Consolatrix afflictorum, “Consolatrice des affligés”, est l’un des titres attribués à Notre Dame par les Litanies de Lorette, mais avant cela, c’est la piété populaire qui le lui a attribué depuis des temps immémoriaux. Le monde, aujourd’hui comme toujours, vit dans l’affliction. En ouvrant les pages des journaux, on est frappé par la multiplication, non seulement des tragédies individuelles, mais aussi des drames collectifs : guerres, catastrophes naturelles et calamités de tout genre. D’ailleurs, il suffit de regarder autour de nous pour rencontrer, chaque jour, une multitude de souffrances physiques et morales, qui affectent nos familles, nos amis, nos connaissances et qui nous rappellent que la terre est une « vallée de larmes ». La terre est une vallée de larmes à cause du péché originel et des péchés actuels qui sont commis tous les jours. Il s’agit d’une vérité de notre foi : le péché est la cause de tous les maux qui inondent l’univers. Et c’est pour nous racheter du péché, pour nous ouvrir les portes du bonheur éternel, que Jésus-Christ, comme le Credo nous l’enseigne, fut « crucifié pour nous sous Ponce Pilate, souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures, il monta au ciel ; Il est assis à la droite du Père ».
La Bienheureuse Vierge Marie participa aux douleurs de la Passion du Fils, méritant, par sa coopération et par sa compassion, le titre de « Corédemptrice ». Les douleurs de Marie n’étaient pas nécessaires à la rédemption du monde, mais dans les conseils de Dieu ces douleurs étaient inséparables de cette rédemption. La Passion de Notre Seigneur combla d’amertume le cœur de Marie et fut la cause de sa compassion, mais la compassion de Marie, comme le remarque le père Faber, fut l’ingrédient principal et dominant de la Passion de Jésus. Le comble des souffrances de la Vierge Marie fut le Samedi Saint, cette heure suprême de la Désolation. C’est pourquoi Notre Dame, outre que par le titre de Mère des Douleurs, est aussi vénérée par celui de Mère Désolée. Pendant la Passion, la Mère Désolée fut consolée et confortée par le Père, dans l’espérance de la Résurrection. Après la Résurrection, avec les Apôtres dans le Cénacle, la Vierge Marie implora et attendit l’Esprit-Saint, le « Consolateur », que Jésus Lui-même avait promis (Jn 14,16-17).
Le pape François, dans sa dernière encyclique Dilexit nos du 24 octobre 2024 « sur l’amour humain et divin du cœur de Jésus-Christ », consacre un chapitre à La dévotion à la consolation (n. 151-163). Le Pape rappelle les paroles de saint Paul, selon qui Dieu nous console « afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit » (2 Cor 1,4), et nous propose de retrouver « l’expression de l’expérience spirituelle qui s’est développée autour du Cœur du Christ : le désir intérieur de Le consoler ».
« Cor Iesu, fons totíus consolationis, le Cœur de Jésus, est la source de toute consolation », écrit Plinio Corrêa de Oliveira (Commentaire aux Litanies du Sacré Cœur, 24 juin 1965). Le penseur brésilien, enterré au Cimetière de la Consolation, explique encore : « L’homme moderne est enfoncé dans le pur appétit des biens terrestres. S’il pouvait comprendre, ne fût-ce que fugacement, ce qu’est une consolation de l’Esprit-Saint, ce qu’est une grâce de l’Esprit-Saint, ce qu’est le reflet du bonheur céleste qu’on peut avoir déjà sur cette terre, il pourrait peut-être commencer le chemin du détachement des biens terrestres, et commencer à comprendre que tout est transitoire, que tout, ici-bas, ne devient finalement que de la poussière » (Saint Michel Archange, modèle du parfait chevalier et du parfait contemplatif, 28 septembre 1966).
Le thème de la consolation est profondément lié au message de Fatima, saint François Marto étant son grand dévot. À Lucie, qui lui demandait s’il aimait davantage « consoler le Seigneur ou convertir les pécheurs », le petit François répondit : « J’aime davantage consoler le Seigneur. N’as-tu pas remarqué comment la Sainte Vierge, encore le mois dernier, devint si triste lorsqu’elle demanda que l’on n’offense plus Notre Seigneur, qui est déjà tant offensé ? Je voudrais aussi ensuite convertir les pécheurs pour qu’ils ne l’offensent plus ».
Le 10 décembre 1925, la Sainte Vierge apparut à Lucie, avec l’Enfant Jésus. Marie mit la main sur l’épaule de la petite fille et lui montra, en même temps, un cœur entouré d’épines qu’elle tenait dans l’autre main. L’Enfant Jésus dit : « Aie compassion du Cœur Immaculé de ta Très Sainte Mère, entouré des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu’il n’y ait personne pour faire un acte de réparation afin de les en retirer ». Ensuite la Très Sainte Vierge lui dit : « Vois, ma fille, mon Cœur entouré d’épines que les hommes m’enfoncent à chaque instant, par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui, pendant 5 mois, le 1er samedi, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet et me tiendront compagnie pendant 15 minutes, en méditant sur les 15 mystères du Rosaire avec l’intention de m’enlever ces épines, je promets de les assister à l’heure de la mort, avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme ».
Le pape Pie VII avait déjà accordé l’Indulgence Plénière à tous ceux qui auraient médité, au moins une demi-heure, la Désolation de la Très Sainte Vierge, à la fois une fois par an, de 21h du Vendredi Saint à 16h du Samedi Saint, et tous les vendredis de 21h jusqu’au lever du jour du Dimanche suivant. Cette dévotion appartient donc à l’histoire de l’Église et nous fait dire que nous avons besoin de consolatrices et de consolateurs du Cœur Immaculé et Désolé de Marie. La consolation que la Sainte Vierge nous demande est avant tout une profonde compassion pour ses douleurs. Notre Dame promet à son tour de nous consoler dans nos détresses, dans nos souffrances, dans nos combats. Quelles consolations nous assure-t-elle ? Il ne s’agit pas nécessairement de consolations sensibles : la plus grande consolation est la confiance qu’elle nous transmet dans le don de la persévérance, l’anticipation de cette immense joie que nous aurons en la rencontrant au ciel, mais c’est aussi la confiance surnaturelle dans le triomphe de son Cœur Immaculé, l’heure suprême de la consolation dans l’histoire, qui suivra l’heure de l’extrême désolation que nous vivons actuellement.