Saint Élie et les nuages « noctiluques » de juillet

Saint Élie et les nuages « noctiluques » de juillet
IMAGE: Matthias Süßen (matthias-suessen.de) LICENCE: license CC BY-SA via Wikimedia Commons

Au cours des dernières semaines de juillet, s’est manifesté dans le ciel, aux heures du crépuscule, un phénomène atmosphérique rare, connu sous le nom de « nuages noctiluques ».

Les nuages noctiluques, à plus de 80 km d’altitude, sont les nuages les plus élevés de la planète. Ils se forment lorsque la vapeur d’eau gèle et se transforme en cristaux de glace, qui incorporent de petites particules de résidus de météorites, créant ainsi des reflets d’un bleu cristallin. Fin juin 2024, un spectacle extraordinaire de nuages noctiluques a été observé en Lituanie ; puis au mois de juillet, au grand étonnement des astronomes, on a vu plusieurs de ces nuages à des latitudes basses, comme en Irlande du Nord, en Angleterre, en France et même en Italie.

Comme il convient de chercher une signification symbolique à tout ce qui arrive, le fait que ce phénomène inhabituel s’est produit au mois de juillet donne à réfléchir : c’est en effet le mois au cours duquel on célèbre Notre-Dame du Carmel, le 16, et saint Élie, le 20. Le nuage est en effet un symbole qui s’applique aussi bien à Notre-Dame du Carmel qu’à saint Élie et à ses disciples.

Dans le 1er livre des Rois, on raconte que saint Élie, après avoir tué les faux prophètes de Baal, « se rendit au sommet du Carmel et, s’inclinant vers la terre, mit son visage entre ses genoux et dit à son serviteur : ‘Monte, et regarde du côté de la mer’. Le serviteur monta, et après avoir regardé, il dit : ‘Je ne vois rien’. Élie dit : ‘Fais cela sept fois’. La septième fois, il dit : ‘Voici, un petit nuage s’élève de la mer, pas plus grand que la paume de la main d’un homme’ ». Peu après, le ciel s’assombrit, le vent se leva et il tomba une forte pluie (18, 42-45).

Dans ce nuage, Élie a vu le symbole mystérieux de la Dame qui devait venir, Marie Reine du Carmel. La nuée symbolisait la Vierge et la pluie Jésus-Christ. Mais Élie, enlevé au ciel par un char de feu et transporté dans un lieu inconnu (IIe Livre des Rois, 2, 11), est lui aussi comparé à un nuage. Il reviendra lorsque l’antéchrist persécutera l’Église de Dieu. Saint Élie, comme l’antéchrist, aura des précurseurs : les Apôtres des derniers temps, dont parle saint Louis Marie Grignion de Monfort dans le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge : « Ce seront des nuées tonnantes et volantes par les airs, au moindre souffle du Saint-Esprit, qui, sans s’attacher à rien, ni s’étonner de rien, ni se mettre en peine de rien, répandront la pluie de la parole de Dieu et de la vie éternelle ; ils tonneront contre le péché, ils gronderont contre le monde, ils frapperont le diable et ses suppôts, et ils perceront d’outre en outre, pour la vie ou pour la mort, avec leur glaive à deux tranchants de la parole de Dieu, tous ceux auxquels ils seront envoyés de la part du Très-Haut » (Traité de la vraie dévotion, 14e éd., p. 38).

La nuée est également le symbole de la Sagesse divine, comme nous le lisons dans le Livre du Siracide : «Je suis sortie de la bouche du Très-Haut et, comme la brume, j’ai couvert la terre. J’ai dressé ma tente dans les hauteurs du ciel, et la colonne de nuée était mon trône. J’ai parcouru seule la voûte des cieux et me suis promenée dans le fond des abîmes. Mon pouvoir s’étendait sur les flots de la mer, la terre entière, tout peuple et toute nation» (24, 3-6). Les Apôtres des derniers temps seront remplis de la Sagesse divine, qui est nécessaire, dit encore saint Louis-Marie, pour soutenir notre faiblesse dans les temps difficiles qui nous attendent, pour éclairer nos esprits, pour enflammer nos cœurs, pour nous apprendre à parler, à agir, à travailler et à souffrir avec Jésus-Christ dans les temps de confusion.

Dans le livre de l’Exode, nous lisons que Dieu a guidé son peuple à travers le désert, de l’Égypte à la Terre promise, à travers une nuée : « Le Seigneur allait devant eux, le jour dans une colonne de nuée pour les guider sur leur chemin, et la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu’ils pussent marcher jour et nuit. La colonne de nuée ne se retirait pas devant le peuple pendant le jour, ni la colonne de feu pendant la nuit » (Exode 13, 21-22).

Rappelant ce passage, saint Paul écrit : « Je ne veux pas vous laisser dans l’ignorance, frères, que nos pères ont tous été sous la nuée, qu’ils ont tous traversé la mer, qu’ils ont tous été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer, qu’ils ont tous mangé la même nourriture spirituelle et qu’ils ont tous bu la même boisson spirituelle (ils buvaient à la pierre spirituelle qui les accompagnait, et cette pierre était le Christ). Mais pour la plupart ils ne furent pas agréables à Dieu » (1 Corinthiens 10, 1-5).

La nuée qui a accompagné le peuple d’Israël pendant quarante ans sans interruption, le guidait et en même temps le protégeait de ses ennemis. « Cette nuée, dit l’Écriture Sainte, était obscure pour les uns, tandis que pour les autres elle éclairait la nuit : ainsi, les uns ne purent s’approcher des autres de toute la nuit » (Exode 14, 19-20). Saint Alphonse de’ Liguori, dans les Gloires de Marie, voit dans ce phénomène mystérieux une figure de Marie et des deux offices qu’elle exerce continuellement en notre faveur : « Comme la nuée, elle nous protège de l’ardeur de la justice divine, et comme le feu, elle nous protège des démons ».

L’histoire de l’humanité a connu des nuages épais et sombres, comme celui qui, en 536 ap. J.-C., a obscurci le soleil pendant 18 mois, plongeant l’Europe, le Moyen-Orient et certaines parties de l’Asie dans les ténèbres. C’est ce que raconte le médiéviste Michael McCormick, de l’université Harvard, dans une étude publiée dans la revue Science (Eruption made 536 ‘the worst year to be alive’, https://www.science.org/content/article/why-536-was-worst-year-be-alive) ; il affirme que la pire année de l’histoire de l’humanité n’a pas été celle de la Peste Noire de 1349 ni celle de la Première Guerre mondiale de 1914, mais justement 536, lorsque le jour ne pouvait être distingué de la nuit et que commença la décennie la plus froide depuis 2000 ans.

Et pourtant, s’il est des nuages qui assombrissent le ciel et la terre, comme celui de la terrible année 536, il est aussi des nuages qui semblent annoncer le Règne de Marie, comme les noctiluques qui avec les aurores boréales sillonnent les cieux orageux de l’Occident. Le mois de saint Élie nous le rappelle.

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