Le discours de Léon XIV prononcé devant la Délégation des représentants politiques français, reçus en audience le jour de la Saint Augustin (28 août 2025), est d’une grande épaisseur et marque un changement de cap significatif par rapport à celui auquel nous étions accoutumés ces dernières années.
Le principe de l’autonomie légitime des réalités créées de Gaudium et Spes a fait école pendant des années, devenant petit à petit une “antinomie légitime” des réalités créées ; il a été tellement remanié que finalement la science, l’économie, la culture, et toutes les autres expressions du connaissable et de l’humanum se sont révélées être désincarnées, autonomes d’elles-mêmes. Gaudium et Spes enseigne que « si en revanche à travers l’expression “autonomie des réalités temporelles” on signifie que les choses créées ne dépendent pas de Dieu et que l’homme peut les utiliser sans s’en remettre au Créateur, il n’échappe à aucun homme de foi que de telles opinions sont fausses ».
Il n’échappe à aucun homme de foi combien tout cela est faux. Et cela n’échappe pas à ceux qui ne croient pas en Dieu ? Ainsi, l’athée est béni dans son désir de rendre la vie et les choses de la vie autonomes ? Dans ce cas, l’autonomie est-elle un fait naturel ou surnaturel ? Qu’il faut affronter avec la foi, et non avec la raison ? De là viennent les conflits, lorsque pour rester alignés avec le magistère du temps (pensons aux acrobaties d’une multitude de groupes et groupuscules sous le pontificat de François) quelques mouvements catholiques d’évangélisation ont essayé de baptiser l’autonomie (naturelle) des choses jusque dans le sacrement du mariage, et à présenter la dépendance de Dieu des choses de la vie comme un fait de foi. Une sorte d’agnosticisme catholique qui malheureusement se propageait et se propage encore aujourd’hui.
Léon semble au contraire viser un changement de cap important. Dans un passage de son discours, il parle ainsi : « Le salut que Jésus a obtenu par sa mort et sa résurrection englobe toutes les dimensions de la vie humaine telles que la culture, l’économie et le travail, la famille et le mariage, le respect de la dignité humaine et de la vie, la santé, en passant par la communication, l’éducation et la politique. Le christianisme ne peut se réduire à une simple dévotion privée, car il implique une manière de vivre en société empreinte d’amour de Dieu et du prochain qui, dans le Christ, n’est plus un ennemi mais un frère ».
Il n’y a pas de dichotomie entre la vie et l’Évangile, la foi et la réalité, la foi et la vie. L’autonomie des choses qui restent essentiellement et métaphysiquement reliées au Créateur, au seul Dieu, n’est pas un fait de foi, mais avant tout de raison. C’est la raison métaphysique qui manque au Christianisme d’aujourd’hui. Ce n’est qu’en repartant d’une raison forte que l’on peut réparer la déchirure anthropocentrique de la modernité ecclésiale.
Les personnalités politiques, à travers l’Évêque qui les accompagnait, ont demandé conseil au pape pour vivre leur foi dans leur vie professionnelle. Léon a répondu d’une façon très belle, dévote et profondément théologique, je dirais même déroutante pour les attentes de ces hommes politiques chrétiens de longue date, désormais habitués à séparer la conscience de la foi à la démochrétienne, la raison d’État des petites raisons de la raison et de la foi. Voici comment : « Alors, Monseigneur Blanchet me demandait des conseils à vous adresser. Le premier – et le seul – que je vous donnerai est celui de vous unir de plus en plus à Jésus, d’en vivre et d’en témoigner. Il n’y a pas de séparation dans la personnalité d’une personne publique : il n’y a pas d’un côté l’homme politique, de l’autre le chrétien. Mais il y a l’homme politique qui, sous le regard de Dieu et de sa conscience, vit chrétiennement ses engagements et ses responsabilités ! »