Traditionis custodes : Un oukase maléfique

Rob Mutsaerts, évêque auxiliaire
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Nous proposons ici la traduction de Jeanne Smits du texte de Mgr Robert Mutsaerts, évêque auxiliaire de Bois-le-Duc aux Pays-Bas, sur le Motu proprio Traditionis Custodes,  sorti le 23 juillet sur son blog.

Le pape François veut propager la synodalité : tout le monde doit pouvoir participer au débat, tout le monde doit être entendu. Il n’en a guère été question dans son motu proprio Traditionis Custodes récemment publié : cet oukase qui vise à mettre un terme immédiat à la messe traditionnelle en latin. Ce faisant, François tire un trait sur Summorum Pontificum, le Motu proprio du pape Benoît qui a donné un large droit de cité à l’ancienne messe. Le fait que François s’empare ici de la parole du pouvoir sans aucune consultation montre qu’il est en train de perdre son autorité. C’était déjà devenu évident lorsque la Conférence épiscopale allemande n’a pas tenu compte des conseils du pape au sujet du processus de synodalité. La même chose s’est produite aux États-Unis lorsque le pape François a demandé à la Conférence des évêques de ne pas préparer un document sur la digne réception de la communion. Dès lors qu’il s’agit de la messe traditionnelle, on va se passer de conseils, et faire plutôt de l’injonction contraignante, a dû penser le pape.

Le langage utilisé ressemble décidément beaucoup à une déclaration de guerre. Tous les papes depuis Paul VI ont toujours laissé des ouvertures pour l’ancienne messe. Si des modifications ont été apportées, elles étaient mineures : voir par exemple les indults de 1984 et 1989. Jean-Paul II croyait fermement que les évêques devaient être généreux quant à l’autorisation de la messe tridentine. Benoît XVI a même ouvert la porte en grand avec Summorum Pontificum : «Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste sacré pour nous».

François, lui, claque violemment la porte au moyen de Traditionis Custodes. Cela ressemble à une trahison et c’est une gifle au visage de ses prédécesseurs. L’Église n’a jamais aboli les liturgies. Pas même le concile de Trente. François rompt complètement avec cette tradition. Le Motu proprio contient quelques propositions et injonctions brèves et fortes. Tout cela est rendu plus explicite par le biais d’une déclaration jointe, plus longue. Cette déclaration contient un certain nombre d’erreurs factuelles. L’une d’elles est l’affirmation selon laquelle ce que Paul VI a fait après Vatican II serait identique à ce que Pie V a fait après Trente. C’est complètement faux. N’oubliez pas qu’avant cette époque, divers manuscrits (surchargés) circulaient et que des liturgies locales étaient apparues ici et là. C’était le bazar.

Le concile de Trente avait pour but de restaurer les liturgies, éliminer les inexactitudes et vérifier l’orthodoxie. Trente ne s’occupait pas de réécrire la liturgie, ni de faire de nouveaux ajouts, de nouvelles prières eucharistiques, un nouveau lectionnaire ou un nouveau calendrier. Il s’agissait simplement d’assurer une continuité organique ininterrompue. Le missel de 1517 est revenu au missel de 1474 et ainsi de suite jusqu’au 4ème siècle. Il y a eu une continuité à partir du 4ème siècle. Après le 15e siècle, il y a également quatre siècles de continuité. De temps en temps, il y avait tout au plus quelques changements mineurs ou l’ajout d’une fête, d’une mémoire ou d’une rubrique.

Vatican II, à travers le document conciliaire Sacrosanctum Concilium, a demandé des réformes liturgiques. C’est un document conservateur. Le latin y était maintenu, les chants grégoriens conservaient leur place légitime dans la liturgie. Cependant, les développements qui ont suivi Vatican II sont très éloignés des documents conciliaires. Le fameux « esprit du concile » ne se trouve nulle part dans les textes du concile eux-mêmes. On ne retrouve que 17 % des prières de l’ancien missel (Trente) dans le nouveau missel (Paul VI). Il est difficile de parler de la continuité d’un développement organique. Benoît XVI l’a reconnu et, pour cette raison, a donné une large place à l’ancienne messe. Il a même dit que personne n’avait besoin de sa permission («Ce qui était sacré alors, l’est toujours aujourd’hui»).

Le pape François fait à présent comme si son Motu proprio s’inscrivait dans le développement organique de l’Église, ce qui est en contradiction totale avec la réalité. En rendant la messe en latin pratiquement impossible, il rompt avec la tradition liturgique séculaire de l’Église catholique romaine. La liturgie n’est pas un jouet des papes, mais l’héritage de l’Église. L’ancienne messe n’est pas une question de nostalgie ou de goût. Le pape doit être le gardien de la Tradition ; le pape est le jardinier, pas le fabricant. Le droit canonique n’est pas seulement une question de droit positif, il y a aussi le droit naturel et le droit divin, et il y a aussi, par dessus de le marché, la Tradition, qui ne peut pas être simplement balayée.

Ce que fait ici le pape François n’a rien à voir avec l’évangélisation et encore moins avec la miséricorde. Il s’agit plutôt d’une idéologie. Allez donc dans une paroisse où l’ancienne messe est célébrée. Qu’y trouverez-vous ? Des gens qui veulent simplement être catholiques. Ce ne sont généralement pas des personnes qui s’impliquent dans des disputes théologiques, pas plus qu’elles ne sont opposées à Vatican II (bien qu’elles soient contre sa mise en œuvre). Elles aiment la messe latine en raison de son caractère sacré, de sa transcendance, du salut des âmes qui s’y trouve au centre, et de la dignité de la liturgie. Vous y rencontrerez des familles nombreuses, et les gens s’y sentent les bienvenus. Elle n’est célébrée qu’en un petit nombre de lieux. Pourquoi le pape veut-il priver les gens de cela ? Je reviens à ce que j’ai dit précédemment : c’est de l’idéologie. C’est Vatican II, y compris sa mise en œuvre avec toutes ses aberrations, ou rien ! Le nombre relativement faible de croyants (qui, soit dit en passant, augmente, alors que le Novus Ordo s’effondre) qui se sentent chez eux à la messe traditionnelle doit être et sera éliminé. C’est de l’idéologie et du mal par nature.

Si vous voulez vraiment évangéliser, si vous voulez vraiment faire preuve de miséricorde, si vous voulez vraiment soutenir les familles catholiques, alors vous garderez la messe tridentine à l’honneur. Dès aujourd’hui, l’ancienne messe n’a plus le droit d’être célébrée dans les églises paroissiales (mais alors, où ?), il faut obtenir une permission explicite de son évêque, qui ne peut l’autoriser que pour des jours déterminés ; pour ceux qui seront ordonnés à l’avenir et qui voudraient célébrer l’ancienne messe, l’évêque doit demander l’avis de Rome. Peut-on faire plus dictatorial ? Moins pastoral et miséricordieux ?

François appelle dans l’art. 1 de son motu proprio le Novus Ordo (la messe actuelle) « la seule expression de la Lex Orandi du Rite Romain ». Il ne fait donc plus de distinction entre la forme ordinaire (Paul VI) et la forme extraordinaire (messe tridentine). Il a toujours été dit que les deux sont des expressions de la Lex Orandi, donc pas seulement le Novus Ordo. Encore une fois, l’ancienne messe n’a jamais été abolie ! Je n’entends jamais Bergoglio parler des nombreux abus liturgiques qui existent ici et là dans d’innombrables paroisses. Dans les paroisses, tout est possible, sauf la messe tridentine. Toutes les armes sont jetées dans la bataille pour bannir la Messe traditionnelle. Pourquoi ? Pour l’amour de Dieu, pourquoi ? Quelle est cette obsession de François à vouloir éradiquer ce petit groupe de traditionalistes ? Le pape doit être le gardien de la tradition, et non le gardien de la prison. Alors qu’Amoris Laetitia excellait dans le flou, Traditionis Custodes est une déclaration de guerre parfaitement claire.

Je tends à penser que le pape François se tire une balle dans le pied avec ce Motu proprio. Pour la Fraternité Saint-Pie X, ce sera une bonne nouvelle. Ils n’auraient jamais pu deviner qu’ils devraient cela au pape François… (+ Rob Mutsaerts, évêque auxiliaire)

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