Le 5 mars 2026, le pape Léon XIV a accordé une audience privée à deux auteurs d’une importante étude consacrée à un phénomène qui a suscité une attention croissante tant médiatique qu’académique : la présence et la vitalité des fidèles liés à la liturgie traditionnelle en latin. Il s’agit de l’ouvrage de Stephen Bullivant et Stephen Cranney, Trads: Latin Mass Catholics in the United States (Traditionalistes : la messe catholique en latin aux États-Unis), qui sera publié en novembre prochain par la prestigieuse Oxford University Press et que le pape a probablement eu le privilège de lire en avant-première.
L’ouvrage repose sur une vaste enquête empirique combinant des données quantitatives et qualitatives, dans le but de dresser le profil des catholiques qui fréquentent la Messe traditionelle en latin (Traditional Latin Mass = TLM), c’est-à-dire le rite romain ancien. Dès les premières pages, les deux auteurs précisent l’objectif de leur travail : «Ce livre naît de la nécessité de comprendre, à l’aide d’outils empiriques, qui sont les catholiques qui participent à la messe en latin aux États-Unis, en dépassant les impressions anecdotiques et les représentations médiatiques» (pp. 2-3). L’objectif est donc scientifique : offrir une analyse fondée sur des preuves plutôt que sur des impressions. Bullivant et Cranney insistent sur un point méthodologique décisif : «Jusqu’à présent, une grande partie des discussions sur la messe traditionnelle s’est déroulée sans données fiables ; notre objectif est de combler cette lacune» (p. 3). Un autre passage important concerne la surprise initiale des chercheurs : «Beaucoup des résultats que nous présentons remettent en question les attentes communes, notamment en ce qui concerne l’âge, la composition familiale et le niveau d’engagement religieux des participants» (p. 5).
Contrairement au cliché répandu d’un milieu nostalgique et âgé, l’étude montre que les participants à la messe traditionnelle sont en moyenne plus jeunes que les catholiques pratiquants du rite ordinaire. Les auteurs observent en effet que «les assemblées de la messe en latin sont de manière disproportionnée composées de jeunes, avec une présence notable de familles nombreuses» (p. 21). Cette donnée s’inscrit dans une dynamique plus large : comme le montrent également des études récentes sur le catholicisme mondial, la croissance de l’Église est aujourd’hui portée surtout par des communautés jeunes, dynamiques et fortement pratiquantes.
À cette jeunesse s’ajoute un niveau élevé d’engagement religieux. Les fidèles de la TLM participent à la messe plus fréquemment, se confessent plus régulièrement et manifestent une pratique religieuse intense. «Leurs niveaux d’engagement religieux dépassent largement ceux du catholique moyen aux États-Unis» (p. 34). Ce trait les rapproche d’autres zones de croissance du catholicisme contemporain, où la foi n’est pas simplement une identité culturelle, mais un choix vécu avec conviction.
Les motivations qui conduisent ces fidèles vers la liturgie traditionnelle constituent un autre point central de l’analyse. Elles ne se réduisent pas à des facteurs idéologiques, mais plongent leurs racines dans une expérience spirituelle profonde. «Les personnes interrogées décrivent fréquemment la messe traditionnelle comme plus révérencieuse, plus transcendante et plus centrée sur Dieu» (p. 47). Le sens du sacré, la beauté rituelle et le silence deviennent des éléments décisifs dans un contexte culturel souvent perçu comme fragmenté et sécularisé.