant christique que nos cœurs aspirent à entendre éternellement, là où « Marie toujours vierge sera la douce mélodie qui retentira à travers les cieux sans bornes de l’Éternel, où nous serons avec Dieu pour toujours ».

Inscrivez-vous à CE

Nous vous enverrons notre newsletter mensuelle

J’autorise le traitement de mes données personnelles tel que prévu par la politique de confidentialité.