Un film, une polémique : La Grazia et le débat sur l’euthanasie

Un film, une polémique : La Grazia et le débat sur l’euthanasie
SOURCE DE L'IMAGE: Multisala Cinema Nuovo (https://cinemanuovo.it/)

Dès sa sortie en Italie au mois de janvier, je suis allée voir au cinéma le film de Sorrentino, La Grazia, tant parce que j’apprécie le style du réalisateur que parce que le sujet m’intéressait : la crise morale que traverse Mariano de Santis, président de la République en fin de mandat, quand il doit choisir s’il accorde la grâce présidentielle à deux détenus coupables d’homicide et s’il signe la loi sur l’euthanasie. Mais j’avoue avoir été extrêmement déçue, tant sur la forme que sur le fond. Sur la forme, il y a beaucoup de longueurs, ce qui rend le film lourd et ennuyeux. Mais c’est surtout le fond qui est bien plus préoccupant.

En effet, il s’agit d’une propagande grossière et inadmissible pour l’euthanasie.

Moins de quinze jours après sa parution, quelle ne fut pas ma surprise de le voir déjà à l’affiche dans notre pays ! Il semble que tout a été minutieusement orchestré pour que cette propagande s’élargisse vite à l’échelle internationale, surtout en ce moment où le sujet est précisément débattu en France. Macron y tient tellement que dès les premières heures de 2026, dans son allocution présidentielle, il a souhaité aux Français une bonne année … et promis qu’il s’engageait à ce que passe la loi sur l’euthanasie : « bonne année et bonne mort », en quelque sorte. Car c’est ce qu’on veut nous promettre: le « bien mourir », ou encore « mourir dans la dignité », comme si attendre la mort naturelle n’était pas digne !

Comme on le sait, le projet de loi, après avoir été refusé par le Sénat, va repartir à l’Assemblée en ce mois de février. Cette question idéologique est donc, pour le moins, brûlante !

Ce qui choque dans le film de Sorrentino, c’est d’abord cette pression que l’on voit à l’œuvre, au travers de la fille du président et de toute une clique de promoteurs de l’euthanasie. Mais au-delà de ça, ce qui heurte vraiment, c’est combien on s’éloigne de l’humanité dans ses fondements éthiques et combien les arguments sont fallacieux.

Si le réalisateur se permet de mettre en scène l’agonie d’un cheval de la garde présidentielle, s’en servant pour souligner la futilité de la souffrance et la cruauté supposée des opposants à l’euthanasie, cela signifie que le sens de l’humanité s’est perdu et que nous nous sommes abaissés au niveau des animaux, fuyant pathétiquement la dimension philosophique et spirituelle de la vie et de la mort. N’avons-nous donc rien de supérieur à nos amis les animaux ? Devons-nous à jamais nier le sens de notre existence et sa vocation surnaturelle ? Notre condition éphémère et notre soif d’absolu ? Il y a là un véritable malaise philosophique, avant même d’aborder la dimension théologique.

Le film présente ensuite le cas symbolique de la demande de grâce pour deux prisonniers condamnés pour le meurtre de leur conjoint. Jouant sur la vague de l’émotion, il explique que, si la loi sur l’euthanasie avait été adoptée, ces malheureux n’auraient pas eu à purger leur peine pour avoir « aidé» leur proche à mourir. Ainsi, d’un coup de baguette magique, la loi sur l’euthanasie bouleverse complètement la loi naturelle : ce qui était autrefois un crime ne l’est plus, mais devient un acte d’amour. Mais ce qu’il omet de mentionner, c’est que cette loi mènera en prison d’autres personnes : non pas celles qui ont tué, mais bien celles qui se sont opposées à la mort !

Au nom de la pseudo-liberté de ceux qui souhaitent se suicider, la liberté de conscience de tous ceux qui les entourent et qui sont contraints d’y recourir est bafouée : du médecin qui prescrit la dose létale au pharmacien qui ne peut refuser de préparer le poison, en passant par la famille et le corps médical (infirmiers, aides-soignants, etc.). En France, le projet de loi prévoit expressément deux ans d’emprisonnement et une lourde amende pour ce qui est qualifié d’« entrave à la justice ». Avec ce délit, chacun risque d’être concerné par la loi : familles et hôpitaux catholiques qui s’opposent à l’accès du médecin pratiquant l’euthanasie. Que doivent-ils faire ? Se laisser condamner et risquer de perdre leurs financements, ou aller jusqu’à fermer leurs portes ? Peut-on vraiment se permettre ce luxe, dans le contexte actuel de pénurie de personnel et de soins ?

Le film, qui se déroule dans les élégantes salles du palais du Quirinal, ne montre ni les conséquences juridiques, ni les répercussions psychologiques pour les personnes âgées ou malades : aujourd’hui encore, le suicide est présenté comme un acte de courage, mais aussi comme un geste généreux, à l’instar de ce qui se pratique déjà dans les pays où l’euthanasie est légalisée, comme le Canada. Des témoignages le confirment : «Bien que mon père ait exprimé dès le départ son refus de recourir à l’euthanasie, on le lui a proposé à six reprises, et nous avons rencontré d’énormes difficultés pour obtenir des soins palliatifs».

Enfin, il faut savoir et c’est là une information importante: le produit utilisé pour l’euthanasie est le même que celui administré aux condamnés à mort aux États-Unis, qui a provoqué un scandale car il entraîne une mort atroce par suffocation. La phrase finale est glaçante, mais incroyablement révélatrice ! « À qui appartiennent nos jours ? » et la réponse résonne comme une condamnation : «À nous-mêmes». L’homme qui ne sait plus lever les yeux n’a plus que lui-même pour repère. Le destin tragique d’un être qui prétend se définir lui-même et qui a oublié le sens de son existence, excluant Dieu de sa vie et de la société.

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