Le 5 novembre 2024 marque la date de la réélection inattendue de Donald Trump à la présidence des États-Unis.
Nous célébrons donc le premier anniversaire de la désignation, par le peuple américain, du 47e occupant de la Maison-Blanche. En remportant ce défi, le magnat new-yorkais a obtenu, comme on le sait, son deuxième mandat après sa victoire de 2016 contre la candidate de l’establishment libéral, la démocrate Hillary Clinton. Contrairement à il y a dix ans, Trump a cette fois-ci eu la partie facile face à Kamala Harris, vice-présidente des États-Unis de 2021 à 2025, largement discréditée en raison de l’inconsistance démontrée durant la présidence Biden.
Quel bilan éthico-politique provisoire peut-on dresser des dix premiers mois de la présidence Trump, en laissant de côté les aspects plus directement économiques, politiques ou militaires, déjà abondamment traités par les médias et sur ces pages ? Formuler un jugement ou une prévision d’ordre éthico-politique n’est pas chose aisée, compte tenu du caractère égocentrique d’un président qui, dès son arrivée à la Maison-Blanche, a fait de l’imprévisibilité sa marque de fabrique. Un fait, cependant, ressort clairement : les États-Unis, avec le retour de Trump à la Maison-Blanche, ont nettement changé de cap par rapport à l’orientation idéologiquement avortiste, anti-familiale et pro-genre qui a caractérisé les cinq années de l’administration Biden.
Malgré les nombreuses limites de la pensée et des politiques du nouveau président, il est indéniable que l’effet de « contagion » exercé (et susceptible de s’exercer à l’avenir) par ce tournant politique sur d’autres nations dans le monde constitue une opportunité extraordinaire. À titre d’exemple, on peut citer la récente demande de l’Italie à l’Assemblée générale de l’ONU d’adopter une interdiction universelle de la gestation pour autrui, dans le sillage de la loi nationale d’octobre 2023 qui a défini la maternité de substitution comme un « crime universel ».
Il faut ajouter, cependant, que ce n’est pas la première fois que le cyclone Trump s’abat sur les États-Unis et sur le monde entier. Sa première présidence, entre 2017 et 2021, avait déjà suscité de grands espoirs dans les milieux pro-vie et pro-famille, mais le style abrupt et excessivement autoritaire du magnat, ainsi que la puissance et l’efficacité des forces opposées – internes et externes – à tout retour au réel en matière de vie, de famille et d’éducation, ont fait qu’à la fin de l’administration Biden, peu de traces subsistaient de ce que la précédente administration républicaine avait accompli de positif.
Mais que Trump avait-il promis, en matière de vie, de famille et d’éducation, durant sa campagne électorale et lors de son discours d’investiture du 20 janvier 2025 ? En résumé, il avait juré de vouloir « rendre à l’Amérique sa grandeur », avec le célèbre slogan MAGA – Make America Great Again, en incluant dans cet objectif une lutte sans merci contre la criminalité, le trafic de drogue, le politiquement correct, l’idéologie du genre et, plus généralement, la culture woke. Le tout dans le but de libérer les États-Unis de la « pourriture » qui s’était infiltrée dans le système politique, judiciaire, universitaire, les services secrets et l’administration fédérale tentaculaire.
C’est, quoique de manière inégale, sur ces grandes lignes que se sont déroulés les dix premiers mois du second mandat Trump. Ces mois ont été marqués, dans les domaines susmentionnés, par des dizaines de décrets exécutifs (Executive Orders), c’est-à-dire des mesures relevant du seul président, qui n’ont pas besoin de l’approbation du Congrès et deviennent immédiatement exécutoires, pour autant qu’elles soient conformes à la Constitution et aux lois fédérales.
Comme l’indique le Federal Register (www.federalregister.org), Trump a émis le nombre extraordinaire de 139 ordres exécutifs au cours de ses cent premiers jours, établissant un record absolu par rapport à toutes les présidences précédentes. C’est surtout à travers ces ordres exécutifs que Donald Trump a tenté de traduire ses promesses en actes.
Le jour même de son investiture, le 20 janvier 2025, après son discours inaugural, Trump a signé pas moins de 26 ordres exécutifs, d’une portée à la fois symbolique et pratique. Parmi ces mesures figuraient plusieurs décrets notables, tels que :
– le n° 14151, contre les programmes « extrêmement coûteux, illégaux et immoraux » de DEI (Diversity, Equity, Inclusion), qui englobent une grande partie de l’agenda libéral et LGBTQ+;
– le n° 14155, prévoyant le retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé, considérée comme l’un des principaux promoteurs des politiques de santé sexuelle et reproductive;
– le n° 14157, assimilant les cartels de la drogue à des organisations terroristes mondiales;
– et enfin le n° 14168, pour la défense des femmes contre les excès de l’idéologie du genre, en rétablissant la « vérité biologique » et en reconnaissant l’existence de seuls deux sexes : masculin et féminin.
Concernant l’ordre exécutif qui a imposé un resserrement sur l’immigration irrégulière (n° 14160), limitant de fait ou supprimant le jus soli (en application du Quatorzième amendement de la Constitution), il convient de souligner positivement la référence explicite et exclusive au père et à la mère biologiques dans l’évaluation des demandes d’asile des immigrés et réfugiés, excluant ainsi les revendications des prétendues « familles LGBTQ+ ».
Dans le même domaine, par des décrets successifs, Trump a interdit aux personnes transgenres de servir dans les forces armées américaines, assimilant la dysphorie de genre à une maladie mentale (n° 14183), et de participer aux compétitions sportives féminines (n° 14201). Plus généralement, avec le décret n° 14190, il a interdit aux écoles publiques primaires et secondaires recevant des fonds fédéraux d’enseigner ou de promouvoir les doctrines liées à l’idéologie du genre et de soutenir la « transition de genre » d’élèves mineurs.
Concernant l’empreinte pro-vie de ces dix premiers mois de l’administration Trump, on peut mentionner :
– la nomination de Marco Rubio au poste de secrétaire d’État, lui qui, en tant que sénateur, avait promu d’importantes initiatives pour la vie, telle que la loi Providing for Life ;
– la réduction de 300 millions de dollars de financement fédéral à l’égard du géant de l’avortement Planned Parenthood;
– les grâces présidentielles accordées à de nombreux militants arrêtés sous la présidence Biden pour leurs activités pro-vie;
– le blocage de plusieurs sites internet promouvant l’avortement;
– et enfin, la participation, à forte portée symbolique et culturelle, du vice-président JD Vance à la Marche pour la Vie (March for Life) de Washington du 25 janvier 2025, ainsi que celle de Trump lui-même, intervenant par vidéoconférence depuis la Californie.
À l’inverse, une décision d’orientation opposée a été prise par le magnat avec le décret Expanding Access to In Vitro Fertilization, signé le 18 février 2025, visant à élargir l’accès à la fécondation in vitro dans le pays.
En conclusion, bien que Trump demeure un dirigeant hautement pragmatique, susceptible d’inverser brusquement le cap pro-vie et pro-famille qu’il semble néanmoins avoir pris, il faut reconnaître que le tournant amorcé dans le domaine éthico-politique, surtout parce qu’il était inattendu, apparaît à bien des égards providentiel.
De nombreux « nouveaux droits » et politiques libérales qui avaient démantelé, entre 2021 et 2025, ce qu’il restait aux États-Unis du droit naturel et chrétien, ont été indéniablement supprimés ou du moins restreints. Il s’agirait désormais de corriger les ambiguïtés et contradictions et, surtout, de passer de la pars destruens à la pars construens.