Pas une religion, mais une nouvelle: Il est vivant

Pas une religion, mais une nouvelle: Il est vivant
SOURCE DE L'IMAGE: Antonio Socci (https://www.antoniosocci.com/)

Pendant les jours de la Semaine sainte résonne dans les églises le récit de la Passion de Jésus tiré des Évangiles, écrits, à proximité des événements, par des témoins oculaires comme Matthieu et Jean (ou, dans le cas de Luc et de Marc, également sur la base des témoignages de Marie, de Pierre et des autres apôtres). Rédigés alors que les protagonistes de ces faits, y compris les adversaires de Jésus, étaient encore vivants et auraient pu les démentir.

Au siècle dernier, l’exégèse critique a cherché à en retarder la composition afin de soutenir que ces textes contiendraient des éléments légendaires (surtout les miracles et la résurrection).

Et pourtant, même les datations les plus tardives des Évangiles (les leurs) vont de 65 à 90 apr. J.-C. Elles sont donc proches. Mais désormais, de nombreux éléments, y compris les découvertes de Qumrân, incitent les spécialistes à revenir aux dates les plus anciennes.

Un bibliste comme Jean Carmignac, grand érudit, écrit : « les dates les plus tardives que l’on puisse admettre sont vers 50 pour Marc (et la Collection des Discours), vers 55 pour Marc complet, vers 55-60 pour Matthieu, entre 58 et 60 pour Luc. Mais les dates les plus anciennes sont nettement plus probables : Marc vers 42, le Marc complet vers 45, Matthieu (hébreu) vers 50, Luc (grec) peu après 50 ». Quant à Jean, il doit être situé entre 55 et 85. John A.T. Robinson, dans Redating the New Testament, place tous les Évangiles avant 70 apr. J.-C.

Toujours au Ier siècle, les Actes des Apôtres, les épîtres de Pierre, de Paul et de Jean, la Lettre aux Hébreux, la lettre de Jacques, celle de Jude Thaddée et l’Apocalypse rapportent les événements historiques concernant Jésus et ses amis.

Puis, à la fin du Ier siècle, il y a d’autres textes chrétiens comme la Didachè, la Lettre de Clément et celle de Barnabé (immédiatement après l’an 100, les lettres d’Ignace d’Antioche, ainsi que d’autres sources chrétiennes importantes comme Le Pasteur d’Hermas, la Lettre de Polycarpe et la Lettre à Diognète).

Enfin, nous disposons de références à Jésus dans la littérature païenne : dans les Annales de Tacite (vers 116 apr. J.-C.) et, au sujet des chrétiens et de leur foi, dans les écrits de Pline le Jeune (112 apr. J.-C.) et de Suétone (120 apr. J.-C.).

Il s’agit donc de témoignages sur Jésus (écrits peu après les événements pour les textes chrétiens) qui nous sont parvenus et constituent une documentation historique univoque des faits, rapportés de manière détaillée et incontestable.

Le Nouveau Testament, avec 5700 manuscrits grecs (12 000 si l’on considère ceux en latin, copte, syriaque, arménien, géorgien et éthiopien), est l’œuvre la mieux et la plus abondamment documentée de l’Antiquité.

À part les fragments très anciens et les textes incomplets, les manuscrits complets des Évangiles que nous possédons – le Vaticanus et le Sinaiticus – malgré les persécutions qui détruisirent aussi les livres chrétiens, datent du début du IVe siècle, soit à une distance de seulement 250 à 300 ans des originaux.

Alors que – pour faire une comparaison – les manuscrits des œuvres d’Euripide et de Catulle sont éloignés de 1600 ans de l’original. Le manuscrit des tragédies de Sophocle de 1400 ans. Il en va de même pour les œuvres d’Eschyle, d’Aristophane et de Thucydide.

Les témoignages non chrétiens du Ier siècle sur Jésus sont fascinants. Par exemple, la lettre que le philosophe stoïcien syriaque Mara bar Sérapion écrit depuis la prison, où il exhorte son fils à aimer la vérité même si cela conduit à subir des persécutions. Cet intellectuel païen cite les exemples de Socrate, de Pythagore et du « roi sage » des Juifs, avec des détails qui renvoient à Jésus (la lettre, conservée au British Museum, a été datée par les experts de l’an 73 apr. J.-C.).

Le cas le plus spectaculaire est celui de Flavius Josèphe qui, dans les Antiquités judaïques, œuvre écrite autour de 93 apr. J.-C., parle de Jean-Baptiste et de son assassinat.

Et au sujet de Jésus, il écrit : « Il vécut en ce temps Jésus, homme sage, si toutefois on peut l’appeler un homme. Car il accomplissait des œuvres extraordinaires et fut le maître d’hommes qui accueillent avec joie la vérité. Il attira à lui beaucoup de Juifs et aussi beaucoup de Grecs. Il était le Christ. Et lorsque, sur l’accusation de nos notables, Pilate le fit crucifier, ceux qui l’avaient aimé dès le commencement ne cessèrent pas de l’aimer. Trois jours après, il leur apparut de nouveau vivant, selon ce que les saints prophètes avaient annoncé à son sujet, ainsi que mille autres merveilles. Et jusqu’à aujourd’hui subsiste la tribu de ceux qui, de lui, ont pris le nom de chrétiens».

Il est important de rappeler que Flavius Josèphe n’était pas chrétien. Né à Jérusalem en 37 apr. J.-C. dans une famille sacerdotale par son père et royale par sa mère, il disposait donc d’informations de première main sur Jésus provenant de sa propre famille et pas seulement, ayant connu certains grands prêtres.

Dans ce passage, on trouve au moins trois expressions frappantes : « si toutefois on peut l’appeler un homme », « il était le Christ » et « trois jours après il leur apparut de nouveau vivant ». À partir du XVIIIe siècle, on commença à en contester l’authenticité, pensant que ces paroles provenaient d’un copiste chrétien ultérieur.

Mais si tel était le cas, pourquoi tous les anciens manuscrits des Antiquités judaïques qui nous sont parvenus, de quelque provenance que ce soit (en grec, en latin et dans d’autres langues anciennes), contiennent-ils ce passage ? Il n’est pas possible qu’un scribe chrétien ait pu faire la même interpolation simultanément sur toutes les copies conservées à Rome, Alexandrie, Carthage ou Césarée.

De plus en plus de chercheurs, après des analyses philologiques approfondies, en viennent à considérer comme authentique ce passage. Par exemple Serge Bardet dans son livre Le Testimonium Flavianum. Examen historique, considérations historiographiques (Cerf 2002).

La dernière nouveauté est l’ouvrage de T. C. Schmidt, Josephus and Jesus: New Evidence for the One Called Christ (Oxford University Press 2025), une étude d’une grande érudition qui éclaire tous les aspects critiques et parvient à démontrer l’authenticité du Testimonium Flavianum.

L’auteur souligne qu’il ne s’agit pas d’un texte chrétien, explique qu’un copiste chrétien n’aurait pas utilisé ces mots, et montre que ce passage constitue une confirmation stupéfiante, provenant d’une source non chrétienne, des récits évangéliques.

(Antonio Socci, “Libero”, 4 avril 2026)

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