Une réponse à la revendication féministe d’ordination sacerdotale

Une réponse à la revendication féministe d’ordination sacerdotale
SOURCE DE L'IMAGE: Diocesi Ventimiglia (https://www.diocesiventimiglia.it/)

« Il est tellement insultant de continuer à dire que le seul rôle valable qui obtiendra l’approbation de ce pape est d’être seulement nourricier et maternel, alors qu’on peut être nourricière et mère en même temps que prêtre » (Nicole Winfield, Catholic reform debate launched by Pope Francis leans away from ordained roles for women, in The Associated Press, 2 octobre 2024). Ainsi parle Miriam Duignan, défenseur de l’ordination des femmes et de l’avortement, en réponse aux propos contre le diaconat féminin prononcés par le pape François, récemment réitérés par le cardinal Fernandez. On ne peut que s’émerveiller devant l’extraordinaire réussite de la propagande qui a permis ce couplage incongru de « seulement » avec « mère ». Les générations futures seront abasourdies par la facilité avec laquelle les femmes ont embrassé une telle dégradation de leur vocation la plus sublime. Sans aucun doute, ces féministes nourrissent néanmoins une lueur d’espoir grâce au fait que le Pape invite le Synode sur la synodalité à discuter de la possibilité de l’ontologiquement impossible. En effet, après avoir dûment débattu de la thèse et de l’antithèse, le Synode pourrait bien rendre une synthèse mieux adaptée à leurs goûts. Or, une meilleure réponse pourrait être proposée aux féministes aigries : Tournez votre regard vers Marie, qui seule est à la fois Mère et Prêtre.

La tradition nous enseigne que Notre Dame a participé de manière unique à l’oblation sacerdotale de Notre Seigneur, depuis son consentement à l’Annonciation jusqu’à sa posture inébranlable au Calvaire, comme l’explique le Père Serafino Lanzetta.  La Mère des Douleurs au pied de la Croix est comme un prêtre devant l’autel, comme l’a dépeint sainte Thérèse de l’Enfant Jésus dans son poème intitulé Pourquoi je t’aime, Marie (Œuvres complètes, Éditions du Cerf, Paris 2006, p. 755):

Marie, tu m’apparais au sommet du Calvaire

Debout près de la Croix, comme un prêtre à l’autel

Offrant pour apaiser la justice du Père

Ton bien-aimé Jésus, le doux Emmanuel.

De même que le sacrement de l’Ordre confère aux prêtres un caractère spécial, par l’onction de l’Esprit Saint, les configurant au Christ Prêtre, de même la Sainte Vierge possède l’analogue d’un caractère inamissible dans sa qualité ontologique de Mère Immaculée de Dieu, grâce à laquelle elle est réellement en mesure d’offrir son Fils sur la Croix pour le salut des âmes. Le pouvoir d’offrir le sacrifice du Christ, conféré par l’ordination sacerdotale, est accordé à Marie par sa Maternité Divine et Immaculée. En célébrant la Sainte Messe, le prêtre re-présente l’unique sacrifice du Christ, qui est aussi celui de Marie. En effet, Pie XII affirme que « ce fut elle qui, exempte de toute faute personnelle ou héréditaire, toujours très étroitement unie à son Fils, le présenta sur le Golgotha au Père Eternel, en y joignant l’holocauste de ses droits et de son amour de mère » (Encyclique Mystici Corporis du 29 juin 1943). En outre, Benoît XV affirme que Marie « dans la mesure où il lui appartenait de le faire, a immolé son Fils en vue d’apaiser la justice de Dieu, de sorte que c’est avec raison que l’on peut dire qu’elle a racheté le genre humain avec le Christ » (Lettre apostolique Inter sodalicia du 22 mai 1918).

Le Fils de Dieu a voulu que sa Mère partage la même souffrance sacrificielle que celle qu’il a lui-même endurée, comme le dit sainte Thérèse (Œuvres complètes, p. 754) :

Puisque le Roi des Cieux a voulu que sa Mère

Soit plongée dans la nuit, dans l’angoisse du cœur ;

Marie, c’est donc un bien de souffrir sur la terre ?

Oui souffrir en aimant c’est le plus pur bonheur !

La sainte poétesse exprime avec lyrisme la profonde vérité selon laquelle la plus grande grâce de Dieu ici-bas est de « souffrir en aimant ».  Les larmes trempées d’amour de la Vierge pour son Fils mourant, ainsi que pour tous ses enfants spirituels qui naîtront de l’aube à la fin des temps, telle est sa plus grande grâce.  La belle dévotion aux Sept Douleurs de la Vierge qui sied si bien à notre temps  nous permet de la contempler « souffrir en aimant », depuis son sacrifice du matin au Temple de Jérusalem, lorsque Siméon annonce qu’une épée transpercera son Cœur, jusqu’à son sacrifice du soir, lorsqu’elle souffre d’une co-passion avec le Christ sur le Calvaire. Le fait que son sacerdoce spirituel soit synonyme d’amour crucifiant est une vérité exprimée par Jean-Jacques Olier à propos de la prophétie de Siméon: « elle apprit une vérité et reçut une prophétie, … qui est que ces douleurs et ces souffrances prédites par les prophètes seraient les siennes et que la même douleur qui devait faire mourir cette victime ferait mourir le prêtre qui la présentait en ce jour dans le Temple, qui était elle-même » (Jean-Jacques Olier, Écrits sur la Sainte Vierge (éditions Honoré Champion, Paris 2020, p. 108).

A peine a-t-elle déposé l’Enfant nouveau-né sur l’autel que, entendant les paroles prophétiques de Siméon, elle pressent le sacrifice futur, déjà présent devant les yeux de son esprit.  Son Cœur maternel, débordant de douleur salvatrice, mourra aux côtés de son Fils, et pourtant continuera à battre.  La profondeur de son amour compatissant est telle qu’elle poursuivra, pour l’amour de tous ses enfants spirituels, son pèlerinage terrestre, mais avec une épée plantée en permanence dans son Cœur Immaculé.  Ainsi, son sacrifice du matin est lié à son sacrifice du soir, comme le révèle le Père Frederick Faber dans sa méditation sur Marie au pied de la Croix : « Avec un effort qui dépasse de façon indicible toute grâce jamais donnée, sauf celle de Jésus, Marie éleva son cœur vers le Père, unissant sa volonté à la sienne dans cette terrible extrémité et, en un certain sens, abandonna son Bien-aimé, tout comme lui.  Elle abandonna le Fils au Père… Elle l’avait fait dès le début dans… la Présentation de Jésus, et cela fut consommé maintenant » (The Foot of the Cross ; or, the Sorrows of Mary, Veritatis Splendor Publications, 2014, p. 304).

Ensuite, il nous conduit à contempler la révérence insurpassable avec laquelle elle soigne Son Corps Sacré: « Contemplons-la encore une fois, alors qu’elle enveloppe le corps dans le drap mortuaire.  Comme elle ressemble à un prêtre ! Comme elle ressemble à une mère ! Et toutes les mères ne sont-elles pas prêtres ?  Car, bien considérées, toutes les maternités sont des sacerdoces.  Ah, Marie ! Ta maternité fut un sacerdoce comme le monde n’en avait jamais vu auparavant ! » (Ibid, p. 387).

Ce mystère surnaturel a pour analogue, au niveau naturel, l’amour de la mère pour son enfant, en raison de son sentiment maternel naturel et de son sens inné du caractère sacré de la vie humaine. Il rappelle également la profonde révérence que les saints prêtres manifestent à l’égard de la Sainte Hostie.  Il y a donc une similitude entre la vocation sacerdotale et la vocation maternelle, toutes deux impliquant l’offrande de soi, le don de sa vie pour l’amour de Dieu et des plus petits d’entre nous.

« Toutes les mères ne sont-elles pas prêtres ? » Cette question rhétorique exprime une belle vérité qui a bien besoin d’être réaffirmée de nos jours. Toutes les mères sont prêtres dans le sens de l’amour qui se donne, de l’attention révérencieuse portée au plus démuni d’entre nous.  Cet esprit marial, essence de la maternité, est diamétralement opposé au féminisme, esprit anti-marial par excellence.  Ainsi, non seulement la revendication d’ordination féminine contredit la volonté expresse de Dieu pour l’Église, mais elle implique également une répudiation de la nature même de la féminité. Contrairement à un regard superficiel sur la revendication féministe d’ordination, qui nous ferait croire à tort que le féminisme exalte excessivement les femmes, c’est exactement le contraire qui est vrai : la vision féministe, en avilissant la maternité, dégrade les femmes. Elle dégrade également le sacerdoce, qui est perçu comme une institution humaine et non divine, soumise aux temps et aux lieux et malléable selon la volonté humaine, plutôt que soumise à un décret éternel et dépendante de la volonté divine immuable. La volonté humaine prend la préséance sur la volonté divine, puis celle-ci diminue et enfin disparaît. Par-dessus tout, l’esprit anti-marial du féminisme s’oppose de façon saisissante au mystère du sacerdoce maternel de Marie, à l’humble oubli de soi et au statut sublime de la Mère Immaculée qui fait sienne l’offrande de son Fils pour le salut des âmes.

L’esprit de Notre Dame est lié indissolublement à l’Esprit Saint, tandis que l’esprit du féminisme est lié intrinsèquement à l’esprit impie de la libération sexuelle qu’il vaudrait mieux qualifier d’asservissement ainsi que de l’avortement. Alors que l’Esprit de Marie dit Fiat, l’esprit anti-marial du féminisme dit Non Serviam. L’oubli total de soi se transforme en affirmation égoïste de soi, de sorte que, au lieu d’entendre l’écho du Verbe incarné : « Ceci est mon corps, livré pour vous », que la Sainte Mère prononce à l’unisson avec son Divin Fils, nous entendons le mensonge pervers et satanique : « Ceci est ton corps, livré pour moi. »  Face à cette vision mutilée de la féminité, le seul remède réside dans un sens renouvelé de l’offrande maternelle et de l’amour sacrificiel, dont la Vierge est le modèle exemplaire. Les aspirations sacerdotales des féministes seront comblées par la contemplation du sacerdoce maternel unique de Marie, qui permettra de faire tomber les écailles des yeux aveuglés afin que toutes les femmes puissent à nouveau embrasser leur plus grande grâce : le sublime don de soi de la maternité.

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