La Russie est-elle vraiment invincible ?

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La Russie est un immense territoire de 17 075 400 kilomètres carrés qui, dans son extension, englobe l’Europe et l’Asie, où se trouve 77 % de son territoire. Charles XII, Napoléon et Hitler ont tenté en vain de l’envahir (voir Andrea Santangelo, Invincibile Russia.  Come Pietro il Grande, Alessandro I e Stalin hanno sconfitto gli invasori, Carocci, Rome 2022).

La première tentative a eu lieu pendant la « Grande guerre du Nord » (1700-1721) pour l’hégémonie sur la mer Baltique. Le 21 janvier 1708, le jeune roi suédois Charles XII entre à Grodno à la tête d’une armée considérée comme la meilleure d’Europe, avec l’intention d’atteindre Moscou. Son adversaire, Pierre le Grand, se révèle cependant un meilleur stratège, appliquant la doctrine de la « terre brûlée », qui consiste à céder de vastes espaces afin de gagner du temps et de frapper l’ennemi au bon moment. La bataille décisive, qui se déroule à Poltava le 8 juillet 1709, se solde par la défaite de l’armée suédoise. Cette guerre marque la disparition de la Suède et la crise de la Confédération polono-lituanienne. L’Estonie et la Livonie (qui comprend une partie de l’actuelle Lettonie) passent sous domination russe. Le Sénat russe accorde au tsar le titre de « Pierre le Grand, père de la patrie et tsar de toutes les Russies ».

La deuxième invasion de la Russie a eu lieu en 1812, par l’empereur Napoléon Ier, alors victorieux en Europe sur tous les fronts. La Grande Armée de Napoléon compte 600 000 hommes, venus de France, mais aussi d’États ou de régions annexés au territoire français. La guerre est proclamée le 22 juin 1812 et la bataille décisive a lieu sur les hauteurs de Borodino le 7 septembre de la même année. D’un point de vue militaire, il s’agit d’une victoire pour Napoléon qui le 14 septembre, entre avec son armée dans la ville de Moscou désormais déserte ne parvenant donc pas à détruire l’armée ennemie. Le comte Rostopčin, gouverneur de Moscou, avait donné l’ordre aux citoyens d’abandonner la ville et d’y mettre le feu.  Après 34 jours, le 19 octobre 1812, alors que l’hiver approche, Napoléon quitte Moscou en donnant l’ordre de battre en retraite, poursuivi par l’armée russe commandée par le général Kutuzov. L’invasion de la Russie se termine de manière désastreuse. Lors de la tragique bataille de la Bérésina, affluent du Dniepr, les Français parviennent à forcer la tentative d’encerclement des Russes mais au prix d’un très lourd tribut de sang. Napoléon perd plus de 530 000 hommes en Russie, dont environ 120 000 sont capturés. Deux ans et demi plus tard, c’est Waterloo.

La tentative de conquête la plus radicale est celle d’Hitler qui, dans un revirement soudain, annule le pacte Molotov-Ribbentrop, conclu en août 1939 avec Staline pour se répartir les zones d’influence en Europe. Fort de cet accord, Hitler envahit l’ouest de la Pologne le 1er septembre, déclenchant ainsi la Seconde Guerre mondiale. Staline, quant à lui, avait occupé l’est de la Pologne et les trois États baltes, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, en juin 1940. Mais le 22 juin 1941, l’opération « Barbarossa » est déclenchée et l’armée allemande envahit la Russie. L’armée soviétique est beaucoup plus importante, mais Hitler compte sur la qualité supérieure du corps des officiers allemands et sur la Blitzkrieg, la «guerre éclair» de ses généraux. La rapidité de l’avancée militaire allemande surprend Staline, qui est convaincu qu’Hitler n’osera jamais revenir sur les pas de Charles XII et de Napoléon. En décembre, les chars allemands, après avoir déferlé sur l’Ukraine, se présentent aux portes de Leningrad et de Moscou et, au cours de l’hiver 1942-1943, atteignent le centre industriel de Stalingrad. Les Soviétiques parviennent à ne pas perdre la guerre grâce à leurs plus grandes réserves en hommes et en moyens, combattant, contrairement aux Allemands, sur un seul front. Stalingrad représente le moment où la guerre bascule en faveur des Soviétiques. L’Armée rouge a subi près de 8 millions de pertes totales au cours de la seule année 1943, mais l’aiguille de la balance, grâce notamment à cet holocauste délibéré, a tourné en faveur de Staline.

La Russie est-elle donc invincible ? L’invulnérabilité de la Russie est une légende superficielle, fondée sur l’étendue de son territoire et le nombre de ses habitants, sans tenir compte des caractéristiques psychologiques de son peuple, intelligent et méditatif, mais aussi indolent et fataliste. Les Russes préfèrent la paix à la guerre et leur armée s’est souvent révélée être un colosse d’argile. Les victoires contre Napoléon et Hitler sont principalement dues au facteur hivernal et aux erreurs stratégiques des généraux ennemis, qui se sont trop reposés sur leurs capacités militaires.

Lors de la guerre de Crimée (1853-1856), l’Empire du tsar Nicolas Ier, au faîte de sa puissance militaire, a été sévèrement battu par une coalition composée de l’Empire ottoman, de la France, de la Grande-Bretagne et du Royaume de Sardaigne. Lors du conflit avec le Japon en 1904-1905, l’armée tsariste subit une série de défaites ruineuses dues à sa propre faiblesse plutôt qu’à la puissance de l’ennemi. Au début de la Première Guerre mondiale, en 1914, l’Allemagne avait déplacé toutes ses forces sur le front français, ne laissant que quelques divisions sur le front russe. Néanmoins, la bataille de Tannenberg, qui s’est déroulée du 26 au 30 août, s’est soldée par une victoire écrasante des forces allemandes, dirigées par le général Paul von Hindenburg. C’est le début de l’effondrement de l’empire des tsars, qui culmine en 1917 avec la désintégration de l’armée et la révolution bolchevique.

La guerre d’Afghanistan (1979-1989) a été la dernière défaite cuisante de l’armée soviétique, alors que le mur de Berlin commençait à s’effondrer. La guerre russo-ukrainienne pourrait être la prochaine. Le 24 février 2022, le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, a annoncé une «opération militaire spéciale», lançant l’invasion de l’Ukraine avec 190 000 soldats. Poutine s’attendait à l’effondrement du gouvernement de Kiev et à l’occupation rapide du Donbass. Le bilan après deux ans et demi de guerre est bien différent. Selon l’état-major général des forces armées ukrainiennes, au 17 août 2024, la Russie avait perdu 598 180 combattants depuis le début de son invasion, sans que l’«opération spéciale» n’ait encore atteint ses objectifs finaux.

Inattendue fut la résistance de l’Ukraine en février 2022 et inattendue fut l’attaque éclair en août 2024, lorsque les forces armées de Kiev franchirent la frontière entre les régions de Sumy et de Koursk et pénétrèrent en Russie. Les analystes politiques et militaires s’interrogent sur la finalité de cette initiative qui a conduit à la conquête de plus de 1 000 kilomètres de territoire russe. Cependant, au-delà des aspects stratégiques, elle revêt une profonde signification symbolique, car elle montre la détermination des Ukrainiens à défendre leur patrie. Poutine doit également admettre l’échec de l’«opération spéciale» et l’existence d’un état de guerre avec l’Ukraine.

Un autre geste symbolique s’est superposé à la contre-offensive ukrainienne du 20 août: l’interdiction de l’Église orthodoxe ukrainienne, qui dépend politiquement et religieusement du patriarche Kirill de Moscou, bras droit de Poutine. Le vice-président du Conseil de sécurité russe, Dmitri Medvedev, commentant l’approbation de cette loi par le Parlement ukrainien, a déclaré que le pays «sera détruit comme Sodome et Gomorrhe», tandis que Poutine accuse l’OTAN et l’Occident d’armer les Ukrainiens et agite le spectre nucléaire.

Ceux qui luttent pour la restauration de l’Occident chrétien ne sont pas impressionnés par ces menaces. Le message de Fatima nous assure qu’après l’inévitable châtiment de l’humanité pour ses péchés, la Russie tournera le dos à la religion orthodoxe, à l’idéologie communiste et à l’héritage asiatique pour revenir à cette foi catholique qui a fleuri à Kiev, sous saint Vladimir, à la veille de l’an mille.

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