L’affrontement entre traditionalistes et progressistes

L’affrontement entre traditionalistes et progressistes
SOURCE DE L'IMAGE: Instituto Plinio Correa de Oliveira (https://ipco.org.br/plinio-correa-de-oliveira/)

Il y a cinquante ans, le 15 janvier 1976, lors de la conférence d’ouverture de la XXVIe Semaine de Formation Anticommuniste, quelques mois avant l’explosion médiatique du soi-disant “cas Lefebvre”, le professeur Plinio Corrêa de Oliveira décrivait avec clarté l’affrontement de deux grands courants au sein de l’Église catholique : le courant progressiste et le courant traditionaliste. Nous rapportons ici un extrait de son discours.

  Aujourd’hui, nous voyons l’Église catholique divisée, au moins, en deux grands courants : le progressiste et le traditionaliste. Les conceptions de ces courants sont diamétralement opposées, en complet contraste. Il n’est pas possible que les deux aient raison, car deux positions contraires ne peuvent être simultanément vraies. Ou bien l’un a raison et l’autre non, ou bien aucun des deux.

Je pose alors la question : lequel des deux courants a raison à l’intérieur de l’Église catholique ? Et quel reflet cette division dans l’Église a-t-elle sur le monde contemporain ? Pour répondre, nous devons tout d’abord préciser : qu’est-ce que le progressisme, selon les progressistes eux-mêmes ?

Je ne veux pas, en tant que traditionaliste, en donner une définition, car je pourrais être accusé de partialité. Eux se définissent comme progressistes parce qu’ils affirment que l’humanité est en transformation continue ; par conséquent, la religion doit aussi s’adapter constamment à cette évolution. La religion, donc, doit changer, adopter la mentalité du monde, la refléter, afin de pouvoir l’attirer.

C’est là l’opposé de ce que pense un traditionaliste. Pour le traditionaliste, si la religion enseigne la vérité – et la vérité est unique et immuable – la doctrine catholique ne peut jamais changer. Si la loi de Dieu dit “Tu ne tueras point”, cela doit demeurer interdit jusqu’à la fin du monde, car c’est un précepte divin qui reflète la nature, et la nature, dans ses éléments fondamentaux, ne peut jamais changer.

À travers une tradition vivante, le présent et l’avenir doivent rester dans la ligne du passé, du moins dans les questions fondamentales (et non dans les questions accidentelles). C’est cela que nous appelons tradition. Nous sommes donc traditionalistes parce que nous soutenons qu’il existe des vérités et des principes immuables, tout comme il existe des éléments de la nature qui ne changent jamais. Notre Seigneur Jésus-Christ avait raison lorsqu’Il disait que le ciel et la terre passeront, mais que Ses paroles ne passeront pas ; et lorsqu’Il affirmait être venu non pour abolir la Loi, pas même en sa plus petite partie, mais pour l’accomplir. Il était donc traditionaliste : Il maintenait la tradition et la complétait par Son enseignement. Les progressistes, eux, veulent que les choses changent.

À la racine de cette différence se trouve une conception différente de la mission de l’Église:

  • pour nous, traditionalistes, l’Église est la règle fixe à laquelle le monde doit se conformer ;
  • pour les progressistes, le monde est la règle variable à laquelle l’Église doit s’adapter.

Et voilà l’affrontement total. Mais où se situe Dieu dans tout cela ? Dieu, éternel et immuable, qui s’est incarné, qui a parlé à Moïse, qui a donné les Dix Commandements, qui s’est fait homme en Jésus-Christ et nous a laissé les enseignements de l’Évangile… peut-Il être “mis à jour” par l’homme ?

L’homme a-t-il le droit, la capacité ou le pouvoir de corriger, selon son propre caprice, ce que Dieu a établi ? Chacun comprend qu’une religion qui place l’homme au-dessus de Dieu, en lui donnant la faculté de Le corriger, n’est pas une religion mais une anti-religion : le contraire même de la religion. Cela est si évident qu’il n’est pas nécessaire de perdre plus de temps à le démontrer. Passons plus loin.

Si les choses en sont là, la grande bataille contemporaine n’est pas seulement – et, j’ajoute, n’est pas principalement – celle des catholiques contre les communistes ou contre les non-catholiques. Il est nécessaire de combattre, à l’intérieur même de l’Église catholique, les faux frères, les faux catholiques, pour les expulser de l’Église : faire en sorte qu’ils soient réprouvés par l’Église elle-même, qui les avertisse et, s’ils ne se convertissent pas, les éloigne définitivement.

Cette purification interne de l’Église est le point de départ pour tout le reste. Avec une Église en grande partie dévoyée, on ne peut pas donner au monde une orientation véritable : celui qui est égaré ne peut conduire personne sur le droit chemin.

L’Évangile nous présente la parabole de l’aveugle qui guide un autre aveugle : tous deux tombent dans le fossé. Il en va de même pour le progressiste qui guide d’autres progressistes : ce sont des aveugles qui veulent corriger Dieu, au lieu de se laisser guider par Lui ; et ainsi ils tombent dans le précipice. Il faut donc leur contester le droit de se dire catholiques, et faire comprendre au monde que les vrais catholiques sont ceux qui maintiennent la tradition.

Le grand centre de la bataille contemporaine – la bataille immense entre vérité et erreur, entre bien et mal, qui se déroule partout – se trouve au cœur même de la Sainte Église catholique, apostolique et romaine: l’affrontement entre traditionalistes et progressistes.

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